Lib. lit, cap. xxil
DE L’HISTOIRE ROMAINE
qui s'étaient révoltés; et, selon Florus, il soumit une vaste étendue du pays. Il parait, par Tite-Live, qu’immédiatement après ces victoires, il envoya des colonies à Gaslrum, à Séna et à Adi ia, villes qui n’ont jamais appartenu aux Sabins, mais qui étaient dans le territoire des Gaulois Sénonais. Il y a donc beaucoup plus de vraisemblance au narré de Polybe, et l’établissement des colonies romaines dans le pays des Gaulois parait une suite toute naturelle de la défaite de cette nation, que Manius Curius avait chassée de ses terres. C’étaient eux, apparemment, qui avaient engagé les Sabins dans la révolte, et non les Samniles, comme on le trouve dans le texte de Tite-Live, quoique immédiatement auparavant il eût dit qu’on venait de renouveler le traité avec les Samnites 1 . C’est ce qui me fait croire que, dans ce passage, au lieu de Sarnnitibus cœsis et Sabinis, il faut lire Senonibus cœsis. Les paroles qui précèdent immédiatement celles-ci confirment celle conjecture. On y voit que les Romains venaient d’accorder la paix aux Samnites, et qu’ils avaient renouvelé l’ancien traité. Manius Curius, aprèsavoir vaincu les Samnites et les avoir obligés de se soumettre, marcha contre les Sénonais et les Sabins. Ce léger changement dans le texte de Tite-Live rend naturel l’établissement des colonies romaines dans le pays des Sénonais. Il fallait pour cela qu’ils eussent été vaincus et mis hors d'état de défendre leur territoire. Il fallait que-la victoire de Manius Curius eût été des plus complètes, puisqu'il les avait chassés de leurs villes et s'eu était mis en possession.
Je ne sais cependant s’il faut faire aucun changement
1. Cum Samnillbiis paeein pdenlibus fœdus quarto renovatum est. Curius Dentatus consul, Sarnnitibus cæsis, et Sabinis, qui rebellaverant, in dedilionem acceptis, bis in eodem ma^islratu triumphavit. Coloniie dcductæ sunt Caslfum, Sena, Adria. Epit. xt. — Vclleius Paterculus, lib. I, rap xiv, ne parle point du tout de rétablissement de ces deux premières colonies ; mais il place quelques années plus tard rétablissement de la dernière.
2 fifl INCERTITUDE DES PREMIERS SIÈCLES
dans le texte de Tite-Live, car tous les auteurs s’accordent à ne nommer que les Samnites et les Sabins dans cette guerre, sans faire mention des Sénonais. Il est vrai qu’en examinant leurs narrés, on s'apercevra aisément que c’est faute d’avoir fait attention à ce qu’ils rapportaient qu’ils ont omis une chose si essentielle. Orose, Florus, Aurélius Victor 1 disent que, dans le rapport que Manius Curius fit au sénat de ses victoires, il dit qu’il avait conquis une si grande étendue de pays qu’elle serait devenue une vaste solitude, s’il n’eût en même temps fait prisonniers un nombre d’hommes proportionnés. Ils disent aussi que les conquêtes de Manius Curius s’étendaient jusqu’à la mer Adriatique. Or, ni le pays des Samnites, ni celui des Sabins ne s'étendaient jusque-là. C’était donc sur les Gaulois Sénonais qu’il avait fait une grande partie de ses conquêtes; et ces historiens auront confondu ici les Samnites avec les Sénonais. Il se pourrait donc que cette erreur ait été générale, et que Tite-Live l’eût suivie comme les autres, ne faisant pas attention que l’établissement des colonies à Castrum, à Séna et à Adria ne pouvait être qu’une suite de la défaite des Gaulois Sénonais. Ainsi, en ne changeant rien dans les textes de ces auteurs, on est obligé de convenir qu’ils ont absolument ignoré la victoire de Manius Curius sur les Sénonais, et qu’ils lui en ont substitué une sur les Samnites avec qui les Romains venaient de faire la paix.
Il reste encore quelques difficultés sur le véritable temps de cet événement et sur la défaite du préteur Lucius, que Polybe place sous l’an de Rome 464 On reconnaît à la vérité en partie la même histoire dans l’abrégé du livre XII de Tite-Live et dans Orose; mais l’ordre des événements y est enliêren.enl renversé, car la défaite du préteur L. Cæeilius, lequel est apparemment le même que le prêteur Lucius