CHAPITRE II
DES RAISONS OUI L*ON A DK DOUTIR DE L’HISTOIRI DBS PREMIERS StfcCLIS DE ROMK
Quand on conviendrait que les premiers temps de l’histoire romaine sont chargés de traits fabuleux, et qu’il est
DE L'HISTOIRE ROMAINE
fort difficile de démêler la vérité au travers des nuages qui l'enveloppent, il n'y aurait rien en cela, comme je l’ai déjà remarqué, qui ne lui fût commun avec la plupart des autres histoires contemporaines. Il n’y avait point de ville grecque qui ne rapportât son origine à quelque dieu ou à quelque héros, et qui n'embellit ses traditions de quantité de miracles. Elles suppléaient par des fictions à ce qu'elles ignoraient de leur origine.
lies Romains se sont crus en droit de suivre l’exemple des Grecs. C'est même d'eux qu'ils ont emprunté le récit merveilleux de la naissance ou de l'éducation surprenante de leur fondateur. Pour remplir les vides de ces premierstemps, ils ont adopté tous les faits fabuleux qu’une tradition populaire semblait avoir consacrés. Plus le premier âge du peuple romain a été grossier et ignorant , moins on doit être surpris de le voir orné de fables. Les historiens, voyant les peuples imbus de ces traditions sur lesquelles même plusieurs de leurs cérémonies religieuses paraissent fondées, se crurent obligés d’en perpétuer la mémoire dans leurs écrits. Les plus judicieux se contentèrent d’avertir leurs lecteurs, et de leur faire entendre que ce n’était pas là-dessus qu'ils demandaient qu’on les crût.
C'est ainsi qu'en a agi Tite-Live. La courte et belle préface qu'il a mise à la tête de son histoire renferme des réflexions si judicieuses et si solides, que je crois que les lecteurs ne seront pas fâchés de voir ce que cet agréable historien pensait lui -même de la vérité de certains faits qu'il insérait dans son histoire. Il commence par reconnaître ingénument 1 que tout ce qu’on a dit de la fondation
1 . t}uæ ante condllam, condcndamve urbcm, poelicia magie décora Cahulia , quam incorrupti» rerum gealarum monumenlie, tradunlur, ea nec afflrniare, ner refellerc, in animo cal. Datur ha;c venta antiquilali, ut uiiacendo liumana divinie, |iriniordia urbium atigusloria Cariai. Et at cnl populo licere
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de Rome , et des temps qui l'ont précédée, n’est appuyé ipie sur des fictions poétiques, et nullement sur des monuments historiques : « Je n’ai donc pas dessein, ajoute-t-il , « ni de garantir ce que je rapporte, ni de le réfuter. On « permet à l'antiquité de donner des origines illustres aux « villes en y faisant intervenir quelque divinité. S'il doit « être permis à quelque peuple de consacrer son origine et « de la rapporter aux dieux, à plus juste titre doit-il félre « aux Romains. Ce peuple s'est acquis tant de gloire, que « les nations ne se feront pas plus de peine de recevoir ce « qu’il dit de son origine, et de celle de son fondateur, « qu'il rapporte au dieu Mars, qu'elles n'ont de peine à se « soumettre à sa domination. Du reste, je me mets peu en « peine du jugement qu’on portera de pareils contes. »
C’est là avertir de bonne foi que I on ne garantit pas tout ce qu’on écrit : et Titc-Live mérite de grands éloges pour l’ingénuité avec laquelle il convient du peu de certitude de ces premiers temps dont il a entrepris l’histoire. C'est sans doute ce qui a fait dire au père llapin 1 « que cet historien « ne donne pour certain que ce qu’il trouve sans incerli- « tude, et qu'il doute le premier de ce qu’il trouve dou- « teux. » Je souscrirais volontiers à cet éloge, si la candeur de cet historien s'étendait en elTet sur tout ce qui est douteux; mais il faut la restreindre à ces premiers siècles et à ce qui est manifestement fabuleux. Car, trop prévenu en faveur de sa nation, il adopte d'ailleurs avec trop de légèreté tout ce qui est à son avantage.
Si, dans toutes les histoires, les temps les plus reculés
oportet consecrare ©ritrinps sua», et ad deos referre nuctores, ea lietli ploria est populo romano , ut quum suum conditorisque sui parent cm Marlein polissiinum ferai, lam et hoc pente* h muante paliantur aequo animo, quain imperium paliuntur. Sed h»c et lii* aiuiiiia, ulcumque animadversa uut æslimala erunt, liaud iu macno equideni ponain discrimine.