Portraits contemporains , t
INTRODUCTION
compte du moment ni du comment de la transformation de ces Annales, d'abord tracées sur bois ou sur pierre, et plus tard rédigées en livres. 11 était naturel et nécessaire que, tôt ou tard, ce changement eût lieu. Car que faire de toutes ces tables de bois ou de marbre, de tous ces albums sur mur, où s’écrivait l’histoire de chaque année, durant les siècles où il n’y avait pas d’autre Histoire? Elles étaient fort sommaires, je le crois; mais elles ne laissaient pas de devoir occuper à la longue une étendue fort respectable, si elles tenaient tout ce qu’on nous a depuis raconté des premiers siècles. 11 y eut là de bonne heure de quoi encombrer le vestibule et toute la maison du grand-prôtre. Qui fut donc chargé de rédiger en livres ce qui était d’abord en inscriptions? Quelle garantie de fidélité dans cette révision? A- quelle époque? C’est ce qu’aucun texte n’a permis à M. Leclerc de conjecturer. »
M. Leclerc avait parlé de la candeur des récits consignés dans les Annales pontificales. M. Sainte- Beuve répond : « 11 m’est impossible vraiment, en songeant à toutes les fables qu’y affichaient les Pontifes, et qui entraient dans l’intérêt aussi de leur politique, de me figurer de quelle candeur particulière il s’agit, si ce n’est que ces Annales étaient tracées sur une table blanchie, in albo. »
TRODUCTION.
Selon le savant doyen, la Louve de Itomulus, les Boucliers de Numa, le Rasoir de l’augure, l’Apparition de Castor et Pollux ne prouvent rien contre la certitude historique des premiers siècles de Rome. Autrement il faudrait douter de l’existence même de César, à cause de l'astre qui parut à sa mort, et de tous les prodiges chantés par Virgile.
Ce raisonnement est moins fondé qu'on ne le suppose. L’époque de César, tout avérée et historique (j’emploie les expressions de M. Sainte-Beuve), ne peut être rapprochée des siècles sans histoire, où F on ne fait point un pas sans rencontrer une merveille. Enfin, terminons par ce mot profond d’un critique qu’on ne se lasse pas de citer : « L’érudition positive de M. Leclerc a épuisé les pièces restantes du procès, en a tiré tout le parti possible; si l’on doute encore après cela, c’est que le doute est dans le fond même, et qu’il ne se peut éviter. »
Pour nous, en mettant sous les yeux du public le réquisitoire de Beaufort contre Tite-Live et Denys d’Halicarnasse, nous croyons être utile à tous ceux qui ne voient pas dans l’histoire de l’antiquité une simple matière à amplifications, mais qui sont curieux de contréder à l’aide d'une raison sévère les traditions acceptées sans examen à d’autres époques par des esprits moins difficiles à contenter.
Quand les origines politiques et religieuses sont
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l’objet d’études si nombreuses et de controverses si ardentes, il n'est plus permis de se confiner dans le cercle étroit d'une érudition surannée, ni de borner l’enseignement classique à ce qu’on appelle les Humanités.
« Les humanités , mot excellent , dit très-bien M. Egger', en ce. qu’il exprime à merveille cette politesse du cœur et de l’esprit que doit enseigner, que doit entretenir un commerce assidu avec le plus pur génie de l'humanité ; mais on abuse du mot et de la chose quand on y veut réduire toute l’ambition comme tous les devoirs de l'enseignement qui prépare aux carrières libérales En ce qui con-
cerne les Grecs et les Romains, une partie de la vérité historique nous est restée longtemps presque inconnue, je veux dire celle que ces anciens peuples gravaient sur la pierre ou le bronze , ce qui forme aujourd’hui l’objet d’une science toute neuve, pour
ainsi dire , l’épigraphie Fermerons-nous les
yeux à ces vérités parce qu elles dérangent nos habitudes? Nous faudra-t-il toujours parler de l’Égypte et des pyramides, comme Bossuet en parlait un siècle et demi avant l’immortelle découverte de Ghampollion ? »
Nous dirons à notre tour : Faudra-t-il toujours