‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 84 sur 227 · VoBsius, de Hist» laiin,^ lib. 1, cap. m · texte numérisé non relu

VoBsius, de Hist» laiin,^ lib. 1, cap. m

DE L'HISTOIRE ROMAINE. lil

jusqu-à la fin du sixième siècle ; et, par là, nous met à même de porter un jugement sûr des premiers historiens. Voici ce qu'il en dit^

(c Jérôme de Cardie est le premier, que je sache, qui ait (( touché légèrement à Thistoire des Romains, dans son « Histoire des successeurs d'Alexandre. Ensuite, Timée ce en a parlé aussi dansson Histoire universelle et dans This- « toire particulière qu'il a écrite des guerres de Pyrrhus. « Ajoutez à ceux-là Antigone, Polybe, Silène, et je ne sais c( combien d'autres, qui ont traité les mêmes sujets, mais de c( différentes manières. Or, chacun de ces historiens n'a dit a que fort peu de chose des Romains, et encore ce peu est-il a dit sans aucune exactitude, et n'est fondé que sur des a bruits populaires» Or, les histoires que les Romains ont « écrites en grec sur ces premiers temps ne diffèrent en rien « de celles-ci . Leurs plus anciens historiens sont Quintus « Fabius et Lucius Cincius, qui tous deux ont vécu du temps ce des guerres Puniques. Ces deux auteurs ont parlé avec ce assez d'exactitude dé ce qu'ils ont vu, et dont ils ont pu « s'instruire par eux-mêmes; mais ils n'ont que légèrement a parcouru ce qui était arrivé depuis la fondation de Rome a jusqu'à leur temps. »

t£p«>vti{AOU Toû Kap^tavoû auf^^OL(^i(ùi èv t$ irepl tûv ém'^ovcav n^cn'^^oLrûcf. * 67reiTa Tif&aiou toû SixeXicûTcu rà |xèv àpx^ÎA tùv taroptcôv îv zctXç xotvaI(; wtopiaiç àcpYi'Yin<T«p.6vou, toOç ^ï irpoç Hûppov tov ÔTreipwrïjv iroX6p.cuç eî; tâ'îav xara- X»pi<ïavToç irpa-YaotTeiav • a|xa ^è t&ûtoiç Avn-yovoo te xat Il&Xuêiou xai SiXy.voù JCAi pj^pifttv àXXuv Tot; aùrot; wpà-yfxaaiv où^ Ô[Ji.oîwç èwiêaXo'vTWv, wv ajtaaroç ôXî"ya xat cù^è aùxà ^i6<nrou^aa|i.8V(ùç (où^e dbcpiêwç), ÔXX' ex twv èitituxcÎvtwv àxouap.aT(i>v ouvôecc àvé-^patl^ev * ôp.oiaç ^6 toutoiç xai cùc^àv ^ia(pûpouç s^sc^coxav lerroptoii xai i*<«)(xaiû)v 5aot Ta TraXaià ep-ya ttîç woXêû); sXXYivuc^ ^laXéxTcp ou¥t'Ypa4'«v, âv 6i*<rt TrpgaêoTaTot KdtvTo'ç re Oàêicç xal Aeûkioç Kqxioç, àpu^'- Tspoi xarà tcu; Ooivixixgù; àxfAaaavTeç -reoXap.ouç. Toiiîwv c^è twv àv^pûv éxà- Ttpoç, oic piv aÙTÔç ép'yciç irapt'^tveTO , ^là tviv Èpt-Ktipiav àxpiêûç àv8')^pa(|>6, T« ^8 «px*î* Ta (xeTa t«v xtwiv rJiç iwX»«ç -yevcîptiva x89aXai(i>^(ii>ç 8ir6<^pap.ev. Dionys. Halicarn., lib. I, p. 5.

Ce passage de Denys d'Halicarnasse nous apprend : 1" que les premiers qui louchèrent à quelques points de l'histoire romaine étaient des Grecs ; et que tout ce qu'ils en dirent était peu fidèle, n'étant fondé que sur des oui-dire et sur des bruits populaires; 2" on y voit encore que les premiers historiens romains ne réussirent pas mieux que les Grecs pour ce qui regardait les premiers temps de Rome, et que leurs histoires étaient, en ce point, entièrement semblables : 'Oi^cCa; SoTcuTot; xat ouSèv Stoçépouç èÇéSwxtr; toropta<;. Par conséquent, elles étaient de même écrites sans exactitude, et n'étaient fondées que sur des bruits popu-* laires, comme celles de Silène et d' Antigène : Oiiï oÔTà ît6cn:ou3ac[Aév(o; , àW 1% tûv èxiiuxé^/rwv àxouaiJu^TWV ; 3" outre

le peu d'exactitude qui régnait dans cette partie de leurs ouvrages, et le fond qu'on pouvait faire sur ce qu'ils disaient des siècles antérieurs au leur, étant obligés de suivre une tradition orale qui ne peut qu'être accompagnée de beaucoup d'incertitude, ils n'avaient fait que parcourir sommairement les principaux événements : Ta lï àpyaXa, Ta jxsxà

t)jv XTCatv vfiq TréXewç •^evé^i.eva xeçaXatwBw^; èxéSpai^sv. Que pou-

vaient-ils, en effet, dire de bien assuré sur des temps sur lesquels ils n'avaient aucun mémoire, aucun auteur contemporain qu'ils pussent prendre pour guides?

C'est ce que Denys d'Halicaruasse dit encore d'une manière bien claire ailleurs * : a II n'y a pas un seul ancien (( historien ou autre auteur romain, et tout ce qu'ils disent, « ils l'empruntent de ce qu'on en conserve dans les livres « sacrés. » J'ai déjà parlé de ces livres sacrés en traitant des Livres des Pontifes^ et j'ai remarqué que ce n'était qu'un recueil de fables qui se contredisaient les unes les autres,

1 . naXaibç p.sv o5v cars •U'y^pa^eù; cute Xc^cypàcpcç iarl i*6>p.aîuv oû^i àv87pa<{/£v. Dionys. Halicarn., lib. I, p. 59.

comme on le peut voir par ce que cet auteur lui -môme en rapporte. Ainsi, leur nom ne doit pas nous en imposer.

Quels secours Fabius Pictor a-t-il donc eus pour la composition de son Histoire? Sur quels mémoires, sur quels monuments a-t-il pu vérifier les faits qu'il rapportait? Personne ne peut mieux nous l'apprendre que Denys d'Halicarnasse. Nous ne pouvons suivre de guide plus sûr et mieux instruit sur cette matière, et l'on ne risque rien en s'en rapportant à ce qu'il en dit. Il avait intérêt à faire valoir l'autorité de Fabius, puisqu'il le suit très-souvent et se contente de le donner pour garant des faits qu'il rapporte.

Or, il nous dit lui-môme qu'une partie de son Histoire n'était fondée que sur des bruits populaires ; que, pour le reste, il rapportait ce qu'il avait pu voir et connaître par lui-môme. Voici ses propres termes : a Cet auteur, le plus c( ancien historien romain, assure ce qu'il rapporte, non- « seulement sur ce qu'il a ouï dire aux autres, mais aussi « sur ce qu il a pu savoir par lui-même ^ »

Il faut donc distinguer deux parties dans le travail de Fabius. La première contient V Histoire des cinq premiers siècles de Rome. C'était sur les événements de ces temps éloignés qu'il avait surtout eu besoin de secours pour lui donner quelque certitude. Mais on voit que ce qu'il en disait n'était appuyé que sur ce qu'il en avait ouï dire : 'E? aiv Yjxouae. Qu'on juge par là du fond qu'on pouvait faire sur cette partie de sou Histoire.

Quand on supposerait qu'il eût consulté les plus âgés, les mieux instruits et ceux qui avaient le plus d'expérience dans les affaires entre ses compatriotes, leur témoignage

1. naXaioTaTO; «^àp àvYip twv ta i*c«>|i.aïxà auvTaÇ«p.év6>v , jcal itîaTiv oùx 1^. rov iqxouas pLovov, àXXà xal È^ uv aÙToç Ipca '7rapE)^o[Aivoç. Dion. Halicarn., lib. VII, p. 475.

lU INCERTITUDE DES PREMIERS SIECLES

pourrait-il être suffisant pour donner quelque certitude à des faits dont plusieurs sic^cles qui s'étaient écoulés depuis leur dérobaient une pleine connaissance? Quel cas faire d'un historien qui n'appuie ce qu'il rapporte des événements antérieurs de trois, quatre et cinq siècles, que du témoignage de ses contemporains? Telle était Y Histoire de Fabius Pictor : et ce que Denys d'Halicarnasse en dit nous convainc clairement, qu'on ne pouvait faire aucun fond sur tout ce qu'il disait des premiers siècles de Rome.

Ajoutons à cela les fréquents exemples que nous avons du peu de vraisemblance de bien des faits qu'il rapporte, de son peu de soin à éviter les contradictions, de sa négligence dans la recherche de la vérité, et entin de son inexactitude en fait de chronologie. Denys D'Halicarnasse s'en plaint quelquefois, et entre autres à l'occasion de l'âge des Tarquins. « Je ne puis me dispenser, dit-il, de reprendre Fabius de son inexactitude en fait de chronologie * » : T6 ^' àBu[jLov aJ- Tcu 7:ept t)jv èÇéxadiv twv )rp6va)v; et un peu plus bas : o Tant cet historien, ajoute-t-il, a été négligent, et s'est peu soucié de rechercher la vérité de ce qu'il rapporte. » Outwç oXCyov

âoTiv èv xaTç Eoroptaiç aÙTOu xb xspt tîjv è^sTaatv t/j; àXY)Oétaç àzar Xa^TCwpov.

En voilà suffisamment pour nous faire connaître le peu de créance que mérite l'ouvrage de Fabius sur les premiers temps de Rome. On voit que tout ce qu'il en disait n'était fondé que sur des ouï-dire, sur des traditions populaires, où la vraisemblance n'était pas toujours observée, et que rhistorien ne s'était pas même donné la peine d'examiner. Il avait emprunté une partie de ce qu'il disait des commencements de Rome, de quelques auteurs grecs, qui n'avaient jamais été à portée de s'instruire des affaires des Romains, et qui avaient commis de lourdes fautes, toutes les fois qu'ils

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