‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 52 sur 227 · I. Wesseling. Probab,^ cap. xxxix · texte numérisé non relu

I. Wesseling. Probab,^ cap. xxxix

peut, satis un extrême enlêtemeut, refuser de se rendre à ses raisons. Un savant anglais*, en embrassant son sentiment, vient d'y ajouter encore une nouvelle preuve de la supposition du dernier de ces fragments.

Il ne s'agit pas de prouver de quelle utilité de pareils journaux auraient pu être. On conçoit assez qu'avec un pareil secours il aurait été très-facile aux historiens de s'assurer de tous les fails et d'en fixer les dates. On peut même dire qu'ils avaient une histoire toute formée , à laquelle il ne s'agissait que d'y donner le tour et d'en orner le style. Si les historiens romains avaient trouvé de pareils secours, il y a bien de l'apparence qu'ils en auraient averti leurs lecteurs et que nous trouverions souvent ces Actes cités dans leurs écrits. D'ailleurs, ce que j'ai établi dans les chapitres précédents montre assez que cet usage doit avoir . été a^e2 moderne à Rome. Puisque dans le cinquième siècle de Rome on faisait peu d'usage de l'écriture, y a-t-il la moindre apparence qu'on y ait dressé des journaux aussi exacts et aussi circonstanciés que ceux dont on veut qu'il nous reste encore des fragments? Si, dans ce siècle, l'ignorance où ils étaient encore ne leur permettait pas de dresser les inscriptions les plus simples, à plus forte raison ne leur permettait-elle pas de tenir dès registres aussi détaillés dé tout ce qui se passait à Rome, et de ce qui se traitait dans le sénat.

Rien ne nous empêche donc de nous rendre au témoignage de Suétone , qui nous apprend que César est celui auquel on doit l'établissement de cet usage ; usage qui, par conséquent, ne remonte pas fort haut. Il est vrai que jusqu'rci on s'en est peu rapporté au témoignage de cet historien, mais c'était dans la supposition que le premier des

1. tunslaîl. E/>î«<. ad vir, Clariss» Cont, Middlcl,, p. ,13»

fragments de ces Actes, dont j'ai parlé ci-dessus, était bien aulhentique. Dès qu'on a prouvé qu'il est supposé , on ne peut refuser de se rendre à l'autorité de Suétone, el par conséquent l'usage de dresser des Actes de la Ville et du Sénat n'est que de la fin du septième siècle de Rome.

On nous cite à la vérité un recueil de onze livres que Mucien avait rassemblés, et auquel il avait donné le titre de Recueil d'actes. Si les partisans de la certitude de l'histoire des cinq premiers siècles de Rome se croient en droit de nous accabler de titres de livres, de mémoires et d'autres pièces prétendues anciennes , je me flatte qu'ils ne nous contesteront pas le droit d'examiner ce que c'était que ces pièces, à quel temps elles remontaient et si, en effet, elles pouvaient répandre du jour sur l'histoire de ces premiers temps. Souvent, lorsqu'on recherche avec quelque exactitude le temps et le contenu des livres, mémoires ou autres pièces qu'on nous cite, on n'en est que mieux convaincu que c'est faute de meilleures armes qu'on se munit de tout ce qui tombe sous la main.

Si l'on pouvait prouver qu'un recueil ii Actes pareils à ceux qui font le sujet de ce chapitre se gardait dans les archives de Rome; que ces actes remontaient jusques aux premiers siècles, et qu'enfin les historiens y ont puisé les événements qu'ils rapportent, je serais le premier à convenir que l'histoire romaine est appuyée des meilleures preuves , et qu'il n'y a aucune raison de douter de la bonne foi des historiens. Mais quand on nous cite un Recueil d'actes pareil à celui de Mucien pour nous prouver qu'on avait de bons mémoires sur l'histoire des premiers siècles de Rome, c'est chercher à éblouir ses lecteurs par une vaine conformité de noms, et non pas à les convaincre par des raisons solides.

Quel rapport, en effet, y a-t-il entre les Actes de Mucien

ei les Actes de la Ville et du Sénat? L'auteur qui nous parle de ce recueil * nous explique aussi fort clairement en quoi il consistait. On voit que ce n'était qu'un recueil de' harangues ou d'oraisons de quelques grands hommes sur les affaires importantes de leur temps : ce qui le confirme, c'est, premièrement, que Mucien avait tiré ces pièces des bibliothèques. Or, ce n'était pas là la place des Actes de la Ville; c'était dans les archives qu'il les fallait chercher. Secondement, si c'eût été un recueil de pareils Actes, l'auteur du dialogue n'aurait pas eu occasion d'en parler dans un ouvrage où il ne s'agit que de l'éloquence des orateurs des siècles précédents. Enfin, ce qui prouve encore mieux que ce n'était qu'un recueil de harangues de quelques illustres Romains sur les affaires auxquelles ils avaient eu part, c'est que la seconde partie de ce recueil ne contenait que des lettres. Il est donc évident que le recueil ai Actes que Mucien avait compilé n'a aucun rapport aux Actes qui font le sujet de ce chapitre.

n est vrai qu'il importe peu à mon sujet de savoir desquels Actes il s'agit dans ce passage; puisque, quand ce recueil à' Actes de Mucien aurait, en effet, été un recueil de ces mémoires ou journaux qu'on dressait de tout ce qui arrivait dans la ville ou de ce qui se traitait dans le sénat, il ne remontait pas plus haut que les temps de Pompée, de Crassus, de Lucullus, etc., et qu'il s'agirait toujours de prouver que la coutume de dresser de semblables Actes était antérieure au cinquième siècle de Rome. Or c'est ce qui est destitué de toute apparence, et il paraît môme qu'on n'en peut fixer l'époque que beaucoup plus tard. En effet, Tite- Live aurait-il dit de ce siècle^ qu'on y faisait encore peu

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