XVI DEDICACE
nant Jonc à former les vœux les plus ardents pour que le Tout-Puissant conserve une tête si chère à la République, je me contente d'admirer de loin, et de me dire, avec le zèle, le respect et la soumission la plus entière,
Monseigneur,
De Votre Altesse Sérénissime ,
Le très-humble , très-obéissant et très-fidèle serviteur ,
Louis de BEAUFORT.
PRÉFACE
Les longues préfaces sont si peu du goût de la plupart des lecteurs , qu’en donnant trop d'étendue ;ï celle-ci , ce serait peut-être le moyen de leur faire refermer le livre dès la première page. Cependant, comme j’ai évité de m’écarter, dans le corps de l’ouvrage, et que je me suis resserré le plus que j’ai pu, il me restait encore plusieurs réflexions que je réservais pour la préface. Mais, pensant que ce n’est point là où l’on aime à les trouver, je me suis déterminé à borner ce que j’avais à dire aux choses dont il est essentiellement nécessaire d’avertir les lecteurs.
J’espère que, sur le titre du livre, on ne se préviendra pas contre le sentiment que je défends, et qu’on ne regardera pas comme une témérité l’entreprise d’attaquer l’autorité d’une histoire que tant de siècles, où elle a été reçue pour vraie, devaient rendre respectable. Ceux qui sont prévenus en faveur de celle histoire trouveront étrange, qu’au bout de dix-huit ou de vingt siècles, on prétende
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PRÉFACE
pouvoir mieux juger do la certitude ou dé l’incertitude de l'histoire romaine que ceux qui étaient à portée de consulter les monuments qui en restaient, et qui, sur leur autorité, nous ont transmis cette même histoire.
Cela formerait, à la vérité, un préjugé bien fort contre l’opinion que j’entreprends d’établir, si elle était en effet combattue par ce que les historiens les plus accrédités et les plus fameux en disent. Mais, au contraire, ce n’est qu’appuyé de l’autorité des auteurs grecs et romains dont la réputation est le mieux établie, que j’entreprends d’ébranler les fondements sur lesquels l’histoire de ces premiers siècles est appuyée. Ce n’est que sur leur témoignage exprès que je me fonde, et c’est ce qui doit former plutôt un préjugé en ma faveur. Je ne presse point leurs expressions pour y trouver de quoi soutenir mon opinion; je les prends toujours au sens qu’elles renferment naturellement, et je n’en lire que les conséquences qui 'en découlent d’elles-mémes. Ce n’est point non plus par le nombre que je prétends fortifier ma cause. J’ai fait peu de compte de ce que j’aurais pu emprunter de quelques faiseurs d’Abrégés. Je me suis contenté de me munir de l’autorité de Cicéron, de Tile-Live, de Pline, de Tacite et de Suétone, entre les Latins; de Polybe, de Denys d’Halicarnasse et de Plutarque, entre les Grecs. Ce sont là presque les seuls auteurs sur les témoignages desquels je me fonde. Si on peut leur en opposer de plus graves et de plus dignes de foi, j’avouerai que j'ai tort de me fier aux premiers.
De très-savants hommes ont montré, il y a longtemps,
PHÉPACE.
qu'ils sentaient le peu de solidité des fondements sur les- ' quels toute l’histoire romaine était appuyée. Quelques-uns d’entre eux se sont attachés à prouver l’incertitude de quelques faits importants qui, étant reconnus pour faux, nous mettaient en droit de douter de tout le reste. Lorsque j’ai fait usage de leurs découvertes, je n’ai pas manqué de leur en faire honneur en les citant.
L’Académie royale des inscriptions et belles-lettres de Paris 1 a vu naître dans son sein une dispute assez vive sur le sujet que je traite. La certitude de l’histoire romaine y a été attaquée et défendue avec chaleur. Mais j’ose dire, avec le respect que je dois à d’aussi savants hommes que le sont MM. de Pouilly et l’abbé Sallier, que l’un a traité un peu trop superficiellement une matière qui méritait d’étre approfondie ; et que l’autre a paru beaucoup trop prévenu en faveur de l’histoire romaine.
Outre que le discours de M. de Pouilly, sur un sujet si important, est très-court, et que par conséquent il n’a pu ni alléguer ni mettre dans tout leur jour toutes les preuves dont il eut pu appuyer son sentiment ; je crois qu’il a fait tort à sa cause en appelant h son secours un écrivain aussi fabuleux et aussi peu digne de foi que l’auteur du livre des Parallèles qui se trouve parmi les œuvres de Plutarque, quoique reconnu pour indigne de ce grand homme et attribué, avec plus de raison , à un auteur du dixième siècle*, lequel peut-être se nommait Plutarque, ou qui a voulu donner cours à son livre en mettant au frontispice un nom