In Camillo, p. 150, B
apparence y a-t-il donc qu'elle ait trouvé rien d'étrange à ce qui se passait chez sa sœur, et que ce soit à la jalousie qu'elle conçut de la voir élevée à un rang auquel elle ne pouvait prétendre, que l'on doive attribuer l'ardeur avec laquelle les plébéiens travaillèrent à arracher un consulat aux patriciens et le succès avec lequel ils vinrent à bout de vaincre leur obstination?
Ces çaisons suffisent pour nous faire regarder ce conte comme un de ces épisodes intéressants dont les anciens aimaient à orner leurs histoires. Plutarque, qui, dans la Vie de Camille, a suivi Tite-Live en plusieurs choses, n'a pas cru devoir le suivre en ceci ; et, parlant des troubles qu'excilèrent Sextius et Licinius, tribuns du peuple, pour ouvrir aux plébéiens le chemin du consulat, il n'a garde ' de dire que le motif qui les fit agir ait été une aventure aussi peu vraisemblable.
En effet, ce trait d'histoire fait peu d'honneur au jugement de Tite-Live ; et, pour peu qu'il l'eût examiné en critique, il en aurait aisément découvert la fausseté.
J'ai donné diverses preuves de l'ingénuité avec laquelle cet historien reconnaît, en d'autres occasions, queV Histoire qu'il écrivait était accompagnée de beaucoup d'incertitude. Pour ne pas passer pour trop crédule, il aurait bien dû avertir ses lecteurs qu'il n'ajoutait pas foi à de pareils contes, comme il l'a dit à l'égard de la fondation de Rome. Quoi qu'il en soit, il me serait facile de rassembler encore divers traits, tirés de cet historien, qui montrent combien l'histoire du cinquième siècle est incertaine. Il parle, à la fin de son septième livre, d'une sédition qui s'éleva dans l'armée, et qui eut de si grandes suites qu'il semble qu'on devait en savoir jusqu'aux moindres circonstances. Cependant, après avoir rapporté assez au long l'histoire de la sédition, telle qu'il l'avait trouvée dans quelques auteurs, il
convient que, dans d'autres écrivains, elle se trouvait rapportée d'une manière entièrement différente, et pour le fond et pour les circonstances. De sorte qu'il est obligé d'avouer' qu'il n^y avait rien de certain dans toutjce qu'on en disait, sinon qu'il y avait eu une sédition, et qu'elle avait été apaisée. Il est cependant surprenant qu'on eût si peu de lumière sur un événement de cette importance, car on voit que cette sédition avait eu de grandes suites et avait donné occasion à des changements considérables dans le gouvernement. Je renvoie à l'historien lui-même, de peur d'être trop long. Du moins cet événement, qu'il place sous Tan 4^3 de Rome, montre-t-il que l'incertitude régnait encore dans l'histoire romaine; et je pourrais y en ajouter encore d'autres exemples sur le reste de ce siècle ; mais je me contente de les indiquer^, et de ce que j'ai rapporté des guerres des Gaulois dans le chapitre précédent.
Je passe à deux faits dont la mémoire nous a été conservée par des historiens étrangers, et qui ne se trouvent point dans V Histoire de Tite-Live, soit qu^il n'en ait point eu connaissance, soit qu'il n'ait point trouvé à propos de les rapporter. Le premier se trouve dans Théophraste ^. Il s'agit d'une expédition des Romains dans l'île de Corse, où ayant voulu faire une descente, les mâts de leurs vaisseaux se brisèrent, s'étant engagés dans les branches des arbres dont d'épaisses forêts bordaient les rivages de cette île. Il semble que la perte que les Romains firent dans cette occasion et cette expédition même, qui fut apparemment la première entreprise qu'ils firent sur cette île, étaient des événements assez remarquables pour mériter une place dans
1. Âded nihU, praBterquam seditionem fuisse eamque composilam, inter antiquos rerum auctores constat. Lib. Vil, cap. ult.
2. Vid. lib. IX, cap. xliv; lib. X, cap. m, ix, xxvi, xxx, xxwii.