‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 23 sur 222 · I. IJ b. III , cap. vxii · texte numérisé non relu

I. IJ b. III , cap. vxii

conservé ce traité en entier, cl, de ce traité même, on peut tirer bien des inductions peu favorables à l'histoire romaine, en remarquant sur combien d’articles il contredit les historiens les plus accrédités. Un monument de cette authenticité, s'il s'accorde avec la narration de l'histoire, y donne une entière certitude. Tout au contraire, s’il le contredit, l'historien se trouve convaincu de faux, et on est autorisé à lui refuser toute créance. Je m'en vais donc examiner sur combien d'articles essentiels ce traité se trouve en opposition avec les histoires de Tite-Livc et de Denys d'Halicarnasse : et rien n’est plus propre à nous mettre en état de juger du degré de créance que méritent ces deux auteurs, et l'histoire ancienne de Rome, en général, dont ils sont les principaux garants.

I. La date seule de ce traité contredit ce que nous trouvons dans les histoires et dans les fastes, sur les consuls de l’année où il fut conclu, qui est celle où Tarquin le Superbe fut détrôné et où Rome créa ses deux premiers consuls. Tous les historiens, tous les fastes les nomment Urutus et Collatin. Brutus, après avoirfait bannir son collègue Collatin, à cause qu'il était de la maison des Tarquins, lui subrogea Yalerius Publicola. Brutus n'eut que ces deux collègues, et ayant été tué, sa mort laissa Publicola seul consul. Celui-ci subrogea à Brutus Sp. Lucrétius, père de Lucrèce, lequel, étant mort peu (le jours après, laissa la place ouverte à Horace que Publicola (it élire consul. Ce fut donc de Yalerius qu'Horacc fut collègue, selon ces historiens et selon tous les fastes généralement, et non pas de Brutus. Cependant voici un traité, dont la date porte expressément qu’il a été conclu sous le consulat de Brutus et d’Horace. Que peuton opposera une pareille autorité? Je crois qu'il faut avouer tle bonne foi que tout ce que les historiens nous disent des

DE L’HISTOIRE ROMAINE

événements de cette année, étant en partie fondé sur les noms des consuls, est peu digne de créance.

Ce n'est pas le parti qu'ont pris quelques critiques modernes 1 . Ils ont mieux aimé accuser Polybe d’avoir alléré ce traité, que de convenir de l’incertitude que ce monument répandait sur l'histoire ancienne. A la vérité, Perizonius 2 a tâché de concilier Polybe avec les fastes. Il croit que cet historien, n'ayant trouvé que le nom seul d’Horace dans l'original du traité, y a ajouté de son chef le nom de Iîrutus, afin de mieux désigner la véritable date de cette pièce; et que, comme le nom d'Horace avait été mis seul au temple du Capitole, il avait peut-être aussi été mis seul à ce traité. Je passerais cette conjecture, si en ayant recours à cet expédient on levait toutes les autres difficultés qui se trouvent dans la pièce en question, et si on la conciliait par là avec le reste des historiens. Mais outre que je crois Polybe trop hien versé dans l’histoire romaine pour avoir donné à Horace un collègue qui ne l’aurait jamais été, je le crois encore trop exact et trop scrupuleux pour avoir rien ajouté du sien à une pièce originale.

On est donc obligé de se retrancher à dire que ce traité est supposé : chose à laquelle il n'y a nulle apparence; ou il faut avouer que les historiens ont fort embrouillé les événements de ce lemps-là. Je ne vois pas qu’on puisse prononcer autrement sur le témoignage d'une pièce dont l’authenticité ne peut être révoquée en doute.

H. Nous voyons encore par ce traité que les Romains exerçaient déjà la navigation et la piraterie : choses dont

I. Dodwel, de Ci/clis Nom., diw. x, y». 1 04 . Ryckius, de Cnpilol. Rom., cap. Xi.

2. Di«ert, vu, n. 8. Vid. etiam Rcsidua ad Ryckium de Capitol p. 2?.

ou lie trouvé que trés-peu tle traces dans leur histoire, où il parait que, jusqua la première guerre Punique, leur marine se réduisait à quelques vaisseaux marchands ; ou qu’elle ne se perfectionna qu’à l'occasion de cette guerre , comme le remarque Polvbe lui-même

III. Ce traité nous apprend que les Romains étaient maîtres de toute cette côte de la mer qui s’étend jusqu’à Terracine, et même des villes d'Antium et d’Ardée ; chose en laquelle il se trouve dans une opposition manifeste avec Tite-Live 1 2 3 et Denys d'Halicarnasse *. Ces auteurs nous apprennent que la première était capitale des Yolsques, et que les Romains ne la prirent que plus de quarante ans après, sous le consulat de Titus Quinctius et de Quintus Scrvilius. La ville d’Ardée 4 , selon ces mêmes historiens, était assiégée par Tarqnin le Superbe, lorsque le peuple romain secoua le joug de sa domination. Ceux d’Ardée, ayant après cela les mêmes intérêts que les Romains, conclurent avec eux une trêve de quinze ans. Depuis ce temps, Aidée resta dans l’alliance des Romains, jusqu’à l’an de Rome 310 5 que, pour quelques mécontentements particuliers, elle se ligua avec les Yolsques. Mais, dès l’année suivante, l’ancienne alliance fut renouvelée.

Cette ville, selon les mêmes historiens, était donc indépendante et seulement alliée des Romains; au lieu que le traité rapporté en entier par Polybe porte que cette ville de même qu’Antium, Laurentum, Circée, Terracine. étaient

1. Lib. I, cap. xx. V. Hutü, Hllt. dit Commerce des Ane., ehap. xxi. — (ïronov. , de Contes. U suris., anl. lil, p. 383 et »cq.

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