‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 28 sur 227 · Lib. III, cap. xxij · texte numérisé non relu

Lib. III, cap. xxij

conservé ce traité en entier, et, de ce traité môme, on peut tirer bien des inductions peu favorables à l'histoire romaine, en remarquant sur com])ien d'articles il contredit les historiens les plus accrédités. Un monument de cette authenticité, s'il s'accorde avec la narration de l'histoire, y donne une entière certitude. Tout au contraire, s'il le contredit, rhistorien se trouve convaincu de faux, et on est autorisé à lui refuser toute créance. Je m'en vais donc examiner sur combien d'articles essentiels ce traité se trouve en opposition avec les histoires de Tite-Live et de Denvs d'Halicarnasse : et rien n'est plus propre à nous mettre en état de juger du degré de créance que méritent ces deux auteurs, et l'histoire ancienne de Rome, en général, dont ils senties principaux garants.

I. La date seule de ce traité contredit ce que nous trouvons dans les histoires et dans les fastes, sur les consuls de l'année où il fut conclu, qui est celle où Tarquin le Superbe fut détrôné et où Rome créa ses deux premiers consuls. Tous les historiens, tous les fastes les nomment Brutus et Collatin. Brutus, après avoir fait bannir son collègue Collatin, à cause qu'il était de la maison des Tarquins, lui subrogea Valerius Publicola. Brutus n'eut que ces deux collègues, et ayant été tué, sa mort laissa Publicola seul consul. Celui-ci subrogea à Brutus Sp. Lucrétius, père de Lucrèce, lequel, étant mort peu de jours après, laissa la place ouverte à Horace que Publicola fit élire consul. Ce fut donc de Valerius qu'Horace fut collègue, selon ces historiens et selon tous les fastes généralement, et non pas de Brutus. Cependant voici un traité , dont la date porte expressément qu'il a été conclu sous le consulat de Brutus et d'Horace, Que peuton opposer à une pareille autorité ? Je crois qu'il faut avouer de bonne foi que tout ce que les historiens nous disent des

événements de cette année, étant en partie fondé sur les noms des consuls, est peu digne de créance.

Ce n'est pas le parti qu'ont pris quelques critiques modernes ^ Ils ont mieux aimé accuser Polybe d'avoir alléré ce traité , que de convenir de l'incertitude que ce monument répandait sur Thistoire ancienne. A la vérité, Perizonius^ a tâché de concilier Polybe avec les fastes. Il croit que cet historien, n'ayant trouvé que le nom seul d'Horace dans l'original du traité, y a ajouté de son chef le nom de Brutus, afin de mieux désigner la véritable date de cette pièce ; et que, comme le nom d'Horace avait été mis seul au temple du Gapitole, il avait peut-être aussi été mis seul à ce traité. Je passerais cette conjecture, si en ayant recours à cet expédient on levait toutes les autres difficultés qui se trouvent dans la pièce en question, et si on la conciliait par là avec le reste des historiens. Mais outre que je crois Polybe trop bien versé dans l'histoire romaine pour avoir donné à Horace un collègue qui ne l'aurait jamais été, je le crois encore trop exact et trop scrupuleux pour avoir rien ajouté du sien à une pièce originale.

On est donc obligé de se retrancher à dire que ce traité est supposé : chose à laquelle il n'y a nulle apparence ; ou il faut avouer que les historiens ont fort embrouillé les événements de ce temps -là. Je ne vois pas qu'on jpuisse prononcer autrement sur le témoignage d'une pièce dont l'authenticité ne peut être révoquée en doute.

II. Nous voyons encore par ce traité que les Romains exerçaient déjà la navigation et la piraterie : choses dont

1 . Dodwel, de Cyclis liow,^ diss. x, p. 104. Ryckius, de Capitol, Rom.j cap. XI.

2. Dissert, vu, n. 8. Vid. eliam Residua ad Ryckium de Capitol,, p. 22.

on lie trouve que trés-peu de traces dans leur histoire, où il paraît que, jusqu'à la première guerre Punique, leur marine se réduisait à quelques vaisseaux marchands ; ou qu'elle ne se perfectionna qu'à l'occasion de cette guerre , comme le remarque Polybe lui-môme ^

III. Ce traité nous apprend que les Romains étaient maîtres de toute cette côte de la mer qui s'étend jusqu'à Terracîne, et même des villes d'Antium et d'Ardée ; chose en laquelle il se trouve dans une opposition manifeste avec Tite-Live^ et Denys d'Halicarnasse'. Ces auteurs nous apprennent que la première était capitale des Volsques, et que les Romains ne la prirent que plus de quarante ans après, sous le consulat de Titus Quinctius et de Quintus Servilius. La ville d'Ardée^, selon ces mômes historiens, était assiégée par Tarquin le Superbe , lorsque le peuple romain secoua le joug de sa domination. Ceux d'Ardée , ayant après cela les mômes intérêts que les Romains, conclurent avec eux une trêve de quinze ans. Depuis ce temps, Ardée resta dans Talliance des Romains, jusqu'à Tan de Rome 310^ que, pour quelques mécontentements particuliers, elle se ligua avec les Volsques. Mais, dès Tannée suivante, Tancienne alliance fut renouvelée.

' Cette ville, selon les mêmes historiens, était donc indépendante et seulement alliée des Romains ; au lieu que le traité rapporté en entier par Polybe porte que cette ville demômequ'Antium, Laurentum,Gircée, Terracine, étaient

1. Lib, I, cap. XX. V. Huët, Hist, du Commerce des Ane, chap. xxi. — Gronov., de Centes, Usuris,, ant. m, p. 583 etseq.

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