Lit). V, p
4. To Tris! Mgùxi'.v lïpr.rai as. ûno ircAXwv nai «haepepuc. Plularcli., in l’uplicol . , p. 100,
INCERTITUDE DliS PREMIERS SIÈCLES
brûla la main. On a voulu faire croire par la conformité des noms el des surnoms que cette famille tirait son origine de ce Mucius qui entreprit de tuer Porsenna.
On ignorait l’origine du surnom de Scævola, et on ne croyait pas pouvoir en trouver une plus propre à illustrer cette maison, qu’en la dérivant de cet intrépide Mucius, auquel, pour surcroit, on attribue cette fermeté étonnante de se voir tranquillement brûler la main qui avait manqué de le servir ù sa volonté. Le silence de Dcnys d'Haliearnassc sur cette particularité dont non-seulement il ne fait aucune mention, non plus que du surnom de Scævola, me parait former un préjugé bien fort contre la vérité de ce fait. Cet historien aime assez le merveilleux, et aime trop à adopter tout ce qui peut faire honneur aux Romains, pour avoir omis une circonstance aussi singulière. Il faut qu’il l'ait regardée comme absolument fausse, puisqu’il ne lui a point donné place dans son Histoire, d’ou il ne bannissait que ce qui était absolument contradictoire ou impossible. Il ne se peut que lui, qui avait lu tous les historiens romains, n'y ait point trouvé celte circonstance, et il faut qu’il l’ait regardée non-seulement comme trop fabuleuse pour être insérée dans son Histoire , mais même pour mériter d’être réfutée. Le silence de Yalèrc Maxime me continue dans cette pensée. Celle action de Mucius Scævola devait naturellement tenir place dans le recueil de cet auteur, qui n'était pas extrêmement difficile sur le choix des matières, puisqu'il nous raconte bien des choses moins vraisemblables que celle-ci.
C’est ce qui me fait croire que le conte de cette main brûlée a été tiré des Mémoires de la famille Mucia, laquelle, voulant se trouver quelque origine illustre, prétendit qu’elle descendait de ce MuciusqueDenysd’IIalicarnassc ne désigne que par le surnom de Cordus. Afin de trouver en même
DE L'HISTOIKE DOMAINE.
temps une origine au surnom de Scærola qu'elle portait, elle inventa le conte dont j'ai fait mention. La fermeté et la constance que ccMucius fait paraître, en se brûlant lui-mémc la main qui l’avait mal servi, parut aux historiens un de ces épisodes propres à exciter l’admiration des lecteurs, et quelques-uns d’entre eux lui donnèrent place dans l'iiistoire, sans en examiner fort scrupuleusement la vérité. Ce qui me confirme dans ce soupçon, c’est qu’il me semble que cette famille ne fondait cette prétention que sur la conformité du nom de famille; car elle était plébéienne. Or, nous voyons, par Denvs d’IIalicarnasse, que Mucius Cordus était patricien. «Nous sommes, dit Mucius, s’adressant à Por- « senna , trois cents jeunes Romains, tous du mémo âge, « tous patriciens ', qui avons juré votre mort. » Ce que Tite-Live confirme aussi en les appelant les Principaux de la Jeunesse Romaine, Principes Juventulis Romance; ce qui ne peut convenir qu’à des patriciens.
Cependant, il est certain que la famille Mucia était plébéienne, puisqu’il y en a eu des tribuns du peuple, et qu’elle ne fut admise au consulat que vers la lin du sixième siècle de Rome, et près de deux cents ans après que l’accès en cul été ouvert aux plébéiens. D’ailleurs, les deux premiers consuls de cette maison ont eu pour collègues des patriciens, dans un temps où jamais deux patriciens n’étaient revêtus en même temps du consulat. J’ai fait voir ci-dessus, assez au long, combien les Romains donnaient dans la chimère des généalogies, et combien leur passion de se forger des origines illustres avait contribué à altérer la vérité de l’histoire. On peut considérer comme partant de la même source l'action de ce Mucius, et qu’on n’a inventé le conte qui lui a fait brûler la main droite que pour trouver une
1 . È* tc-’j fiv ci»; t«v TTaTptxîwv airavri;. Lib. V, p. 209.
origine au surnom de Scævola, que portait une famille, laquelle était bien aise de faire croire qu’elle était issue de lui.
III. Les hommes ne furent pas les seuls qui se distinguèrent dans celte guerre 1 . Clélie, jeune dame romaine, y montra un courage au-dessus de son sexe. Elle était du nombre des otages qu'on avait donnés à Porsenna; et, ayant trouvé le moyen de tromper ses gardes, elle se sauva en passant le Tibre à la nage, après avoir exhorté ses compagnes à suivre son exemple. Cette action est célèbre dans l’iiistoire romaine. Cependant, on n’y trouve pas plus de certitude que dans tout le reste.
Sans m’arrêter à examiner combien celte histoire varie dans les circonstances, dans les trois auteurs que j'ai cités en marge, je me contenterai de remarquer, après Plutarque, qu'il est très- incertain si celte courageuse tille passa le Tibre, à cheval ou non, sans quoi cependant on ne voit pas pourquoi on lui aurait élevé une statue équestre. Aussi Dcnys d’Haiicarnasse ne dit-il point que cette statue ait été équestre; il dit simplement une statue de bronze. Il n’est pas bien sûr non plus que ç’ait été à Clélie qu’on ait érigé cette statue. Il y en avait qui prétendaient qu’elle avait été érigée ù Valérie, fille du consul, qui s’était trouvée parmi les otages. C’est ce que témoignent Pline 2 et Plutarque 3 . Selon Pline, Annius Fccialis voulait aussi que c’eût été Valérie, et non Clélie, qu’on avait honorée d’une statue équestre. Un des Pisons soutenait que ce n’était pas l’État, mais les compagnes de Clélie qui avaient été en otage avec
1. Livius, lib. II, cap. un. — Dion. Ilalic., lib.Y.p. 302. — Plutarch., in Poplicola , p. 1 Oî.