Cens., de Die naiali, cap. xxi
i8 INCERTITUDE DES PREMIERS SIÈCLES
ville n'est pas appuyre sur des raisons plus solides que tout le reste de ce que Ton en débite.
En effet, si Yarron avait fixé Tépoque de la fondation de Rome avec tant de certitude, d'où vient que son ère n'a été adoptée par aucun des anciens historiens? Car elle n'a été suivie que par les modernes; les anciens lui ont toujours préféré l'ère de Caton. Enfin, quelque savant que l'on suppose Varron, il est aisé de remarquer que l'éloge que Cicéron lui adresse est un peu flatteur, comme partant d'un ami qui l'introduit comme un des interlocuteurs de ses dialogues. On conclura aussi que l'éloge de Censorin est outré*, lorsqu'on aura des preuves manifestes qu'il n'y a encore rien de plus incertain que l'époque de la fondation de Rome.
Enfin, dans le jugement que nous devons porter de la certitude ou de l'incertitude de l'histoire des premiers siècles de Rome, nous ne pouvons suivre de guides plus sûrs que les auteurs grecs et latins qui ont été les plus estimés de leur temps et qui le sont encore aujourd'hui. C'est à leur témoignage que je m'arrête, et il n'y a que leur jugement qui me paraisse décisif. Nous n'avons aucune raison de croire qu'ils aient eu dessein de nous tromper, et si nous ne nous rendons pas à leur autorité en ceci, sur quoi pourrons-nous les croire? Tile-Live, Clodius et Plutarque déposent que les monuments sur lesquels on aurait pu constater la vérité de l'histoire romaine, et qui seuls pouvaient lui donner le degré de certitude requise, ont péri dans le saccagement de Rome. Que pouvons-nous leur opposer? Cicéron et Denys d'Halicamasse nous donnent assez à connaître que cette partie de l'histoire romaine était tout à fait décriée de leur temps. Ce fut même par cette raison que le premier abandonna le dessein qu'il avait d'écrire cette