‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 171 sur 222 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DS LA DÉFAITE DSS GAULOIS F Alt CAMILLE, ET DES DIVERSES AUTRES VICTOIRES QUE LES ROMAINS SE VANTAIENT FAUSSEMENT D'AVOIR REMPORTÉES SUR LES GAULOIS.

Titc-Live, arrivé aux temps qui suivirent la destruction de Rome par les Gaulois , après s’élrc répandu en plaintes sur les ténèbres qui enveloppaient les temps qui précédaient celte époque cl dont l’obscurité ne lui avait pas permis de parler avec certitude, s’arrête quelques moments, comme pour reprendre haleine, au commencement de son sixième livre. Destitué jusqu’alors de monuments sûrs et fidèles, à cause que la plupart avaient ôté consumés dans l’embrasement de Rome 1 , il se prépare à parler avec plus de

I. Clarlora delnccps certioraquc ab secumla origine gesU doml militisque exponentur. Liv., I!b. VI, cap. i.

DU l'histoire romaine.

certitude des temps suivants, dont la mémoire avait pu se conserver dans les archives ou dans d’autres monuments publics que la prospérité continuelle des Romains avait mis à l’abri d'une pareille catastrophe. Je ne sais, cependant , s’il s’est bien acquitté de ce qu’il nous promet dans cet endroit, et s’il ne nous sera pas facile de découvrir encore bien des exemples de la vanité des Romains, laquelle leur faisait saisir, sans autre examen, tout ce qui pouvait contribuer à relever la gloire de leur nation.

A la vérité, si les temps qui ont précédé la prise de Rome devaient naturellement être obscurs et incertains par la perte des monuments qui seuls pouvaient donner quelque certitude aux événements, la môme raison ne subsiste plus à l’égard du siècle suivant. Cependant, nonobstant la facilité que les historiens doivent avoir eue de s’instruire des événements postérieurs à la prise de Rome par les Gaulois, nous en trouverons encore beaucoup d’entièrement fabuleux, ou du moins fort douteux, dès que nous y porterons le flambeau de la critique. Nous y reconnaîtrons souvent la vérité de ce queedit Plutarque, que le saccagement de Rome par les Gaulois a répandu l’incertitude et l’obscurité sur divers événements postérieurs à cette époque. Il veut même qu’on ne puisse pas bien fixer celle de ce fameux événement 1 . « Brennus, dit-il, prit Rome, un peu plus de trois « cent soixante ans après sa fondation; si tant est qu’on « puisse affirmer avec quelque certitude le temps de cette « prise, la confusion qu'elle a causée dans l’histoire s’éten- « dant même sur beaucoup d’événements plus récents. »

On a vu, dans la première partie de cette dissertation,

1 . EÏXe TTy èwi xr.v éÇxKevra xxi Tpixxcatwv itmv iz).tUvx fifxyv Xps’vcx iirô rri; xrt<ji6>; fyouaxv, eî tw iria-rô* àïcc<j(«>£td)at ti rtx twv xpéyctv scxsiëeixv, et; xxt m pi viwTÉptov dt/Xtui àfAtptaCr.Twv r. oimuqt; txuvr, irxoîo/ # i. Plut., in Cnmillo , p. 139, F.

qu’on ne pouvait citer aucun monument, aucun écrivain du milieu du cinquième siècle, et que ce ne fut même que vers le milieu du siècle suivant que les Romains commencèrent à avoir des historiens. Je crois donc pouvoir étendre jusqu'à la fin du cinquième siècle l’incertitude et la confusion qui régnent dans l'histoire romaine. Ce n’est pas que je veuille révoquer en doute généralement tous les événements de ce siècle, pour quelques traits fabuleux dont ils se trouvent accompagnés, ou parce qu’il y en a plusieurs qui sont manifestement faux. Mon intention est seulement de faire voir que divers faits des plus marqués et des plus importants se trouvant faux, et le fruit de la vaine gloire des Romains, les autres nous doivent être fort suspects. J’en tire encore de nouveaux motifs de douter de l'histoire des siècles précédents, laquelle, à plus forte raison, doit paraître fabuleuse et forgée après coup.

Ce sera surtout dans les victoires que les Romains se vantent d’avoir remportées sur les Gaulois, qu'on trouvera des exemples de leur hardiesse à feindre, pour se faire honneur, ce qui n'est jamais arrivé. C'est sur ce pied-là qu’on peut regarder la prétendue victoire qu’ils attribuent à leur Camille, et que Tite-Live rapporte avec autant de confiance que si la chose eût été sûre et avérée. Cependant, il y a 'de fortes raisons de révoquer en doute cette victoire comme des plus douteuses et inventée dans la suite. Il était trop honteux pour les Romains, parvenus au plus haut comble de gloire, d’avouer qu’après que leur armée avait été défaite et taillée en pièces par les Gaulois, leur ville saccagée et brûlée , les restes de la nation n'avaient pu échapper à leur fureur qu’en se rachetant à prix d’argent. On fait donc survenir Camille le plus à propos du monde 1 pour rompre

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