CHAPITRE V
DU R&ÜNR DE SKItVIl'S TULLIUS
Si c’est avec raison qu’on se moque des fables dont ou a embelli la naissance de Romulus et de Rémus, des prétendus entretiens de Numa avec la déesse Égérie, et de divers autres traits fabuleux qui ont trouvé place dans l'histoire
t . Lili. XXXIII . cap. h.
romaine, on n’aura pas beaucoup meilleure opinion de tout le merveilleux qui se trouve répandu dans les aventures de Servius Tullius, jusqu’à son avènement à la couronne. Tout ce qu’on nous en raconte jusqu’à ce temps-là tient trop du roman pour que j’y insiste. Je ne m’arrête donc qu a ce qui ne pèche pas directement contre la vraisemblance.
Titc-Live et Denys d’Halicarnasse ne sont point du tout d’accord sur les moyens que Servius Tullius employa pour parvenir au trône et pour s’en assurer la possession. Selon le premier', il ne pensa qu’à s’assurer du sénat ; et, appuyé de son autorité, il se vit bientôt tranquille possesseur du royaume, et en état de mépriser les suffrages du peuple. PrimuSj injussit populi, voluntate patrum , regnavit. Au contraire, Denys d'Hulicarnasse nous dit 2 que, désespérant de pouvoir mettre les patriciens dans ses intérêts, il s’appliqua uniquement à gagner les suffrages du peuple; et que, dès qu’il s’en vit assuré, il se lit élire roi, malgré l’opposition du sénat, qui ne voulut jamais ratifier par un sénalusconsulle son élection, laquelle sans cette formalité ne pouvait être valide.
Quoique Denys d’IIalicarnasse s’étende beaucoup, à son ordinaire, et comme un écrivain qui avait connaissance de toutes les intrigues les plus secrètes des commenccmenls de ce règne, et de tous les ressorts que Servius Tullius avait fait jouer pour s’assurer la couronne, je crois que les changements que ce roi introduisit dans le gouvernement rendent l’opinion de Titc-Live beaucoup plus soutenable. Il est trèsnaturel de regarder avec cet historien ces changements comme une récompense de la chaleur avec laquelle les grands avaient pris ses intérêts. 11 mettait par là entre leurs mains tout le gouvernement de l’État, et ne laissait au peuple