Lib. Il , cap. x
DE L’HISTOIRE ROMAINE
préférer Glabrion, qui avait été deux fois consul et qui faisait remonter son origine jusqu'à Énée, fils d’Ancliise et de Vénus. On avait frouvé ou inventé un Aquilinus, fils ou petit-fils d’Énée ; et le rapport de ce nom avec celui A'Aâlius a pu suffire aux généalogistes pour le donner pour père aux Acilius. J’en juge ainsi sur ces vers d’Ausone 1 :
Stemmato nobilium deductum nomen avorum Glabrio, Aquilini Dardana progenies.
Cet exemple suffit, je crois, pour achever de montrer jusqu’où les Romains poussaient la vanité sur l’article des généalogies, et qu’ils voulaient à tout prix produire une longue suite de leurs ancêtres, vrais ou supposés. L’ignorance et la barbarie avaient répandu de si épaisses ténèbres sur les premiers siècles de Rome et sur les temps antérieurs à sa fondation, qu’on pouvait feindre et débiter tout ce qu’on voulait là-dessus, sans crainte d’élre convaincu de faux, sur des monuments ou des historiens contemporains, puisqu'on n’en avait aucun. Aussi ne manqua-t-on point de généalogistes à Rome, et les savants s’exercèrent à l’envi sur des sujets si frivoles. Nous en avons un exemple en Varron, qui passait pour le plus savant des Romains, et qui cependant avait fait des recherches sur les familles qui tiraient leur origine de Troie. Atticus avait dressé des tables généalogiques de plusieurs familles romaines, comme nous l’apprenons de Cornélius Nepos 2 . C’était à lui qu’on avait obligation d’une généalogie suivie de la maison Juniennc, dont était Brulus; de celle des Claudes plébéiens, qui se distinguait par le surnom de Marcellus; de celles des Fabicns, des Cornéliens et des Émiliens. C’était apparemment sur les
1 , /« Profestor. Burdig., n. 21.