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moins à être véritablement exact qu'à le paraître ; et que, malgré cet air de sincérité et de bonne foi qu'il s'est efforcé de donner à son ouvrage, il Tait bon de ne pas s'y fier sans examen , puisqu'on voit que son exactitude n'est qu'affectée, et qu'il rapporte souvent comme certains les faits les plus douteux.
Je me suis particulièrement attaché à montrer que y Histoire qu'a écrite Denys d'Halicarnasse n'est pas aussi parfaite qu'on se l'imagine, parce que l'on fait généralement beaucoup de cas de cet auteur. Le détail dans lequel il entre sur ces premiers temps de Rome fait croire qu'il est bien fondé dans ce qu'il en dit; et, comme il étale de la critique et de l'érudition dans plusieurs de ses recherches et de ses discussions, on se laisse aisément éblouir par une apparence d'exactitude et de bonne foi, qui cependant n'ont rien de réel, dès qu'on les éclaire de prés. Pour en être convaincu, il suffit de faire attention à ce qu'il dit lui-même des sources où il a puisé pour composer son Histoire. On n'y voit que des historiens peu sûrs et peu exacts, comme il est obligé d'en convenir lui-môme en différentes occasions, et qui n'avaient d'autres garants de ce qu'ils rapportaient qu'une tradition orale ou des Mémoires des familles. C'est ce que j'ai prouvé par l'autorité de cet historien même, et par celle des auteurs les plus célèbres. Il suffit donc d'avoir montré le peu de solidité des preuves dont il s'appuie, pour qu'on soit convaincu que toute cette partie de l'histoire romaine, dont il paraissait le meilleur garant, ne mérite nulle créance, et est remplie d'incertitude et de confusion.
Je n'ai pas cru qu'il fût nécessaire de parler de Tite- Live. On lui préfère d'ordinaire, par rapport à ces premiers temps, Denys d'Halicarnasse, à cause que ce dernier a traité ce sujet avec beaucoup plus d'étendue. Ainsi, après avoir
démontré qu'on ne peut faire de fond sur celui que jusqu'à présent on a regardé comme Thistorien le plus sûr et le plus digne de foi, je pense qu'il est inutile de s'étendre beaucoup sur Tite-Live. Je crois pouvoir m'en dispenser avec d'autant plus de raison que j'ai rapporté ci-dessus plusieurs traits tirés de cet historien, qui marquent assez ce qu'il pensait de cette partie de son Histoire, et que c'est principalement par des preuves que j'en ai empruntées que j'en ai prouvé le peu de certitude. Cependant, afin de ne rien laisser à désirer sur cet article, je vais rapporter quelques passages de cet historien qui découvrent encore mieux ce qu'il en pensait lui-même.
On doit lui rendre cette justice, qu'il est beaucoup plus sincère que Denys d'Halicarnasse, et qu'il nous avertit de la confusion qu'il trouve dans les événements et dans la chronologie de ces premiers temps. Il ne dissimule pas la peine qu'il trouve à concilier les différentes opinions de ses prédécesseurs. Il nous avertit dès le commencement de son Histoire^ qu'il n'a dessein ni de garantir, ni de réfuter bien des choses qu'il rapporte, et qu'il les abandonne au juge* ment du lecteur. Il nous dit encore ailleurs^ que le fait qu'il rapporte ne vaut pas la peine qu'il le réfute. Il reconnaît donc ingénument le peu de certitude qu'il trouve dans les premiers temps de l'histoire qu'il écrit. Il avertit ses lecteurs* que, lorsque le grand éloignement l'empêche de bien discerner le vrai, il est obligé de s'en rapporter aux bruits populaires. C'est assez nous dire qu'il n'exige pas de nous une créance aveugle ; c'est nous avertir de bonne foi
i, Ea nec afiflrmare, nec refellere in animo est... Utcunque animad- ▼ersaautœstimata erunt, haudin magno ponam discrimine. Liv., inPrœfat,
H, Ea neque alBrmare, neque refellere, operœ pretium est. Liv., lib. V, cap. XXI.
3. Fama rerum standum est, nbi certam derogat vetustas fidem. Liv., llb. VIT , cap. VI.
des doutes qu'il avait lui-méone sur la vérité de ce qu'il rapportait. Aussi le savant Jacques Gronovius, dans un discours prononcé publiquement à Leyde S reconnait-il que Tite-Live ne cite gjaère les anciens monuments ou les premiers historiens, dans ses dix premiers livres, que pour . les réfuter, et découvrir ou leur supposition ou les bévues grossières qu'ils commettent. Je ne m'arrêterai donc pas à relever les petites négligences qui pourraient lui être échappées en traitant un sujet qui ne lui paraissait pas digne de toute son attention.
Il était d'une tout autre importance de bien établir le degré de créance que mérite Denys d'Halicarnasse. Tite-Live ne s'est pas piqué, comme lui, de nous donner une histoire bien sûre des premiers temps de Rome. Au contraire, il avoue que tout y est rempli de confusion et d'incertitude. Il nous dit quelquefois qu'il est obligé de flotter dans le doute, parce que le grand éloignement dérobe la vérité à ses yeux. Mais j'ai fait voir, et j'en donnerai encore d'autres preuves dans la suite, que Denys d'Halicarnasse rapporte souvent comme certains les faits les plus douteux. Il mérite donc d'autant moins d'indulgence, que l'on voit que cette sincérité et cette exactitude dont il se pare ne sont que pour en imposer aux lecteurs.
Après avoir prouvé la perte ou la non-existence des monuments des cinq premiers siècles, on en doit conclure réellement que des histoires qui ne fondent les faits qu'elles rapportent que sur la tradition ne peuvent avoir le degré de certitude nécessaire. On sait combien ce moyen de transmettre les événements à la postérité est sujet à Terreur. Les historiens qui ont vécu dans des siècles plus polis, et oii l'on n'ignorait aucune des lois de l'histoire, n'ayant point