‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 153 sur 222 · Lib. V, p · texte numérisé non relu

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selon le même historien, les Toscans avaient, quelque temps auparavant, reconnu la souveraineté de Tarquin l’Ancien. Quoique le sénat ait fait, dans la suite, très-souvent de pareils présents à des rois, dans lesquels, bien loin de reconnaître aucune supériorité, il ne considérait qu'une dépendance servile, cependant il semble que dans ces temps c’était un aveu par lequel on reconnaissait la souveraineté d'un roi. Et, en effet, si l’on veut que la démarche des Toscans, en envoyant les marques de la royauté à Tarquin l’Ancien, ait signifié qu’ils se soumettaient à l’autorité de ce roi, d’où vient qu’on n’expliquerait pas de la même manière la démarche des Romains à l’égard de Porsenna, puisqu’elle n’en diffère en rien?

A la vérité, il est étrange qu’on ne se soit pas expliqué plus clairement sur un événement de celte importance. Le silence de tous les historiens ne doit-il pas l’emporter sur l’autorité de Tacite qui n’en a parlé qu’en passant, et peutêtre sans faire beaucoup d’attention à une circonstance qui ne regardait qu’indirectement son sujet, et qu’il ne s’était pas donné la peine d’examiner? Mais il me semble que c’est faire tort à cet historien, que de croire qu’il ait avancé à la légère, et trompé par sa mémoire, un fait de celle importance, lui qui, dans beaucoup d’occasions, remonte à l’antiquité la plus reculée, et montre qu'il était assez bien instruit de l’histoire ancienne de sa patrie, pour ne pas ignorer ce que les historiens avaient écrit sur le siège de Rome par Porsenna. D’ailleurs, on pouvait, dans le siècle où il vivait, avoir fait quelque découverte qui avait échappé aux anciens historiens. Apparemment qu’on avait découvert, depuis quelque temps, l’original du traité que Porsenna avait accordé aux Romains, et dont Pline rapporte une des conditions, qui sert merveilleusement à confirmer ce que «dit Tacite de la prise de Rome, et à réfuter ce que nous

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trouvons sur ce siège et sur son issue, dans les autres historiens. Le premier de ces historiens n’cntrçprit son Histoire qu’cnviron trois siècles après cet événement; et il n'appuyait sa narration que du témoignage de la tradition , témoignage peu propre à y donner la certitude requise. C’était cependant sur le témoignage de cet historien que ceux qui ont écrit après lui se sont appuyés, comme je l’ai fait voir. Pline, au contraire, appuie ce qu’il dit du témoignage d’une pièce authentique qu’il a lue et examinée : Nominalim compréhension invenimus. On ne peut donner de garant plus sûr de ce qu’on avance, et on ne peut révoquer en doute un fait appuyé sur une pareille preuve, contre laquelle les relations des historiens ne peuvent avoir de force.

Peut-être ce traité humiliait-il trop l’orgueil des Romains, pour que leurs historiens pussent se résoudre d’avouer qu’un peuple si belliqueux, qui n’avait presque d'autre métier que -celui des armes, eût été contraint de souffrir qu'on le désarmât? Plutôt que de se voir réduits à faire cet aveu, ils ont enseveli dans l’ouhli une circonstance si flétrissante, ils ont tâché d’éblouir leurs lecteurs par l’intrépidité d’un Horalius Codés, par la fermeté d'un Mucius Scævola et par la hardiesse d’une Clélie; et par là leur ont fait détourner la vue de dessus un objet qui avait quelque chose de trop humiliant pour eux. Pour leur donner encore mieux le change, ils les ont arrêtés sur quelques circonstances plus glorieuses pour les Romains et qui, quelque destituées qu’elles fussent de preuves et de vraisemblance, devenaient croyables par la gloire qu’ils s’étaient acquise par cette suite de victoires qui leur avait soumis la plus grande partie du monde alors connu. On nous représente donc Porsenna charmé de la vertu et du courage des Romains, et content de trouver un prétexte honnête de lever le siège, se lais-*

santen quelque sorte donner la loi. Pas un mot de la reddition de la ville, ni du joug que ce roi imposa aux Romain?, quoiqu'on ne put dissimuler qu'il ne les eût réduits à la dernière extrémité.

On pourrait objecter que, si Porsenna obligea les Romains de se rendre et de subir les conditions qu’il voulut leur prescrire, il eût sans doute rétabli Tarquin sur le trône. Car tous les historiens conviennent que ce ne fut que par ce seul motif qu’il entreprit la guerre contre les Romains. Il n’est pas fort difficile de répondre à cette objection. Le prétexte que Porsenna prit pour colorer son entreprise contre les Romains fut, en effet, le rétablissement de Tarquin; et c’en était un fort spécieux que celui de prendre en main la cause d’un roi allié qui se voyait dépouillé de son royaume. Mais on connaît assez la coutume des princes, de colorer leurs desseins de semblables prétextes et de les faire servir à l’avancement de leurs propres affaires, pour que l’exemple de Porsenna ait ici quelque chose de singulier. Peut-être que Porsenna , se voyant maître du sort des Romains, aima mieux en faire ses sujets et profiter pour luimême de l’avantage qu'il pourrait retirer de cette guerre , que de les remettre sous la domination de Tarquin. Peut-être aussi que, voyant l’extrême aversion qu’ils témoignaient de retomber sous le joug qu’ils venaient de secouer, il craignit de révolter une nation naturellement féroce et de la rendre intraitable, s’il insistait trop sur le rétablissement de Tarquin. Peut-être, enfin, que, voyant qu’il n’y aurait pas moyen de porter les Romains à se remettre sous un joug dont ils connaissaient toute la pesanteur, et considérant d’un autre côté qu’ils ne refusaient pas de se soumettre à sa domination, pourvu qu’il ne rétablît pas les Tarquins, il ne crut pas devoir négliger une conquête si avantageuse, et se mit peu en peine de mécontenter ces derniers.

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Tous les historiens 1 2 donnent les plus grands éloges à Porsenna, parce qu'il usa avec beaucoup de modération des avantages qu'il avait sur les Romains, et ils reconnaissent que ceux-ci eurent tout lieu de se louer de la manière dont il les traita. MaisDenys d’Halicarnasse et Plutarque y ajoutent que les Tarquins se retirèrent fort mécontents, après avoir fait d’inutiles efforts pour faire rompre la négociation entamée avec les Romains. Selon Plutarque*, ces derniers ne refusèrent pas de prendre PorsenDa pour arbitre de leurs différends avec les Tarquins, et consentirent même qu’il décidât si ce n’était pas avec justice qu’ils l’avaient déclaré déchu de la couronne. Peut-être qu’avant que d'en venir là, les Romains s'étaient bien assurés des intentions de Porsenna, et qu’il leur avait donné parole qu’il ne déciderait pas en faveur des Tarquins. La suite du récit de Plutarque fait voir que Porsenna s’était rendu très-suspect àTarquin. La hauteur et la fierté avec laquelle ce roi détrôné refusa de s’en remettre à la décision de son allié, pour le différend qu’il avait avec le peuple Romain, fait croire qu’il se doutait bien que le jugement de Porsenna ne devait pas lui -être favorable. Deuys d’Halicarnasse 3 dit bien aussi que les Romains consentirent de prendre Porsenna pour arbitre de leurs différends avec les Tarquins; mais selon cet auteur, ce ne fut que par rapport aux biens patrimoniaux de ce prince, dont Porsenna demandait tout au moins la restitution. Gomme cet historien ne songeait, comme je l’ai déjà remarqué, qu'à flatter les Romains, il n’avait garde de convenir qu’ils eussent été réduits à subir des lois si dures. Il parait même par sa narration que Por-

1. Livius, Iib. II, cap. mv. — Dion. Halle., lil>. Y,p. 303. — IMularcli., in Poplicola, p. 101, C.

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