‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 61 sur 222 · I.NCF.HTITI 1>E DES HtENlEKS SIKI.ES · texte numérisé non relu

I.NCF.HTITI 1>E DES HtENlEKS SIKI.ES

« descendant de ce Man i us Tullius, patricien, qui fut con- « sul dix ans après l’établissement de la république. »

Il ne se peut rien dire de plus formel pour montrer le peu de fond qu'on pouvait faire sur ces Traditions des familles , et combien l’ambition de quelques maisons considérables, ou d'autres qui s'efforcaient de passer pour telles; v avait introduit de faits altérés on supposés. Ces plaintes de Cicéron, jointes à celles de Tite-Live, nous mettent en étal de juger du caractère de ces Mémoires, et prouvent qu'une grande partie des faussetés qu'on y avait insérées s’était glissée dans l'histoire. Elles servent encore de commentaire à ce que Plutarque dit sur la foi de Clodius' : « (Juc tous les monuments ayant péri dans la prise de Home, « on en avait supposé d’autres qui avaient été forgés pour « rendre service à quelques personnes, qui, prétendant être u de maison illustre, s'entaient sur des familles auxquelles « elles n’appartenaient en nulle façon. »

On ne peut chercher des auteurs plus propres à nous donner une idée juste et sûre des Mémoires des familles que ceux que je viens d’alléguer. On voit que la perte ou la disette de monuments véritables avait ouvert un vaste champ à la fécondité de l’imagination de ceux qui voulurent y substituer des fictions. Diverses familles mirent à profit l'obscurité de leur histoire pour relever l’éclat de leur origine, et supposèrent quantité de pièces qu’il était impossible de convaincre de faux par des monuments authentiques, qui manquaient absolument. Elles ne pouvaient trouver de circonstances plus favorables à leurs prétentions, et elles en usèrent avec si peu de ménagement, qu’après un écoulement de tant de siècles, il nous est encore

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DE L’HISTOIBE HOMA1NE.

facile d’en donner nombre d’exemples : en voici quelquesuns entre plusieurs, qui serviront à nous convaincre de la hardiesse avec laquelle quelques Romains se sont entés sur les maisons les plus illustres et les plus anciennes.

Marcus Brulus, un des principaux chefs de la conjuration contre Jules César, prélendail tirer son origine de cellrutus qui affranchit Rome de la tyrannie des Tarquins'. Cicéron lui-méme, qui était trop bien instruit de ce qui regardait l’origine des grandes maisons de Rome pour ignorer ce qui en était, appuie fortement celte prétention en divers endroits, sans doute pour donner plus de relief au parti qu'il favorisait. Cependant, comme le témoignent Plutarque et Denvs d’Halicarnasse, la plupart des Romains, surtout ceux qui en avaient recherché la vérité avec quelque exactitude, étaient d’une opinion bien différente, et détruisaient les prétentions de Brutus par les raisons suivantes : 1° les plus anciens monuments attestaient que L. Brutus, ayant fait mourir ses deux fils, n’avait point laissé de postérité. 2° Les Brutus que l’on vit dans la suite élevés dans les dignités de la république ne furent considérés que comme plébéiens, et n’exercèrent que les charges qui appartenaient aux plébéiens; au lieu qu’ils auraient dù être patriciens, s’il avait été vrai qu’ils étaient descendants de ce L. Brutus le libérateur de Rome. 3° Enfin, on ne les voit élevés au consulat qu'aprês que cette dignité eut été communiquée aux plébéiens. Cependant Atticus 2 , qui avait entrepris de dresser une généalogie de la maison Junienne, aurait-il osé réfuter une opinion dont son ami paraissait si fort entêté, et surtout n’ayant entrepris cet ouvrage qu’à sa sollicitation? il y a bien de l’apparence que Cicéron et Atticus

1. Pluterch., in Bruto, p. 98t. — Cicero, in Brulo, cap. xiv. — Dion. Italie., Anl. rom., iib. V, p. 292.

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