Lib. IV, p. 4; edit. Lips
chose de solide à ce reproche, ne l'aurail-il pas fait, et n'aurait-il pas prouvé qu'il restait assez d'anciens monuments à Rome pour donner toute la certitude requise à son histoire? C'est cependant ce qu il n a pu faire, comme je le prouverai dans la suite.
Les ténèbres qui obscurcissaient l'histoire de ces premiers temps, les fables dont elle était embarrassée, la difficulté qu'il y avait de débrouiller la vérité dans ce chaos, furent les raisons qui empêchèrent Gicéron d'entreprendre l'histoire de sa patrie. Non content de lui faire honneur partant d'autres beaux ouvrages, il voulait aussi qu'elle lui eût obligation dune histoire qui se fît lire avec plaisir, et qui méritât de passer à la postérité. Il recoimaissait qu'il n'y avait point d'ouvrage qui convint mieux a un orateur*, et il avait eu dessein de l'entreprendre. Il ne s'en défend pas lorsque son frère Quintus et son ami Atticus l'en pressent. Prêt à se rendre à leurs sollicitations, il ne s'agit entre eux que de savoir s'il commencera son histoire dès la fondation de Rome, ou s'il n'écrira que l'histoire des derniers temps. Atticus décide pour le dernier et dit que ces temps lui fourniront une ample matière, puisqu'ils lui donneront occasion de parler des grandes actions de son ami Pompée, et qu'ils contiennent aussi l'année de son consulat, ce J'aime « bien mieux, ajoute-t-il, qu'il parle de ces choses que de tt s'amuser, comme dit le proverbe, à parler de Remus et ce de Romulus. » Quœ ab isto prœdicari malo, quam, ut aiunty de Remo et Romulo, »
Ce grand homme, à ce qu'on voit, regardait comme audessous de lui de répéter les fables qui avaient suppléé à ce qu'on ignorait des commencements de Rome. S'il souhaitait que les Romains lui eussent obligation d'une bonne histoire,
1 . Cnm si! opus nnum hoc oratorium maxime. De Legg,^ lib. I, cap. ]i ; de Orat., iil). Il, cap, xiv.
il était persuadé que, pour qu'elle fût telle, il ne fallait pas la faire remonter jusqu'à ces temps éloignés, sur. lesquels on ne pouvait dire rien de certain, rien de solide, destitué comme on Tétait de tous mémoires, de tous monuments contemporains. Il eût, en effet, été peu digne de lui d'exercer sa plume sur un sujet où la vérité, qu'il regardait comme la première loi de l'histoire, paraissait inaccessible aux recherches les plus exactes. Gicéron n'était pas le seul qui regardât comme fabuleux tout ce qu'on débitait des fondateurs de Rome. On voit qu'on en avait fait une espèce de proverbe : Ut aiunt, de Remo et Romulo.
Je doute qu'après avoir vu ce que Gicéron pensait sur les commencements de l'histoire de sa patrie on puisse encore insister sur les louanges qu'il donne à Yarron*, comme s'il avait entièrement débrouillé ce chaos de l'histoire romaine, et qu'il en eût aplani toutes les difficultés. On sent assez que, si l'on prenait ces louanges à la lettre, Gicéron détruirait dans un endroit ce qu'il a établi dans un autre.- Il est vrai que Varron a passé pour le plus savant des Romains, et il se peut que personne n'ait pu l'égaler dans les savantes recherches qu'il a faites sur les antiquités de Rome. Mais, destitué d'historiens, manquant de monuments et de mémoires contemporains, il ne pouvait marcher qu'à tâtons et en entassant conjectures sur conjectures.
Il est vrai que Gensorin donne les mêmes éloges à Varron^, et dit qu'il a entièrement dissipé les ténèbres qui enveloppaient la chronologie de Rome, de sorte que, depuis ses recherches, on pouvait fixer avec certitude, non-seulement l'année, mais même le jour de sa fondation. Nous verrons cependant, dans la seconde partie de cette dissertation, que l'époque qu'il a assignée à la fondation de cette fameuse