Lîb. VII, cap. XV
que causa anx Gaulois la contenance hardie avec laquelle les Romains vinrent au-devant d'eux, ils tirèrent mauvais augure du désavantage que le champion de leur nation avait eu dans le combat singulier contre Yalerius Gorvus, et que ce fut encore une des causes de leur retraite précipitée. D'un autre côté, les Romains crurent peut-être devoir regarder comme une victoire la retraite de cette nation dont le nom seul les avait fait trembler jusqu'alors.
Quoi qu'il en soit, comme Polybe passe sous silence tous ces trophées imaginaires des Romains, Tite-Live ne fait de même aucune mention de la paix conclue entre ces deux nations, cinquante-cinq ans après la prise de Rome. Cet historien trouve une abondante moisson de lauriers pour sa nation dans les victoires qu'elle remporta sur les Samnites. Uniquement occupé de ces guerres, il épargne pendant quelques années de honteuses défaites aux Gaulois. Polybe, comme nous l'avons vu, dit que les Gaulois observèrent exactement la paix qu'ils avaient conclue avec les Romains pour trente ans; que ce terme étant expiré, ils firent une irruption dans leurs terres, en traversant la Toscane, et qu'après les avoir pillées sans rencontrer d'obstacle, ils revinrent chez eux, chargés d'un riche butin. Les historiens romains ont tâché d'ensevelir dans l'oubli cette circonstance comme peu glorieuse pour leur nation, et ont gardé là-dessus un profond silence.
Polybe nous apprend que les Gaulois ayant fait alliance avec les Samnites revinrent quatre ans apréfe, et qu'ils remportèrent une victoire complète sur les Romains près de Clusium , mais dont les derniers tirèrent revanche peu de jours après, taillèrent en pièces la plus grande partie des Gaulois et mirent le reste en fuite. C'est là, selon Polybe, le premier avantage que les Romains pussent se vanter d'avoir eu sur les Gaulois. U met cet événement quatre-vingt-neuf
ans après la prise de Rome : ce qui répond à l'an 454 de la fondation de Rome et à Tan 3 de la GXX* olympiade, selon la chronologie de Polybe. Tite-Live convient assez avec Polybe pour le fait, mais il le place un peu plus tard. Du reste il raconte que Scipion, ayant été chargé du commandement de larmée en l'absence des consuls, se laissa surprendre par les Gaulois qui assiégeaient Clusium; que la légion qu'il commandait fut taillée en pièces par les ennemis ^ Mais il rapporte cet événement d une manière confuse ; et il paraît qu'on variait tant sur ce sujet, qu'on en peut tirer une nouvelle preuve de l'incertitude qui règne encore dans l^istoire de ce siècle, et du peu de fond qu'on peut faire sur les historiens. Du reste Tite-Live et Polybe conviennent, et sur la jonction des Samnites et des Gaulois, et sur le lieu où se donna la bataille, et en ce que les Romains furent d'abord battus, mais qu'ils s'en vengèrent peu de jours après, et firent un grand carnage des Gaulois. Tite-Live nomme les consuls Q. Fabius Maximus et P. Décius, l'un pour la cinquième et l'autre pour la quatrième fois ; et ce fut dans cette occasion que le dernier se dévoua à la mort, pour mettre la victoire du côté des Romains. Polybe, à la vérité, * n'en fait aucune mention; mais, comme il ne parle de ces guerres que fort en abrégé, on peut croire qu'il a regardé cette action de Décius comme étrangère à son sujet.
Polybe ajoute que dix ans après les Gaulois vinrent mettre le siège devant Arezzo, et que le préteur Lucius, qui s'avançait pour secourir la place, fut entièrement défait et tué. Manius, qui lui fut subrogé, lava la honte de cette défaite; et, vengeant la mort de son prédécesseur, il punit les
1. Deletam quoque ibi legionem, ita ut nuncius non superesset, quidam auctores sunt. Sunt qui Umbros, non Gallos, fuisse tradunt, nec iantuifk cladis acceptum...Similiu8 vero est a Gallo hoste quam Umbro eam cladem acceptam. Lib. X, cap. xxvi.
264 INCËRTiTUDE DES PREMIERS SIÈCLES
Gaulois de la perfidie dont ils avaient usé à l*égard de cenx^ qu'il leur avait envoyés pour traiter de la rançon des prisonniers, lesquels ils avaient fait mourir contre le droit des gens. Cette défaite affaiblit si fort les Gaulois Sénonais (car c'est particulièrement de ceux-ci qu'il est question dans les premières guerres des Romains et des Gaulois, et non de tous ceux de c^tte nation qui étaient établis en Italie)» que Manius, profitant de sa victoire, fit la conquête de leur pays, et se vit en état d'y établir des colonies.
Comme il ne nous reste que des abrégés de la seconde décade de Tite-Live, on ne peut pas bien juger de la différence qu'il y avait entre sa narration et celle de Polybe. Cependant, autant qu'on le peut deviner par ce qui nous en reste dans ces abrégés, ils ne seraient guère mieux d'accord en ceci que dans tout le reste ; ou du moins Tite-Li ve aurait extrêmement embrouillé les événements.
Le temps où Polybe les place tombe sur l'an 464 de Rome, qui, selon la chronologie de cet historien, tombe sur l'an 1 de la GXXIII* olympiade , quatre-vingt-dix-neuf ans après la prise de Rome. Il est bien difficile de le concilier avec les autres historiens, aussi tous les modernes l'ontils abandonné. Cependant, comme Polybe fixe la date de ces événements à la quatre-vingt-dix-neuvième année après la prise de Rome, je ne crois pas qu'on doive l'abandonner sans de fortes raisons. Il est vrai que, selon les abrégés de Tite- LiveS selon Florus*, Aurélius Victor^ et Orose *, Manius Curius triompha des Samnites et des Sabins, sans qu'il soit fait aucune mention des Gaulois. Selon ces auteurs, il mit fin à la guerre des Samnites e\ vainquit ensuite les Sabins,