‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 46 sur 227 · Animadvcrs, Uistor,t cap. vu · texte numérisé non relu

Animadvcrs, Uistor,t cap. vu

J'en donne la traduction ici, afin qu'on en puisse mieux juger : «Je crois qu'on ne peut faire que des raisonnements « frivoles sur ces différentes opinions, puisque le vainqueur a lui-même, en consacrant ces dépouilles toutes fraîches « dans ce temple, et en prenant pour témoins de la vérité a Jupiter à qui il les consacrait , et Romulus, desquels il c( avait à redouter le châtiment, s'il ne disait pas la vérité, « y a écrit qu'Aulus Cornélius Cossus les avait consacrées « étant consul. » Âpres un aveu si formel, il est bien difS* cile de se figurer que Tite-Live ait regardé ce monument comme peu digne de foi et qu'il ait voulu qu'on lui préférât le consentement unanime des historiens. Cependant il est vrai qu'il les suit, et qu'il place ce fait sous la même année où ils le mettent. Mais je crois que ce qui l'a déterminé à prendre ce parti est qu'il ne pouvait déplacer cet événement sans faire quelque dérangement dans la chronologie reçue. Cela ne pouvait se faire sans mettre quelque confusion dans l'histoire, et sans engager l'auteur dans des discussions qui en auraient peut-être trop découvert le faible. Cet historien passe d'ailleurs généralement avec tant de légèreté sur les événements de ces premiers siècles, qu*il donne à soupçonner qu'il ne les croyait pas à l'épreuve d'un examen. Il se déclare en tant d'endroits avec précision là-dessus, qu'on peut, sans trop risquer, étendre jusque sur ce fait ce qu'il répète si souvent, que ces temps sont embarrassés de bien des difficultés, et que Téloignement dans lequel il voit les événements ne lui permet pas de discerner le vrai d'avec le faux. C'est là, je crois, ce qu'on pourrait alléguer de meilleur pour justifier Tite-Live de la contradiction où il est tombé; à moins qu'on n'aime mieux croire qu'il a oublié lui-même peu après ce qu'il venait d'établir, sur la foi d'un monument authentique.

IL Perizonias juge que le témoignage unanime de ces anciennes histoires (veterum annalium) l'emportait do beaucoup dans Tesprit de Tite-Live, et devait l'emporter sur le témoignage de ce monument. Mais c'est dans la supposition que ces histoires étaient contemporaines ou les Annales mêmes des Pontifes. Or j'ai déjà prouvé que ces Annales des Pontifes n'existaient point; et je prouverai bientôt qu'il n'y avait aucune pièce qui pût servir à l'histoire, laquelle fût antérieure à ia fin du cinquième siècle de Rome. En sorte que cette raison, fondée sur une supposition si facile à détruire, tombe d'elle-même.

III. Enfin, ce savant refuse de regarder ce monument comme contemporain de Cossus , et prétend que ce n'est point Cossus lui-même, mais quelqu'un de ses descendants qui y a ajouté l'inscription qu'on y lisait du temps d'Auguste. Il croit que c'est la raison qui a empêché Tite-Live d'y déférer, comme il l'aurait dû , s'il l'avait crue aussi ancienne qu'Auguste voulait le lui persuader. Sans m'arrêter ici à discuter s'il y aurait moyen de concilier ce sentiment avec le passage de Thistorien que j'ai cité ci-dessus, je me contente de rapporter les raisons sûr lesquelles ce critique fonde son opinion. Il prétend que l'usage des lettres était alors si rare à Rome, qu'on n'ajoutait aucune inscription aux statues et aux autres monuments qu'on érigeait à la gloire des grands hommes. «En effet, ajout'e-t-il ^ est-il c( vraisemblable que dans un temps où Ton était si grossier « et si ignorant à Rome, qu'on ne se servaifque de quelques « clous enfoncés dans une muraille pour retenir le nombre « des années, on ait pensé à perpétuer la mémoire des belles « actions des hommes illustres par des éloges et par des

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