‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 2 sur 222 · Les planches sont reproduites dans notre édition · texte numérisé non relu

Les planches sont reproduites dans notre édition

INTRODUCTION

Cette édition, malgré l’annonce du titre, est pleine de fautes grossières. Nous croyons en avoir fait disparaître le plus grand nombre. Mais, malgré tous nos soins, il s’est glissé encore quelques incorrections dans le texte, et principalement dans les notes. Nous les avons indiquées dans notre Errata. .

11 est bien entendu que nous n’avons corrigé que les erreurs typographiques, et l’orthographe du temps inutile à conserver. Nous avons scrupuleusement respecté les expressions ou les tournures que la Grammaire et l’usage désavoueraient aujourd’hui, mais que l’on rencontre fréquemment dans les écrits des réfugiés. Nous n’avons fait exception que pour un ou deux germanismes , qui , grâce à un léger changement, ontété ramenés aux formes de la langue française.

Nous espérions pouvoir placer en tête de cette nouvelle édition une notice biographique sur Louis de Beaufort. Mais nos recherches sur ce point sont restées infructueuses. M. Miot-Frochot, secrétaire de M. Amédée Thierry, a bien voulu se charger de compulser, à la Bibliothèque Impériale, les différents recueils littéraires où il pouvait être question de notre auteur. Tous ces recueils sont muets, ou ne contiennent que des renseignements généraux qu’on peut lire dans les Biographies de Michaud, des frères

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bidot, ou dnns les ouvrages déjà cités de MM. Taine et Michelet. Si les travaux de Beaufort sont justement célèbres, sa personne est à peu près inconnue. On ignore la date et le lieu de sa naissance. Suivant la Biographie générale de Didot, il mourut à Maëstricht en 1795. Outre la Dissertation, publiée pour la première fois à Utrccht (1738), on a sous son nom :

1 ° La République romaine, ou Plan général de l'ancien gouvernement de Rome. 2 volumes in-4. La Haye, chez Nicolas van Daalen, 1766. Je crois qu’il existe une édition in-12 de ce livre, beaucoup moins rare que la Dissertation.

2“ Histoire de Germanicus César. Leyde , 1741, in-4°.

Nous ne recommencerons pas l’analyse de Beaufort, ni celle de Niebuhr. La matière est épuisée depuis les travaux de la critique moderne sur ces deux grands démolisseurs des Annales de l’ancienne Rome. Nous nous contenterons de remarquer que M. Taine exagère le rôle négatif de l’écrivain français, mis en regard de l’écrivain allemand. Cette reconstruction, que Niebuhr a tentée aux applaudissements du monde savant, Beaufort l'avait entrçprise avec moins d’imagination sans doute , mais avec plus de solidité, dans son livre de la République romaine.

INTHODUCTION.

« Si, dans ma Dissertation , dit-il, je n’ai paru occupé qu’à détruire , ici je veux m’efforcer de fixer nos idées. Les doutes légitimes que j’ai fait naître ne donneront que plus de force aux vérités que peut renfermer l’Histoire romaine, et quoique j’eu retranche un grand nombre de faits, je crois qu’elle n’en sera que plus intéressante et plus digne de l’attention des personnes qui aiment à mettre de l’ordre et de la précision dans leurs connaissances. »

Ainsi Beaufort ne se renferme point dans un scepticisme absolu. 11 nie où il affirme, suivant que les faits lui paraissent certains ou erronés. Quand on a lu Deâuf'ort , dites-vous, l'Histoire romaine ne semble plus qu'une ruine. Oui , l’Histoire romaine telle que le bon Rollin la racontait à nos bisaïeuls. Mais l’Histoire vraie, l’Histoire qui s’appuie sur des documents sérieux, Beaufort en a jeté les premières assises, et c’est en suivant la méthode de ce critique excessif que les Niebuhr, les Mommsen, et chez nous les Michelet, les Duruy, les Ampère ont élevé des monuments plus ou moins durables, mais qui ne ressemblent en rien aux puériles rapsodies de leurs devanciers. En un mot, sans contester le mérite des érudits qui ont ouvert la voie, depuis Laurent Valla au quinzième siècle, jusqu’à Pouilly au dix-huitième, nous pensons qu’on ne peut refuser

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à Beaufort la gloire d’avoir le premier appliqué les règles de la critique aux légendes recueillies par Tite-Live et Denys d’Halicarnasse.

Nous ne pousserons pas l’amour-propre national jusqu’à soutenir que l’auteur de la Dissertation a défriché entièrement le champ des antiquités romaines, et que l’Allemagne n’a fait que nous renvoyer nos propres découvertes , enveloppées et comme obscurcies par les nuages d’une érudition pédantesque: Cette manière d’envisager les rapports intellectuels des Français et des Allemands nous parait un contre-sens et une injustice. Dieu merci, la France n’a pas besoin de ces apologies intempérantes ni de ces rodomontades patriotiques. La part quelle a prise et qu’elle prend tous les jours au développement de la civilisation européenne, est assez belle pour qu’on laisse à d’autres l’honneur de montrer des aptitudes spéciales, et de lui ravir le prix dans telle ou telle branche des connaissances humaines. Aucufie race n’a mieux justifié que la nôtre la prétention à l’universalité, mais cette universalité doit être entendue dans le sens d’une merveilleuse promptitude à s'assimiler les idées du dehors, et d’une intuition vive qui devance parfois les résultats de la plus patiente et de la plus laborieuse investigation. C’est là le secret de notre supériorité sur des races mieux douées à certains égards,

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et j’avoue que, satisfait de cet avantage, je n’ambitionne rien au delà.

Telle n’était pas la pensée du regrettable doyen de la Faculté des lettres, M. J. -Victor Leclerc. Ce savant tenait pour suspect tout ce qui nous venait d’outre- Rhin. De là sa sévérité pour les audaces de Niebuhr, et l’ingénieux paradoxe des Journaux chez les Humains, où il s'efforce de rendre aux grande a Annales l’authenticité queBeaufort, et, après lui, l'école allemande avaient ébranlée dans la plupart des esprits. On nous permettra d’invoquer à l’appui de la thèse sceptique quelques réflexions judicieuses et spirituelles de M. Sainte-Beuve 1 :

« Qu’on se demande ce qu'on atteindrait chez nous de vrai et de positif, si l’on essayait de reconstruire quelques vieilles annales contemporaines de Grégoire de Tours, ou les grandes Chroniques de Saint-Denys, que M. Leclerc compare ingénieusement aux Annales des Pontifes, si l’on essayait de leur rendre crédit moyennant quelque ligne en l’air, quelque à peu près échappé à Voltaire ou à Anquetil. On disait les Annales chez les Romains, comme on dit chez nous les Vieilles Chroniques ; on s’en moquai t, on les invoquait sans les avoir lues. Denys d’Halicarnasse, qui s’y appuie, ne paraît pas les avoir directement consultées. On ne peut d'ailleurs rendre

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