‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 60 sur 222 · I. Lib. XXXV.cap.il · texte numérisé non relu

I. Lib. XXXV.cap.il

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Si ces Mémoires avaient été dressés avec lidélité, ils auraient été d’une utilité infinie pour l’histoire. Quand on conviendrait de la perle des autres monuments, on serait d’un autre côté obligé de convenir que ces Mémoires pouvaient suppléer à ce qui manquait d’ailleurs. On y trouvait des relations de ce que chaque particulier avait fait dans l'exercice des grandes charges dont il avait été revêtu; on y marquait même l’année, si l’on en doit juger par le morceau que nous a conservé Denys d'IIalicarnasse. C’étaient autant de vies particulières qui, en conservant la mémoire de toutes les grandes actions de chaque personne et n’omettant rien de ce qui pouvait leur donner du lustre, renfermaient les principales affaires de l’État auxquelles ces personnes avaient eu part. Suétone , dans les premiers chapitres de la Vie de Tibère, nous a donné des espèces d’extraits des Mémoires que conservaient les familles Claudienne et Livienne. Aulu-Gelle cite aussi ‘ le Livre généalogique ou les Mémoires de la famille Porcienne, dont ôtait Caton.

On peut juger par ces morceaux de quelle utilité de pareils Mémoires pouvaient être, et combien de lumière ils auraient répandu sur l’histoire, si la sincérité et la bonne foi en avaient fait le caractère. Mais par malheur on avait eu dans leur composition bien moins d’égard à la vérité que de soin de les orner de tout ce qui pouvait servir à relever la gloire des familles. Il y avait tant de falsifications, la vérité des faits s’y trouvait si souvent altérée, qu’on ne pouvait en faire usage qu’avec beaucoup de précaution. Ils n’avaient même servi qu’à embrouiller l'histoire, si nous en

ad usuin, si quia ejusdein generis cecidiaaet, el ad lueuioriam lauduni d ornes li car ti ni , et ad iilustrandam nobililalcm suant. Ciccro, iti lirtito , rap. xvi.

1, Lit». \lll , cap. xix.

DE L'MISTOIIIE ROMAINE. T.t

croyons Tile-Live, qui se plaint de ce qu’ils sont la principale cause de l’incertitude où il se voit obligé de flotter 1 . « Je crois, diPûl, que les oraisons funèbres et les faux « litres mis sous les images ont beaucoup obscurci notre f« histoire, chaque famille s'efforçant de s’attribuer toute o la gloire des grandes actions et les principales dignités. « C’est ce qui a le plus contribué à embrouiller -et à con- « fondre les actions des particuliers et les monuments pu- « blics r car il n’y a point d 'écrivain contemporain sur « l’autorité duquel on puisse compter. »

Voilà donc une des sources des plus fécondes, où l'on aurait pu puiser, qui non-seulement est devenue inutile à l’histoire, mais qui, bien loin de lui procurer les avantages qu’on devait s’en promettre, n’a servi qu’à lui nuire infiniment. Tite-Live n’est pas le seul qui s’en plaigne. Cicéron est encore plus fort et plus exprès là-dessus 2 . « Ces orai- « sons funèbres ont, dit-il, beaucoup altéré la vérité de a notre histoire ; car combien de choses n'y a-t-on pas insé- « rées qui ne sont jamais arrivées! Combien de triomphes, « combien de consulats supposés! Combien de fausses ori- « gines dfes familles, comme si elles étaient passées des « patriciens au peuple, parce que bien des gens de basse « extraction s’entaient sur quelque famille illustre qui porte tait le même nom ; comme si, par exemple, je me disais

1. Vitiatam memoriam funebribus laudibus reos ; falsisque imaginum Ululis, dnm familia ad se quæque farnam rerum gestarum , honorumque, fallente meudaeio, trahunt. Inde certe et singulorum gesla et publica monuments rerum confusa.. Nec quisquam rpqualis temporibus illis seriplor exsiat, quo satis certo auctore slelur. Livius, lits. VIII, cap. xl.

2. Quamquam bis laudationlbus historié rerum nostrarum facta est mendosior. Multa enim scripla surit in eis, quæ facta non sunt, fais! triumphi, plures consulatus, généra etiam falsa, et ad plebem transilioncs, cuni homlnes bumiliores in alienuiii ejusdem nominis infunderentur genus : ut si ego me a M. Tullio qui palricius consul, anno dccirno poet reges exactos, fuit. Ciccro, in Bruto, cap. xrt.

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