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de Polybe , y est précédée par la violation du droit des gens .en la personne des envoyés des Romains; et ces événements ne sont placés qu'après les victoires de Curius et l’établissement des colonies romaines, au lieu qu’ils les précèdent dans la narration de Polybe. Voici ce qu’on trouve dans l’abrégé de Tile-Live 1 : « Les Gaulois Séno- « nais ayant tué les envoyés des Romains, ceux-ci leur dé- « clarèrent la guerre. Le préteur L. Cæcilius fut taillé en « pièces avec son armée. » Il y a bien de l’apparence que le préteur L. Cæcilius de Tile-Live est le même que le Lucius de Polybe, et les envoyés,des Romains tués par les Gaulois les mêmes que ceux qui leur furent envoyés par Manius Curius : ce qui ne fut, selon Polybe, qu’après la défaite et la mort de Lucius. Tile-Live et Orose ont déplacé cet événement, qui, comme nous le voyons dans Polybe, devait précéder les victoires de M. Curius et l’établissement des colonies romaines dans le pays des Sénonais. Il est bien plus naturel que cela se soit passé dans l’ordre où Polybe le raconte, et.où l'on reconnaît un enchaînement de faits qui sont comme des conséquences du premier événement qui y donna lieu.
Pour ce qui est du temps auquel ces événements doivent se rapporter selon Polybe, il convient assez avec le premier consulat de Manius Curius; mais la grande difficulté est de le concilier avec Tite-Live et Orose sur le prêteur Cæcilius. Il y a eu un L. Cæcilius consul six ans après le consulat de M. Curius; et c’est ce qui a fait abandonner Polybe par la plupart des modernes 1 , et leur a fait placer la défaite et la mort de Cæcilius sept ans plus tard que i’éta-
I . Quum legali Rooianorum a ('.allia Senonibus Inteifecti ragent , bello ob idüallUIndicto.L. Cæcilius prielorab ils cum legionibuscssusest. F.p.m.
ï. Pighius ad An. CDLXX. — l’elavius ad An. mundi, 3101. — Gronov. ad Polyb., I. III, p. 400. — Frrinsheiui. in Suppl, ad Liv. , lib. XII, cap. xxii, et Urakenb. ad Liiii ep. xil.
blissement des colonies romaines. Mais l'autorité de Titc- Live el d’Orose ne me parait pas devoir contrebalancer celle de Polybe sur ce sujet, et les modernes ne me paraissent pas avoir eu d’autre raison de l’abandonner que parce qu’ils ne voyaient pas qu'il fût possible de le concilier avec les deux premiers. La confusion qui règne dans leurs histoires sur ces événements me fait préférer la narration de Polybe, qui est beaucoup mieux liée et plus suivie.
En effet, il place la lin des guerres des Romains et des Gaulois à la troisième année avant la venue de Pyrrhus en Italie, qui n’y passa que dix ans après le premier consulat de M. Curius. Or Polybe rapporte encore deux grandes victoires des Romains sur cette nation dans cet intervalle. Car les Boïens, peuple gaulois établi dans les environs du Pô, irrités de ce qu’on avait chassé les Sénonais de leurs terres, se liguèrent avec les Toscans, et, s’étant avancés jusqu'au lac Vadimon, ils y furent si totalement défaits qu'il n’en réchappa qu’un très-petit nombre. Comme Florus et Orose attribuent cette victoire à Dolabella, on la place sous son consulat, en l’an de Rome 470. Il ne parait pas par les abrégés de Tite-Live qu’il en ait seulement fait mention. Polybe parle encore d’une dernière prise d’armes de ces peuples qui doit avoir suivi l’autre de près. Ils n’y furent pas plus heureux que dans la précédente, et ils furent forcés de demander la paix aux Romains. Tel est le récit que Polybe fait des guerres que les Romains ont eu à soutenir contre les Gaulois avant la venue de Pyrrhus en Italie. Je ne le suivrai pas plus loin; et ce que j’en ai rapporté suffit pour nous convaincre de la confusion qui règne encore dans l’bistoire romaine de ce siècle, par rapport à divers faits des plus marqués sur lesquels il est impossible de concilier les historiens.
Je ne crois pas que la différence qui se trouve entre le
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récit de Polybe et celui des autres historiens de Rome fourtÿsse une raison suffisante pour révoquer en doute la vérité de sa narration. Cet historien est exact et judicieux, et était à portée de s’instruire des faits qu’il rapporte. D’ailleurs, en l'abandonnant, on ne lève pas toutes les difficultés; au contraire, il régnera dans l’histoire tant de confusion, il y aura si peu de liaison entre les événements, qu'on n’y gagnera rien. Ajoutons que Polybe écrivait dans un temps où les guerres des Romains et des Gaulois étaient encore d’assez fraîche date; qu’il écrivait sous les yeux des premiers de Rome dont les ancêtres avaient eu part à ces guerres, et qu’ils n'auraient jamais gardé le silence sur le tort qu’il faisait à leur nation, s’il avait, en effet, supprimé tant de victoires des Romains sur les Gaulois.
Quoique ces raisons me paraissent assez fortes pour nous faire décider en faveur de Polybe, j’y en ajouterai encore deux autres, qui achèveront de mettre tout l’avantage de son côté. Je tire la première des historiens romains euxmêmes. Ils nous parlent souvent de la frayeur que causa pendant longtemps aux Romains le seul nom des Gaulois, et de la consternation où ils étaient toutes les fois qu’ils furent menacés de quelque invasion de la part de cette nation. Il n’y a nulle apparence que, si Camille eût vengé sur eux la ruine de sa patrie d’une manière aussi éclatante que le prétend Tite-Live, et que, si lui et divers autres généraux romains eussent érigé tant de trophées aux dépens des Gaulois; il n’y a point d’apparence, dis-je, qu’ils eussent été si longtemps un objet de terreur pour les Romains. Cette terreur, au contraire, se serait bientôt convertie en mépris pour une nation dont ils triomphaient avec tant de facilité, et qui leur avait fourui matière à tant de trophées.
La seconde raison qui me fait préférer la narration de Polybe à celle de Tite-Live, je la tire d’un passage de Cicé-
ron 1 que j’ai déjà rapporté dans la première partie. On y a vu que la vanité des familles romaines avait beaucoup corv tribué à altérer la vérité de l’histoire; qu'elle y avait fait entrer bien des faux triomphes, des faux consulats dont ces familles se faisaient honneur. On peut donc mettre au rang de ces triomphes supposés une partie de ces victoires que les Romains se vantaient d’avoir remportées sur les Gaulois, et qui ne devaient leur origine qu’à l’orgueil de quelques familles qui les avaient inventées pour en orner leurs mémoires. Tite-Live parait avoir cru qu'il ne devait point y avoir dans son Histoire d’année qui ne fût marquée par quelque bataille ou par quelque événement considérable, et a transcrit sans autre examen ce que les anciens historiens avaient puisé dans les mémoires de quelques familles. C’est apparemment ce qui est cause qu’il y a donné place à quantité de faits qu’il regardait lui-même comme trèsincertains. C’est encore ce qui me fait juger que, si quelque historien, aussi judicieux que Polybe, nous eût donné sur de bons mémoires une histoire suivie des premiers siècles de Rome, il n'en aurait pas moins rabattu des triomphes sur les Équcs, sur les Yolsques et sur les Samnites (que, malgré leurs fréquentes défaites, nous voyons continuellement reparaître sur la scène) qu’il en a retranché des trophées que les Romains s’étaient élevés aux dépens des Gaulois.
Je crois ces raisons suffisantes pour nous convaincre qu’il n’y a rien de plus incertain que tous ces triomphes que les Romains s’attribuent sur les Gaulois, qu’ils furent cependant près d’un siècle sans oser regarder en face. Ce ne fut que depuis que le haut degré de gloire auquel ils étaient
I. Mit laudationibua liialoria rcrum noslrarum facta cal mendosior. Mutla eniin la etc scripta «uni, quue facta non «uni. Ealsi triumphl, plures contulalua, etc. 7n Brntu, cap. xvi.
parvenus rendait tout croyable de leur valeur, qu’ils commencèrent à effacer de l’histoire tout ce qui pouvait diminuer leur réputation , et qu’ils y substituèrent ces victoires imaginaires. Cicéron nous indique la source de ces faussetés, et nous apprend que l’orgueil de quelques familles considérables avait beaucoup contribué à altérer la vérité de l'histoire , en y introduisant de .faux consulats, de faux triomphes et bien dès choses qui n’étaient jamais arrivées. Nous voyons aussi que, malgré la promesse que Tite-Livc nous a faite au commencement de son sixième livre, l’obscurité et l’incertitude de l’histoire des premiers siècles de Rome s’étend encore plus d’un siècle au delà du ravage qu’y firent les Gaulois. Gomme les Romains ne commencèrent à avoir des historiens que pendant la seconde guerre Punique, ce n’est proprement qu’avec le sixième siècle que leur histoire commence à avoir quelque certitude. Afin de ne rien avancer sans preuves, j’en donnerai encore quelques exemples qui mettront la chose hors de doute.