‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 157 sur 222 · V. Diction, de Bavle, art. Puùliui lloraliui · texte numérisé non relu

V. Diction, de Bavle, art. Puùliui lloraliui

Polybc qui, sans contredit, est l’auteur le plus sûr qu’on puisse suivre, puisqu’il apportait le soin le plus scrupuleux à examiner les faits qu’il insérait dans son histoire, uc convient pas avec eux sur cette dernière circonstance. Faisant l’éloge de cet attachement que les Romains avaient pour leur patrie, à l’amour de laquelle ils sacrifiaient leurs .vies et leurs biens, il en donne un exemple en Horatius Codés, dont il rapporte l’histoire d’une manière assez circonstanciée ; mais il ajoute', qu’après avoir soutenu longtemps, avec une valeur surprenante, l’elïort des ennemis, « il se jeta tout armé dans le Tibre et qu’il y périt. » Il est Vrai que Polvbe est le seul auteur qui dise qu’Horacc succomba dans cette entreprise, et que, si la chose doit se décider par la pluralité des suffrages, Horace doit avoir survécu à la gloire qu’il avait acquise dans celte occasion. Mais, si l’on pèse les voix, je crois que l’autorité de I’olybe seule contrebalance celle de tous les autres historiens, et que l’on tiendra pour très-suspecte une narration, où l’on voit qu’on a la plupart du temps préféré le merveilleux au vrai. Tite-Livc, qui généralement reconnaît avec assez d’ingénuité l'incertitude de divers faits qu’il rapporte, convient aussi que celui-ci est plus célèbre que digne de foi : Item ausus plus farnœ habituram ad posteros , quant fidei.

II. Je crois qu’il y a encore moins de vérité dans ce qu’on nous raconte de l’action de Mucius, laquelle, à ce qu'on prétend, lui acquit le surnom de Scœvola. Ce fut de se brûler la main, qui ne l’avait pas servi selon sa volonté, lorsqu’il entreprit d’assassiner Iîorsenna. Cette circonstance

I . O Si Kc’xs.ti; pirate taurov ii; tov jroTaai» «v tcï< oitXstç, x*r* npciipeoiv jiiniXXiçt tc, pic. ÈUj. VI , cap. LUI.

DE L’HISTOIRE ROMAINE

se trouve dans Plutarque 1 2 et dans Tite-Livc*; mais Denys d’Halicarnasse 3 n’en fait aucune mention, quoiqu’il entre dans un détail assez étendu sur tout ce qui concerne l’en- • treprise de ce Mucius, et que même il soit informé de quel pays était sa nourrice. Il ne dit point qu’il se soit brûlé la main droite, et ne parle point du tout du surnom de Scævola.

Cettê particularité était cependant assez remarquable, pour qu’on ait dû convenir tant là-dessus que sur quelques autres circonstances qui se trouvent rapportées très-différemment. Tite-Live et Denys d’Halicarnasse disent que Mucius, avant que de partir pour exécuter le dessein qu’il avait formé sur la personne de Porscnna, le communiqua au sénat, et qu’il n’en vint à l’exécution qu’après s’étre assuré de son approbation. Plutarque ne dit point que le sénat en ail eu connaissance. Mais il ne doit pas paraître étrange qu’on ne convienne pas sur les circonstances d’une pareille aventure, puisque Plutarque nous apprend 4 qu’elle avait été célébrée par plusieurs auteurs, mais qu’il y avait peu d’uniformité dans leurs narrations.

Peut-être ne serait-il pas difficile de découvrir la source de cette fable, et qu’il y a beaucoup d’apparence que c’est des Mémoires des Familles qu’elle s’est glissée dans l’histoire. J’en ai déjà dit quelque chose dans la première partie de cette dissertation , et j’ajouterai ici quelques preuves de ee que j'y ai avancé, que je croyais que le surnom de Scævola, qui distinguait une branche de la famille, avait pu donner occasion au conte que l’on nous fait que ce Mucius se

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