Graviter impudens. Vol. Il, p
et de probité , ceux qui osent en douter doivent naturellement être d'un caractère tout opposée J'aime mieux laisser en latin les termes dont l'auteur se sert que de les rendre en français avec la même force. Il paraît même que, s'il avait le pouvoir en main, il serait homme à punir mes attentats par des corrections un peu plus vives que des paroles. J'ai témoigné que les livres des Pontifes m'avaient tout l'air d'avoir été supposés; sur quoi mon censeur m'adresse cette exhortation pathétique* : « Prenez garde c< que, tandis que vous accusez les Pontifes romains d'avoir ce supposé de faux livres, vous n'encouriez vous-même « les peines de la loi Remmia. » Il faut savoir que la loi Remmia ordonnait pour peine, contre ceux qui avaient intenté une fausse accusation, d'avoir le front marqué de la lettre K avec un fer rouge. Quelle rigueur ! En vérité, cette *loi Remmia me fait trembler. Il faut encore pardonner cela à son zèle pour les Pontifes romains. C'est une corde à laquelle il ne veut pas qu'on touche ; et il se fâche encore tout de bon ailleurs de ce que j'ai dit que les livres des Pontifes ne pouvaient pas plus servir à l'histoire que les -ffr^vmm d'aujourd'hui. «Quelle comparaison, s'écrie-t-il, des livres des Pontifes avec les niaiseries des papistes d'aujourd'hui: {/iodiernapontificiorum€repundiaI)y> La chaleur avec laquelle mon critique prend en main la cause
1. Illud iDgoDuis tantum hominibus exprobrori potest, hoc nisi vano et
contumaci rerum invisarum obtrectatori nemfni. Ibid., p. 491.
2. Vide, quœso, ne dum Pontiflces romanos ex lege Gornelia falsitatia accusas, ipse legis Remmiœ sanctione tenearis. Vol. III , p. 249. Voici encore on petit recueil de phrases choisies de mon critique. Ibid.j p. 251, A-Spo; icoXbç; p. 254, to Aïo'voç «Yfù; p. 255, A7rpoa<^iovirjca scribis; p. 259, Inscite; p. 311, Quasi û; tt)v Àdvivâv; p. 321, Ridicula et inscita sane animadTcrsio; p. 325, Iniquissima hœc est cavillatio. C'est par quelques gentillesses de ce goût-là qu'il commence ordinairement ses remarques, et c'est apparemment là ce qu'il appelle le bon goût.
mcouru la la loi Rero-
derancîenue religion romaine, et le mépris qu'il témoigne pour celle d'aujourd'hui, pourraient paraître suspects. Qui sait si ce zèle pour l'antiquité ne provient pas d'un attachement secret à l'ancienne religion de ces anciens et respectables Pontifes? Mais ces anciens Pontifes étaient tolérants; du moins ils ne menaçaient pas du fer rouge. Par cet endroit notre savant paraîtra peut-être tenir un peu aux pontifes modernes, que pourtant il méprise si fort.
Mais si l'on faisait valoir cette loi Remmia ou Memmia contre mon censeur; si je prouvais qu'il hasarde, de temps à autre, de ces accusations destituées de fondement et de preuves; que dirait-il à son tour? Par exemple, lorsqu'il dit que c'est sur les versions latines que j'ai traduit en français les passages grecs que j'ai allégués, il me semble qn'nn aussi habile grec que lui, et qui épargne si peu le papier, ne devaitpoint avancer cette accusation sans l'appuyer de ses preuves. Ce n'était que par ma dissertation qu'il pouvait juger de mon érudition grecque, car il ne me connaissait pas même de nom, lorsqu'il a publié la première partie de sa critique. Or, s'il y a trouvé des preuves de mon ignorance dans la langue grecque , que ne les alléguait-il ? ou bien qu'il les allègue encore; sans cela, gare la loi Remmia. Je ne puis comprendre sur quoi il fonde cette accusation, à moins que ce ne soit parce que ma traduction, s'accordant avec la latine, et rendant l'une et l'autre exactement l'original, il en conclut que c'est sur le latin et non sur le texte grec que j'ai traduit. Cependant, s'il avait voulu se donner la peine d'examiner les choses, ut bonum addecebat^ il aurait pu voir, dans les passages de Denys d'Haï icarnasse et de Polybe que j'ai allégués, que je n'ai point donné dans les fautes qui se trouvent dans les versions latines. Sur quel fondement ce savant me taxe-t-il donc d'être ignorant dans la langue grecque?
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Je commence à croire que ce n'est que sur ce que j'ai n nente: traduit ces passages, pour les mettre à la portée de tous ^'**''^' mes lecteurs; au lieu que mon docte adversaire, n'écrivant que pour des savants du premier ordre, a cité son grec sans le traduire. Mais est-ce là une preuve quil l'entend? Je soupçonne presque que non. Cependant, afin de ne pas hasarder d'encourir les peines de la loi Rentmia^ je m'en vais lui communiquer sur quoi mes soupçons sont fondés. J'ai dit^ que Caton le Censeur s'était opposé le plus qu'il avait pu au progrès que les sciences commençaient à faire à Rome. Je croyais le passage de Plutarque^, sur lequel je me fondais, bien clair. Mon antagoniste me soutient que non, et cite là-dessus cet endroit même de Plutarque^. Je ne sais, cependant, s'il n'aurait pas bien fait de consulter U version latine; car, s'il entend le grec, il faut qu'il ait été aveugle pour n'y pas trouver. la preuve de ce que je dis. Mais, comme il entend sans doute mieux le latin, je le renvoie à Pline ^ qui dit à peu près la même chose que Plutarque.
Si mon censeur cite beaucoup de grec çans l'entendre, il Ni le nai a cela de commun avec bien des gens d'aujourd'hui, qui affectent par là un air d'érudition. Mais, ce qu'il y a de plus singulier, c'.est qu'il a entrepris de réfuter un livre français sans entendre le français. Ce qui m'en fait juger ainsi, c'est qu'en bien des endroits je remarque qu'il n'a pas compris ma pensée, lors même qu'elle est le plus clairement exprimée. Par exemple, j'ai dit*: ce que les Grecs s'appliquèrent a à écrire l'histoire longtemps avant les Romains. Hérodote, « quoique le plus ancien de ceux qui nous restent, n'a pas