CHAPITRE VIII
HD SIÉOK DK tout PAR PO 151 H K A
Il n’y a point d’événement qui tienne une place çius honorable dans l’histoire romaine que le siège de Rome par Porsenna, roi d’Étrurie. Si l’on en croit les historiens, les deux partis acquirent bien moins de gloire par les actions de valeur auxquelles celte guerre donna occasion, quelque éclatantes qu’elles aient été, que par les sentiments de gé-
DK L’illSTOIHE DOMAINE. 219
nérosilé qu’ils firent briller de pari et d’autre. Le merveilleux dont toutes les circonstances de ce siège sont accompagnées leur donne un air si fabuleux, qu’on peut dire sans témérité qu’elles seraient plus dignes d’avoir place dans quelque ancien roman de chevalerie que dans une histoire où on ne doit rien mettre que de bien avéré. «Ce fut ce temps-là, dit Florus 1 , qui produisit ces pro- « diges de valeur, les Horalius, les Mucius, les délie, que « nous rejetterions comme des fables, si on ne leur avait « donné place dans l'histoire. » Il me semble que Florus, par cet aveu, nous autoriserait presque à les regarder comme des fables; mais la place qu'on leur a donnée dans l’histoire et l’antiquité qui les rend recommandables ne permettent pas de rejeter ce qu’on en dit sans de bonnes raisons. C’est ce qui m’oblige d'entrer dans quelque détail sur ce sujet.
De tous les auteurs dansées ouvrages desquels l’histoire de ce siège entrait naturellement, nous n’en trouvons pas un seul qui nous apprenne que la ville de Rome se soit rendue à Porsenna. Ils avouent en général que la ville était fort pressée et môme réduite à l'extrémité lorsque Porsenna, charmé de la valeur des Romains, abandonna ce siège par une générosité. Cependant Tacite, déplorant l’incendie du Capitole , où le feu fut mis par ceux du parti de Vilellius qui y assiégaient Sabi nus, frère de Vespasien, lequel s’en était emparé, ajoute 2 : « Que Rome n’avait pas souf- « fert un pareil malheur, ni lorsqu’elle fut rendue à Por-
). Tmn ilia Hoinana prodigia atque miracula, Horalius, Mucius. Clœlia, quæ nisi in nnnalibus forent, hodic fabulæ yiderenlur. Lib. I, cap. x.
2. Sedem Jovis Oplimi M.iximi , auspicato a majoribus pipnus imperii condilam, quam non Porsenna, dedila urbe, nequcüaili capta, Icmcrare potuissent, fiin rc principum cxsriudi. Uni., lib. 111, cap. lxxii.
« senna , ni lorsqu’elle fut prise par les Gaulois. » Il est vrai que Tacite est le seul auteur où nous trouvions cette particularité, et que tous les autres historiens gardent le silence sur un événement si mémorable. Mais aussi Tacite est un auteur trop judicieux et trop exact pour qu’on puisse croire qu’il ait avancé un fait de cette nature sans en avoir de bons garants. Je ne puis croire qu'il ait dit cela au hasard ; et peut-être avait-on découvert quelque pièce originale qui, jusqu’à ce temps, était restée ensevelie dans la poussière, et où il avait puisé la connaissance d’un fait ignoré par les anciens historiens, ou qu’ils avaient passé sous silence à dessein. Ce qui sert à favoriser cette conjecture, c’est que Pline cite un traité fait entre Porsenna et les Romains, où on trouve de quoi appuyer ce qu’avance Tacite. Voici ce qu’en rapporte cet auteur 1 : « Dans le traité «que Porsenna accorda aux Romains, après qu’on eut « chassé les rois, nous voyons qu’il y est stipulé expressé- « ment qu’ils ne feraient usage du fer que pour l’agricul- « ture. » C’était apparemment dans ce traité que Tacite s’était instruit de la vérité, et qu’outre la condition insérée qui désarme les Romains, 'il y avait divers autres articles qui montraient clairement qu'on avait rendu la ville à ce roi.
Cependant l’article que Pline nous en a conservé suflit pour confirmer ce que dit Tacite. Si Porsenna s’est vu en état de prescrire aux Romains une condition par laquelle il • les désarmait , ce n’était sans doute qu’après les avoir domptés et qu’après les avoir obligés de se rendre. Car défendre à un peuple l'usage du fer en toute autre chose gue dans f agriculture , n’est-ce pas le désarmer? Pour im-
I. In fit’dcrc, quoi], cxpulris regilms, populo Roniano dedil Porsenna, mwiinalim comprehcnsum invrnimus, ne ferro nisl in agrirullura utcrcnlur.
Mb. XXXIV, cap. xiv.
DE L'HISTOIRE ROMAINE
poser une condition si dure aux Romains, il fallait bien que Porsenna se vit en état de leur donner la loi , et les Romains tellement énervés et affaiblis, qu’ils fussent obligés de se soumettre à toutes les conditions qu’il voudrait leur prescrire. Celle-ci est telle, qu’on ne peut l’imposer à un peuple, qu'on ne l’ait assujetti et contraint de recevoir la loi du vainqueur. L’Histoire sainte nous fournit un exemple qui convient parfaitement ici '. Les Philistins, ayant subjugué les Israélites, poussèrent la sévérité encore plus loin que Porsenna. Pour Oter aux Juifs tout moyen de se procurer des armes, ils avaient banni tous les forgerons du pays; de sorte que pour avoir les instruments nécessaires à l’agriculture, et même pour les faire raccommoder, ils étaient obligés d’aller dans le pays des Philistins. Si les Romains se virent obligés d'accepter la paix ù une condition à peu près pareille, ils ne restèrent pas un peuple libre, tel que les historiens nous les représentent. Ils étaient sujets de Porsenna, puisque l’usage des armes leur ayaut été interdit, ils n’avaient plus droit de faire ni la guerre, ni la paix : ce qui est la marque d’un peuple libre et indépendant.
Nonobstant le silence de tous les historiens sur la prise de Romepar Porsenna, peut-être y trouvera-t-on leurs narrations accompagnées de diverses circonstances, auxquelles eux-mêmes ne paraissent pas avoir fait attention, et qui cependant favorisent l’opinion de Tacite et de Pline, qui soumettent les Romains à Porsenna. Peut-être même y trouvera-t-on qu’ils ont reconnu sa souveraineté. Nous apprenons de Denys d’Halica masse 3 que lo sénat envoya à ce roi la chaire d’ivoire, le sceptre, la couronne d’or et la robe triomphale, qui étaient des présents par lesquels,