‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 46 sur 222 · In Sijlloge Episl. Burmnn., ». Il, p · texte numérisé non relu

In Sijlloge Episl. Burmnn., ». Il, p

"> a INCERTITUDE DES PREMIERS SIÈCLES

Si celte inscription est postérieure au siècle de Cossus et n'a été ajoutée que longtemps après par quelqu’un de ses descendants, comme le croit Perizonius, fondé sur le peu d’usage qu’on faisait de l’écriture dans ces temps-là, rien ne sera plus propre à confirmer l’incertitude des cinq premiers siècles de l’histoire romaine. Il ne sera pas même nécessaire de recourir à l’embrasement de Home pour prouver la disette des monuments. S’il y avait de fort ancienues statues à Rome, on ne les connaissait que par une tradition incertaine, puisque, comme le reconnaît Perizonius, on n’y ajoutait pas même l’inscription la plus simple. S’il y avait eu des inscriptions aux statues, on n’aurait point flotté dans le doute, comme on faisait sur celle de Clélie. On ne voit pas non plus de caractères sur les anciennes monnaies romaines; ce n’est que vers la fin du cinquième siècle qu’on commence à y en trouver, et encore sont-ils trcs-imparfails. » (

Ce ne fut donc que dans les sièclès postérieurs, comme le remarque Perizonius, que la postérité, s’apercevant que la mémoire des plus belles actions se perdait et qu’on ne se souvenait ni à qui ni à quelle occasion telle ou telle statue avait été érigée, on s’avisa de mettre des inscriptions à celles qu’on dressait, et même d’en ajouter aux anciennes, en suivant pour ces dernières une tradition souvent trèsincertaine. On peut juger combien il était facile de se tromper et de tromper les autres par ce moyen, et que bien des gens furent charmés d’avoir par là occasion d’orner de titres fastueux des statues qu’ils prétendaient être celles de leurs ancêtres. C’est une des voies, comme on le verra bientôt par des passages de Cicéron et de Titc-Live, par laquelle il s'introduisit beaucoup de falsifications dans l'histoire.

Perizonius soutient, et par des raisons bien fondées, qu’on n'avait point à Rome d’inscription plus ancienne que

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celle qu'on dressa à l'honneur de Duillius, qui gagna la première bataille navale sur les Carthaginois, en 493 de Rome, pendant la première guerre Punique. Les Romains, encore peu exercés à la marine, etfrent tant de joie de ce premier succès de leurs armes sur mer, que, pour en perpétuer la mémoire, ils élevèrent une colonne ornée des proues des vaisseaux pris sur les Carthaginois, où ils mirent cette inscription à la louange de Duillius, qui avait eu le commandement de leur flotte. C’est à cette inscription que les anciens en appellent quelquefois comme au monument le plus ancien qui existât du langage et des caractères en usage chez leurs ancêtres. Il est hors de doute que s’ils en avaient eu de plus anciens â nous alléguer, ils en auraient fait usage , et n'en auraient pas toujours appelé â celte inscription comme à ce qu’ils avaient de plus ancien.

Tout cela prouve suflisamment qu’on ne relira pas plus d’utilité, par rapport à l’histoire, de celte sorte de monument, que nous avons prouvé qu’on n’en avait retiré des traités de paix et des Annales des Pontifes. Il n’est pas môme nécessaire, pour prouver la disette de monuments, d’avoir recours à dire qu’ils ont été consumés par le feu des Gaulois. L’inscription que nous venons d’alléguer, et quantité d’autres raisons rapportées ci-dessus, font voir qu’on peut étendre jusque vers la fin du cinquième siècle l’ignorance et la grossièreté des Romains, causes, du moins autant que la prise de leur ville par les Gaulois, de l’obscurité et de l'incertitude de leur histoire, par le peu d’usage qu’ils faisaient de l’écriture, qui cependant est le seul et unique moyen de transmettre les événements à la postérité d’une manière fidèle et sûre.

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