‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 45 sur 222 · I. Anitnadvers. Histur. % v ap. vu , JO · texte numérisé non relu

I. Anitnadvers. Histur. % v ap. vu , JO

« inscriptions? » Oui est-ce qui jugerait, en lisant ces paroles, qu’elles viennent d'un zélé défenseur de l'histoire romaine?

L’aveu que ce savant fait là est d’autant plus surprenant qu’il détruit d'un coup de plume tout ce qu’il avait dit auparavant pour prouver l’existence des anciennes Annales, où il prétend que les historiens pouvaient trouver toutes sortes de secours, pour donner le degré de certitude requise à leurs histoires. Mais si, dans ce siècle d’ignorance, on n’en savait pas assez pour dresser une inscription aussi simple que celle qucTite-Live cite, à plus forte raison n’en savaiton pas assez pour rédiger des Annales. Perizonius établit celte opinion lui-méme, puisqu’il convient qu’on ne comptait les années que par les clous.

Toute l’érudition que ce savant a étalée dans ce chapitre, pour concilier Tite-Live avec lui-méme et pour accréditer l’histoire romaine, ne sert donc qu’à en montrer encore plus évidemment l’incertitude. Quand les raisons qu’il allègue seraient beaucoup meilleures, la principale difficulté resterait toujours; elle roule sur les dépouilles ( opima spolia) consacrées dans le temple de Jupiter Férétrien, qui ne pouvaient avoir été consacrées que par un général en chef : et cependant les historiens rapportent cet événement à une année où Cossus n’a été ni consul ni dictateur. C'était cette contradiction qu’il s’agissait de lever. Je ne vois pas que Perizonius ail touché à cette difficulté. Ainsi je me crois en droit d’en conclure que, puisqu’un fait aussi intéressant que celui-ci, et que son importance devait garantir de l’oubli, se trouve un des plus incertains et des plus embrouillés de l’histoire romaine, on ne peut faire de fond sur une infinité d'autres faits de moindre importance et destitués de garants.

Pighius a mieux trouvé le nœud de la difficulté que Pcri-

DF. L’HISTOIRE ROMAINE

zonius, mais il n’a pu la résoudre qu’en déplaçant cet événement, et en le mettant neuf ans plus tard que Tile-Live ', sous le consulat de Cossus, comme le témoigne ce monument. Il prétend que Tite-Livc se déclare formellement en faveur de celle opinion, et que Cossus n’a pu remporter ces dépouilles ( opima spolia), à moins qu’il n’ait.été revêtu du commandement en chef, soit en qualité de dictateur, de consul ou de tribun militaire revêtu du pouvoir consulaire. Gfolius touche aussi à celle difficulté dans une de ses lettres à Kutgersius 2 ; mais il ne lève la difficulté que par une fausse supposition, qui est que Cossus était tribun militaire revêtu du pouvoir consulaire, c’est-à-dire qu’il avait les auspices. Cependant il n'était que tribun des soldats, c’està-dire simple officier dans l’armée du dictateur Emiiius, puisque les consuls de cette année furent M. Geganius et L. Sergius.

Il reste toujours vrai qu’il est très-difficile de concilier Tile-Live avec lui-même et avec les autres historiens; car si celte inscription est aussi ancienne qu’Auguste le prétendait, elle sert à convaincre de faux tous les historiens et à prouver leur négligence à consulter de pareils monuments, ou le peu d'attention qu’ils y faisaient quand ils en avaient connaissance. Celui-ci contredit tous ceux qui avaient précédé Titc-Live, et cet historien lui-même n'en aurait eu aucune connaissance si Auguste ne l'en avait instruit. Néanmoins, nonobstant ce qu’il en savait et après avoir luimême établi les raisons qui rendaient le témoignage de ce monument incontestable et préférable au consentement unanime des historiens, il se laisse de nouveau entraîner par la foule et détruit ce qu’il en avait dit un peu plus haut.

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