DES AUTRES MONUMENTS OUI ONT PU SERVIR A L'HISTOIRB
Les statues, les inscriptions et tels autres monuments publics, sont d'un très-grand secours pour faire passer à la postérité la mémoire des hommes illustres, et pour perpétuer le souvenir des services qu'ils ont rendus à leur patrie. • Dans ces anciens temps, on ne pensait pas qu'il y eût d'autres récompenses dignes de la vertu, que l'honneur et Timmortalité que promettaient des monuments si glorieux, surtout à Rome, où l'on considérait pour rien le prix de la chose laquelle devait tenir lieu de récompense. Elle ne servait qu'à désigner ce que l'action qui l'avait méritée avait de glorieux. Rome* ayant produit tant d'exemples d'une vertu désintéressée, et prête à tout sacrifier à l'amour de la patrie, devait être remplie de pareils monuments, lorsqu'elle fut prise par les Gaulois. Mais apparemment que rien ne put les
garantir des ravages que fit le feu, et qu'ils furent enveloppés dans la ruine de la ville. S11 en réchappa quelquesuns, ils furent en très-petit nombre; et la plupart de ceux qu'on montrait à Rome dans le huitième siècle n'étaient appuyés que sur des traditions fabuleuses , qui prouvaient que la perte des monuments véritables avait facilité la supposition de ceux qu'on montrait alors. Car si ces pièces n'avaient pu suffire à rétablir l'histoire, elles auraient, du moins, servi à perpétuer, d une manière incontestable, la vérité de certains faits importants, et à faire passer sûrement à la postérité la gloire des grands hommes.
Je crois donc qu'il réchappa peu de ces monuments , ^ je crois même que l'histoire n'en pouvait pas retirer de grands avantages, par une raison qui me paraît bien forte : c'est que les statues érigées dans ces anciens temps n'avaient aucune inscription, rien qui désignât d'une manière bien nette à qui et à quelle occasion elles avaient été dressées. De sorte qu'il n'y avait que la tradition qui en conservât la mémoire ; et on sait à quelles altérations elle est sujette. On voit par Plutarque * et par Pline ^ qu'on ne convenait pas sur la statue de Glélie, et qu'il y avait des auteurs qui soutenaient qu'elle était de Valérie, fille du consul Publicola.
Comme on n'y mettait point d'inscriptions, il était facile de s'y tromper : et même, lorsque, dans le sixième siècle, on commença à y en mettre, elles étaient si abrégées et si simples, quelles pouvaient encore convenir à diverses personnes. Gicéron nous en donne un exemple^ dans Scipion Metellus qui prit une statue de Scipion l'Africain, le