I . Ep., lib. Il , ep. i, v
DE L'HISTOIRE ROMAINE
Sic fautor velerum, ut tabulas peecarc vetanlos.
Quas bis quinque viri sanxerunt, fœdera regum Vol Gabiis, vol çum rigidis æquala Sabiuis, l’ontificum libros, nnnosa volumina vatum,
Dictitot Albano musas in'monte locutas.
« Il est si grand partisan dos anciens qu'il jure que les « nuises mêmes ont dicté sur le mont d’Albe les lois des « XII Tables établies par les décemvirs, les traités de nos « rois avec les peuples de Gabies ou avec les rigides Sabins, « les Livres des Pontifes et les antiques volumes de nos « vieux devins. » J'ai suivi la traduction de Dacier.
On ne saurait donner de meilleur commentaire à ce passage d'Horace, que ce que nous dit Tite-Live du soin que prirent les Romains, dès que par la retraite des Gaulois ils furent rentrés en possession de leur ville, de rechercher toutes ces pièces qui étaient de si grande importance pour eux. Voici ce qu'en dit cet historien 1 : lmprimis fœdera ac l ei/es ( erant autem eœ duodecim tabula 1 et quœdam regiœ leges) conquiri , quœ comparerait , jusserunt : alla ex eis édita etiam in vulgus; quœ autem ad sacra pertinebant, a Pontificibus maxime , ut religione obstrictos haberent multitudinis animos , suppressa. — « Les ma- « gistrats ordonnèrent que sur toutes choses on recherchât « les traités de paix et les lois. Ces lois étaient les lois « des XII Tables et quelques lois royales. On en commu- « niqua une partie à la connaissance du peuple ; mais les « pontifes eurent grand soin de tenir cachée celle qui regar- « dait la religion, afin de tenir toujours dans leur dêpen- « dance les esprits superstitieux du peuple. »
On voit donc ici le pofMc et l'historien parfaitement d’accord : et les Romains avaient trop d'intérêt à la conservation de ces monuments, qui contenaient tout ce qui servait
à régler l'Étal au dedans et à l'assurer au dehors, pour en négliger la recherche. Ils donnèrent donc leurs premiers soins à recueillir tout ce qu'ils en purent ramasser. Pour qu’on ne pût pas douter de l'authenticité de ces pièces, et de peur que le peuple ne conçût quelque soupçon qu’elles eussent été supposées, les magistrats eurent la précaution de les mettre à même d’être lues par le peuple, afin qu'il vit par lui-même si c'étaient là les anciennes lois, selon lesquelles il avait été jugé jusqu'alors.
Ces précautions ne nous permettent pas de douter de la vérité et de l’authenticité de ces lois, et nous assurent qu'au bout de plusieurs siècles elles étaient telles qu'elles avaient été publiées par les décemvirs et par les rois. Il était de la dernière importance pour les Romains de sauver ce corps de lois, qu'on avait recueilli avec tant de soin, et qu'ils avaient presque acheté au prix de leur liberté.
On voit donc que les Romains donnèrent tous leurs soins à recueillir les lois et les traités de paix, pièces qui servaient à assurer également leur tranquillité au dedans et au dehors. Comme c'était pour eux ce qu'il y avait de plus important, ils appliquèrent tous leurs soins à la recherche de co qui pouvait en avoir échappé aux flammes. S’ils ne sauvèrent pas tous les traités de paix, du moins en sauvèrent-ils quelques-uns, qui se sont conservés très-longtemps, et qu'on ne peut raisonnablement soupçonner de supposition.
Les monuments que l’on recueillit alors, et dont l’étude faisait encore du temps d’IIorace les délices de quelques Romains, se réduisent donc : 1° aux lois des XII Tables; 2° à quelques traités de paix, et 3° enfin à quelques livres des pontifes et des devins. Il ne s'agit, par rapport à mon sujet, que d'examiner de quelle utilité ces pièces pouvaient être pour l'histoire, et l’usage que les historiens en ont fait.
On voit assez que de ces monuments il n’y a guère que
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les traités de paix, ou les Irai 1rs d’alliance, qui pussent fournir des secours pour rétablir l'histoire. Car, pour ce qui est des lois des XII Tables et des Livres des Pontifes, ils servaient, à la vérité, à faire connaître la constitution de l'ancien gouvernement, et à découvrir l’origine de quelques coulâmes ou cérémonies religieuses; mais d’ailleurs ils ne pouvaient être d'aucun secours pour constater des faits, débrouiller les événements et en fixer les dates, ce qui est l'essentiel de l'histoire.
Les traités de paix, au contraire, sont les matériaux les plus authentiques pour l’histoire, et on ne peut former aucun doute raisonnable sur des faits appuyés de pareilles preuves. Je ne veux pas entrer dans le détail de tous les traites que nous trouvons cités par les anciens. Cela me mènerait trop loin, si j'étais obligé de les examiner chacun en particulier. Je me contente d’en produire deux qui, considérés avec attention, nous fournissent de nouvelles preuves de l'incertitude de l'histoire romaine, et du peu de soin que les anciens historiens ont eu de consulter ces pièces originales, et d'en tirer les secours qu'elles pouvaient leur fournir. Cette négligence les a fait tomber dans des anachronismes et dans des bévues très-grossières, comme on aura occasion de s'en convaincre, en faisant quelques remarques sur la teneur de deux traités, de la conservation desquels nous avons obligation à Polybe et à Pline.
Aucun des anciens historiens de Rome, excepté Polybe, ne fait mention d'un traité que les Romains conclurent avec les Carthaginois, l’année même que les rois eurent été chassés de Rome, sous le consulat de L. JuniusBrutus et de Marcus Horatius. Il parait même assez qu’ils n'en ont eu nulle connaissance, puisqu'on trouve dans leurs histoires des choses qui le contredisent manifestement. C’est Polybe 1 qui nous a