‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 27 sur 227 · Lib. VI, cap. i · texte numérisé non relu

Lib. VI, cap. i

à régler l'État au dedans et à l'assurer au dehors, pour en négliger la recherche. Ils donnèrent donc leurs premiers soins à recueillir tout ce qu'ils en purent ramasser. Pour qu'on ne pût pas douter de Tauthenticité de ces pièces, et de peur que le peuple ne conçût quelque soupçon qu'elles eussent été supposées, les magistrats eurent la précaution de les mettre à même d'être lues par le peuple, afin qu'il vît par lui-même si c'étaient là les anciennes lois, selon lesquelles il avait été jugé jusqu'alors.

Ces précautions ne nous permettent pas de douter de la vérité et de l'authenticité de ces lois, et nous assurent qu'au bout de plusieurs siècles elles étaient telles qu'elles avaient été publiées par les décemvirs et par les rois. Il était de la dernière importance pour les Romains de sauver ce corps de lois, qu'on avait recueilli avec tant de soin, et qu'ils avaient presque acheté au prix de leur liberté.

On voit donc que les Romains donnèrent tous leurs soins à recueillir les lois et les traités de paix, pièces qui servaient à assurer également leur tranquillité au dedans et au dehors. Gomme c'était pour eux ce qu'il y avait de plus important, ils appliquèrent tous leurs soins à la recherche de ce qui pouvait en avoir échappé aux flammes. S'ils ne sauvèrent pas tous les traités de paix, du moins en sauvèrent-ils quelques-uns, qui se sont conservés très-longtemps, et qu'on ne peut raisonnablement soupçonner de supposition.

Les monuments que l'on recueillit alors, et dont l'étude faisait encore du temps d'Horace les délices de quelques Romains , se réduisent donc : 1** aux lois des XII Tables ; 2** à quelques traités de paix, et 3® enfin à quelques livres des pontifes et des devins. Il ne s'agit, par rapport à mon sujet, que d'examiner de quelle utilité ces pièces pouvaient être pour l'histoire, et l'usage que les historiens en ont fait.

On voit assez que de ces monuments il n'y a guère que

les traités de paix, ou les traités d'alliance, qui pussent fournir des secours pour rétablir Thistoire. Car, pour ce qui est des lois des XII Tables et des Livres des Pontifes , ils servaient, à la vérité, à faire connaître la constitution de Tancien gouvernement, et à découvrir l'origine de quelques coutumes ou cérémonies religieuses ; mais d'ailleurs ils ne pouvaient être d'aucun secours pour constater des faits, débrouiller les événements et en fixer les dates, ce qui est l'essentiel de l'iiistoire.

Les traités de paix, au contraire, sont les matériaux les plus authentiques pour l'histoire, et on ne peut former aucun doute raisonnable sur des faits appuyés de pareilles preuves. Je ne veux pas entrer dans le détail de tous les traités que nous trouvons cités par les anciens. Cela me mènerait trop loin, si j'étais obligé de les examiner chacun en particulier. Je me contente d'en produire deux qui, considérés avec attention, nous fournissent de nouvelles preuves de l'incertitude de l'histoire romaine, et du peu de soin que les anciens historiens ont eu de consulter ces pièces originales, et d'en tirer les secours qu'elles pouvaient leur fournir. Cette négligence les a fait tomber dans des anachronismes et dans des bévues très-grossières, comme on aura occasion de s'en convaincre, en faisant quelques remarques sur la teneur de deux traités, de la conservation desquels nous avons obligation à Polybe et à Pline.

Aucun des anciens historiens de Rome, excepté Polybe, ne fait mention d'un traité que les Romains conclurent avec les Carthaginois, l'année môme que les rois eurent été chassés de Rome, sous le consulat de L. Junius Brutus et de Marcus Horatius. Il paraît même assez qu'ils n'en ont eu nulle connaissance, puisqu'on trouve dans leurs histoires des choses qui le contredisent manifestement. C'est Polybe * qui nous a

Page 1