IJb. 1, cap. xLVi
DE L'HISTOIRE ROMAINE. i^l
soixante-quinze lorsqu'il mourut. Pison était le seul qui eût senti la contradiction. De tous les autres, il n'y en a pas eu un seul qui n'ait suivi aveuglément Fabius Pictor, sans se mettre en peine de la vraisemblance ou de la possibilité de ce qu'il rapportait. Quoique Tite-Live, qui est venu longtemps après Pison, paraisse sentir la difficulté, il passe légèrement dessus, et s'en rapporte au grand nombre.
Cet agréable historien n'avfîit sans doute pas employé plus de soin à examiner la vérité, lorsqu'il a fait combattre Tarquin le Superbe à la bataille de Régille, quoiqu'il dût avoir pour lors au moins cent ans. En cela, Tite-Live suivait les historiens Licinius et Gellius, que Denys d'Halicamasse critique d'avoir rapporté une chose si peu vraisemblable.
Il serait facile de rassembler bien des traits de cette force, propres à caractériser ces anciens historiens. Car on peut dire, qu'outre leur peu de critique pour des faits qui appartenaient uniquement à leur histoire, ils étaient encore fort négligents à s'instruire des histoires étrangères qui auraient pu répandre du jour sur la leur, par la liaison qu'il pouvait y avoir entre elles. C'est ce qui leur a fait commettre des anachronismes surprenants.
Denys d'Halicarnasse* reprend Gellius et Licinius d'en avoir commis un d'environ quatre-vingt-dix ans. C'est sur Tan 262 de Rome, où ces historiens rapportent que, dans une grande disette, le sénat avait envoyé deux députés de son corps en Sicile, pour acheter des blés; et que Denys, roi de Syracuse, leur en avait fait présent d'une grande quantité. Or, ce n'était pas Denys qui régnait alors à Syracuse, c'était Gélon. Denys n'était pas même né, et cène fut que quatre-vingt-cinq ans après qu'il envahit la tyrannie.