‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 21 sur 227 · Lil>. vu, cap. ii · texte numérisé non relu

Lil>. vu, cap. ii

2« Au mot Claviis,

i2 INCERTITUDE DES PREMIERS SIÈCLES

aurnit été dune grande utilité pour en fixer la véritable époque. Mais outre qu'il ne pouvait être plus ancien que le temple dans lequel la cérémonie se pratiquait, et qui était relui de Jupiter Capitolin, dont la dédicace ne se fit qu'après que Tarquin le Superbe eut été détrôné; on voit par Thistorien même ' que cette coutume avait souffert une assez longue interruption. On la renouvela à la fin du quatrième siècle de Rome. Ce n'est pas qu'on eût trouvé quelque monument ou quelque rituel qui en fît mention ; car on faisait si peu d'usage des lettres qu'on n'avait ni livres ni monuments. Ce ne fut que sur une tradition presque oubliée, ex senio7*um memoria repetitiim.

Ces clous ne purent donc plus être d'aucun usage pour fixer les dates, puisqu'on ne savait pas au juste combien d'années cette pratique avait été interrompue. On ne pouvait non plus retirer beaucoup d'utilité des Fastes ou registres des magistrats, puisqu'ils étaient défectueux, et si différents les uns des autres qu'il était impossible de les concilier. D'ailleurs, comme l'on faisait peu d'usage de l'écriture à Rome à la fin du quatrième siècle et même au commencement du cinquième, il est à présumer qu'on n'a commencé à dresser ces Fastes qu'après ces temps-là , et que c'est par là même qu'on y pouvait faire peu de fond. Il paraît , en effet , qu'outre les vides et les contradictions , il y régnait beaucoup de mauvaise foi, et qu'on y avait fourré bien des consulats supposés.

Ces considérations, jointes aux fréquentes plaintes de l'historien ^, tant sur les difficultés qu'il rencontre que sur la peine qu'il a de découvrir la vérité au travers des ténèbres qui l'enveloppent , sur la confusion qui règne dans les

\, Lib. VII, cap. ni.

2. Vid.Iib. II, cap. XXI,- lib. III, cap, xxiii; lib, IV, cap. xxiii; Ub. VIll, cap. XL,

DE L'HISTOIRE ROMAINE. i3

Annales, ou Histoire, qu'il consulte, et enfin sur les contradictions qu'il ne saurait concilier, nous rendent toute cette histoire extrêmement suspecte. Et, attendu le peu de soin qu'on a eu de transmettre à la postérité la mémoire des événements dans le temps qu'ils arrivaient , nous sommes fondés, en voyant une histoire suivie de quatre siècles, de rejeter le tout, ou du moins la plus grande partie comme forgée à plaisir.

Joignons à cela que, dans la prise de Rome par les Gaulois, les flammes consumèrent, avec tout le reste de la ville, presque tout ce qu'il pouvait y avoir de monuments publics ou particuliers, les annales des pontifes, et tout ce qui pouvait servir à répandre quelque lumière sur ces temps éloignés. C'est encore le môme historien qui nous l'apprend. Je rapporte ce passage en entier, quoique assez long, parce qu'il sert à confirmer presque tout ce que j'ai dit jusqu'à présent. Tite-Live, arrivé au temps où Rome, se trouvant délivrée des Gaulois, donne tous ses soins à son rétablissement, s'arrête comme pour reprendre haleine et promet a ses lecteurs quelque chose de plus sûr pour les temps suivants. « J'ai ce rapporté, dit-il, dans les cinq livres précédents, tout ce « qui s'est passé depuis la fondation de Rome jusqu'à sa « prise par les Gaulois. Ces événements sont obscurs, nonce seulement à cause de leur antiquité, qui fait qu'ils échap- « peut à la vue par le grand éloignement d'où on les voit, « mais aussi à cause du peu d'usage qu'on avait de l'écri- « ture, qui est cependant le seul moyen de les sauver de l'ou- « bli. Mais outre cela, grande partie de ce qui se conservait « dans les livres des pontifes, dans les archives de l'État, ou a dans les mémoires des particuliers, est péri dans l'incendie ce qui a consumé la ville*. »

1. Quœab condila urbe Roma ad captam eamdem, quinque libris exposui, rcsquum nimia vetustate obscuras, veluti quse magno ex intervallo vix

Dans ce passage on voit deux causes de Tobscurité qui couvrait les premiers temps de l'histoire romaine. La première, rignorance où le peuple romain était resté pendant quelques siècles, et le peu de soin qu'on avait de conserver la mémoire des événements dans le temps môme qu'ils arrivaient. Rarœ per ea iempora litterœ. La seconde, que la plupart des monuments , qui pouvaient servir à donner quelque certitude à l'histoire, avaient été consumés dans l'embrasement de cette ville.

Cette dernière circonstance se confirme encore pjar le témoignage de Plutarque, dont voici les paroles : « Un c( certain Glodius, dans un livre qu'il a intitulé : Abrégé ce chronologique j soutient que tous les anciens monuments a furent brûlés lorsque les Gaulois saccagèrent Rome, et « que tous ceux qu'on a présentement ont été supposés * . » Je rapporterai un peu plus bas la suite de ce passage.

On voit donc ce que dit Tite-Live confirmé expressément par Glodius, qui ajoute même que toutes les pièces qu'on citait comme antérieures à la prise de Rome avaient été supposées. G'e^t sur l'autorité de Tite-Live que le môme Plutarque, ou l'auteur du traité de la Fortune des Romains^ quel qu'il soit, après avoir parlé de plusieurs événements merveilleux de ces premiers temps, et en dernier lieu de la prétendue défaite des Gaulois par Gamille, ou plutôt de leur retraite volontaire selon Polybe, ajoute : « Mais à quoi bon « nous arrêter sur des temps qui n'ont rien de clair, rien

cerniintur; tum quod et rarœ per ea tempora lilterse fuere, una custodia fldelià memoriœ rerum gestarum*,- et quod, eliamsi qu.T in Commenlariis ponUQcum, aliisqueerantmonumenUsJiicensa urbe, plerœqiie interiere. » Lib. VI , cap. i.

I. ÀXXà KXtù^io; Tiç h èXs'YXû> XP°'^**^ (outm -yfltp ttw; Ê^rt-^é'-YpaïCTat tô pi€xîov) lo^upî^JeTai, rà; p.sv àp^ai*; txeiva; àva-j^pa^à; ev toT; jcsXtixcîç TrxQeat tt; itoVecùç T^çavtaSai, rà; ^è vûv çaivoukévaç où* àXy,6fo; (wyîciïadxi. In Numa, p. ô9, edil. FfurU

a de certain, puisque, comme l'assure Tile-Live, l'histoire « romaine a été corrompue et que les monuments en ont « été détruits*? »

Ce que dit Plutarque de la perte de ces monuments, sur les témoignages de Clodius et de Tite-Livé, prend une nouvelle force dans la bouche d'un auteur aussi grave que lui, et puisqu'il ne les contredit point, il appuie ce qu'ils en disent par son suffrage. Le témoignage de ces auteurs est bien formel, et tout ce que les modernes y opposent n'est que raisonnements en l'air, fondés sur des suppositions. Malgré les plaintes de Tite-Live sur le peu de certitude qu'il trouve dans ce qu'il écrit sur ces premiers siècles, malgré ce qu'il nous dit plus d'une fois, qu'il rapporte bien des choses sans se croire obligé de les garantir ; voudrions-nous recevoir pour sûr ce qu'il ne nous donne que pour trèsdouteux, et refuser de le croire sur cet article, au sujet duquel il s'exprime assez clairement et où son jugement doit être décisif?

Le jugement que Tite-Live porte des premiers siècles de l'histoire romaine peut être regardé comme celui qu'on en portait généralement de son temps. Cette partie de l'histoire était tombée dans un mépris si général, que Denys d'Halicarnasse^, qui entreprit de l'en relever et qui fit tous ses efforts pour l'accréditer, est obligé d'en convenir. Il craint qu'on ne le blâme d'avoir si mal choisi son sujet, et de s'être arrêté à des temps, sur lesquels on avait si peu de lumières, et à l'histoire d'un peuple qui n'avait commencé à être connu que depuis ses guerres avec Pyrrhus et les Carthaginois. Si Denys d'Halicarnasse avait eu à opposer quelque

1 . kXKoi. Ti ^eî W8pi Taura ^larpiêsiv ; à aaçè; où^èv , eu Je 6)pi<y(j.8vGv exei, TÔ) xai rà irpa-yu-aTa ^lacpôapTivai twv f*(i)[i.at(i>v, xat au-p(,u6ïivai toî>; utf' aOrôv Oiro{tvri{i.ftTia(i.où;, u; Aiëtoc toTopYiXi. Tom. II, p. 326, A.

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