‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 96 sur 222 · I . Lil). i , lu fuie · texte numérisé non relu

I . Lil). i , lu fuie

DE 1,’HISTOIBB DOMAINE. tDD

l’histoire comme vraie? C'est alors écrire un roman et non une histoire, où il ne s’agit pas de te qui peut être arrivé, mais de ce qui est arrivé en effet, et de ce dont la vérité est attestée par quelque témoin contemporain.

Cet auteur a tenu la même conduite dans tout le reste de son Histoire; et, malgré son exactitude affectée, il se découvre assez lui-méme pour qu’on s’aperçoive que, ne pouvant s’assurer du vrai, il se contente du vraisemblable. Il l’avoue avec assez de franchise, lorsque, étant prêt il raconter l’histoire du roi Scrvius Tullius dont le merveilleux avait si bien embrouillé la vérité, qu’il était impossible de la dégager des fables dont elle était enveloppée, il dit 1 : « Voici ce qu’on dit de ce roi, et ce qui m’en paraît le pins digne de foi.» On trouverait bon nombre d’exemples pareils dans son Histoire ; mais j’en veux donner un plus sensible, qui puisse convaincre que ces relations ne sont pas mieux fondées que celles des autres historiens romains, puisque ce qu’il avance n’est pas appuyé sur de meilleurs mémoires, ni sur des preuves plus solides.

On a vu qu'il ne donnait pas une idée fort avantageuse de cette partie de YHistoire de Fabius Pictor, qui roulait sur les cinq premiers siècles de Rome. Il nous a appris lui-même que cet historien n’avait fait que parcourir sommairement les principaux événements , sans goût , sans discernement, sans exactitude, commettant des bévues très-grossières; et enfin, que tout ce qu'il y rapportait n’était fondé que sur des oui-dire. Cependant, dans la suite, il semble qu’il n’y ait rien de plus assuré que ce qui se dit sur l’autorité de Fabius* : « Mon auteur, dit-il, est Quintus

L. Ta uiv ouv iripi rcü "fsvc-j; xùtgO ci< piaXtara ryw;** wyuxTx-

TÎÔiaxt, TotaO-r’ iGîtv. Lib. IV, p. 20fî.

2. Kotvrû *baotw fJeoatwrî /püuevo;, xat cùÆeuii; fri ^iouivg; irtariw; fripa;. Mb. VIII, p. 475.

«Fabius; et je n'ai pas besoin d’alléguer d’autre autorité « que la sienne. « Il est* assez surprenant que Denys d’Halicarnasse, après le jugement qu’il a porté de Y Histoire de ce Fabius, et ce qu’il en dit en divers endroits et même ici, où il ajoute à ce que j’ai cité ce que j’ai rapporté cidessus, que Fabius avait composé son Histoire sur ce qu’il avait vu lui-même et sur ce qu’il avait ouï dire; il est assez surprenant, dis-je, qu’il défère ici si entièrement à son autorité, qu’il la croie suffisante pour constater la vérité d’un fait, qui d’ailleurs a tout l’air d’un conte forgé à plaisir. Il me semble que c’est abuser un peu de la confiance de ses lecteurs, que de vouloir qu'ils s’en rapportent à une autorité qu’il a lui-même décriée et qu’il décrie encore en cet endroit. Car je pense que c’est décrier le travail de Fabius que de dire que son Histoire, qui comprenait l’espace de cinq siècles et dehii, n’était fondée que sur ce qu’il avait ouï dire à d'autres et sur ce qu’il avait pu voir par lui-même.

Denys d'Halicarnassc ne pouvait guère nous donner de plus mauvais garant de ce qu’il rapportait, qu’un auteur qui ne fondait la vérité des faits éloignés de quelques siècles que sur des ouï-dire. Mais il avait dessein de trouver une origine plus relevée aux llomains, et de donner à leur histoire un air de vraisemblance qu’elle n’avait pas eu jusqu’alors. Il voulait répandre du lustre sur les commencements de leur histoire et rendre cette nation un objet d'admiration pour les Grecs. Pour y réussir, il a puisé dans toutes sortes d’écrivains, même les plus fabuleux, tout ce qui pouvait servir à son but ; et , content de ne rien faire entrer dans son ouvrage qui n’eût les apparences du vrai, il s’est dans le fond très-peu mis en peine de la vérité. C'est ce que la réflexion suivante, avec les preuves que j’y ajouterai, mettra dans tout son jour.

DR L HISTOIRE ROMAINE. in:i

J'ai démontré assez clairement que celle parlie de Y Histoire Romaine que Denys d'Halicarnasse a écrite devait être remplie d’obscurité et d’incertitude. Du moins, je pense que, quelque prévenu qu’un soit en sa faveur, on ne pourra disconvenir qu’elle n’ait ses difficultés. Cependant où paraissent-elles dans Y Histoire qu’il nousa donnée? Où le voit-on jamais embarrassé? Content de relever quelque bévue un peu trop grossière, quelque contradiction trop marquée dans les auteurs qu'il consulte, il semble que d’ailleurs tout y soit clair et évident. Cependant combien de faits douteux ne rapporte- t-il pas, sans y former le moindre doute, comme si les auteurs qu’il suit étaient par- . faitement d’accord, quoiqu'il y eût une différence entière entre quelques-uns d’eux pour le fond et pour les circonstances? Il n’était apparemment pas fâché d’éviter les discussions où la recherche de la vérité l’aurait engagé, et qui auraient peut-être trop découvert le faible de son Histoire à des gens qui en avaient déjà assez mauvaise opinion.

C’est ce qui deviendra bien sensible par deux autres exemples que j’emprunte de Tile-Livc. Cet auteur, plus , sincère en général que l’historien grec sur l’obscurité de ces premiers temps de Rome, avoue ingénument le peu de certitude qu’il trouve dans quelques événements, sur lesquels les historiens ne s’accordaient point du tout. Cependant on voit Denys d’Halicarnasse rapporter ces mêmes événements sans y former le moindre doute, et sans nous avertir qu’il y eût quelque différence dans la manière dont ils étaient rapportés par d’autres auteurs.

Tite-Live nous apprend 1 qu’il y avait beaucoup de con-

1. Horalios Curial iosqur fuisse «ali» constat, nce terme res antigua alla est nobilior. Tamen in re tam clara nominuiu error maint : ulrius poputi Horutii, utrius (.uriatii fuerint. Auctores ulroque trahunl : plurr» lamen invenio qui Romanos floralies voi ent. Liv., tilt. 1 , eap. \xiv.

I3fi INCERTITUDE DES PREMIERS SIÈCLES

fusion dans l’hisloire touchant les Horaces et les Curiacés; non qu’on ne regardât leur combat comme une chose sûre , mais parce qu’on ne savait pas bien pour lequel des deux peuples les Horaces ou les Curiacés avaient combattu. L’une et l’autre de ces opinions se trouvait soutenue par divers auteurs. Tite-Live suivait le grand nombre, selon sa coutume, eu faisant les Horaces Romains. Denys d'Halicarnasse, qui rapporte cette histoire avec beaucoup d’étendue et qui l’embellit encore de diverses circonstances qui en relèvent le merveilleux et qu’on chercherait inutilement dans Tite-Live, ne dit pas un mot de la diversité d’opinion de ces anciens historiens sur ce fait. II était cependant du devoir d'un historien, qui se pique de sincérité et d’exactitude, de nous avertir du moins que la chose se trouvait rapportée différemment, et d’y ajouter les raisons qui le déterminaient à mettre les Horaces du côté des Romains, contre l’opinion de divers auteurs.

Tite-Live nous dit encore sur l’an 294 *, que la plupart desauteurs rapportaient à celte année la révolte des Antiates; et que le consul L. Cornélius, ayant pris cette ville, l’avait châtiée de sa rébellion. « Je n’oserais cependant l’assurer, , « ajoute-t-il, parce que les plus anciens écrivains n’en font « aucune mention. » Denys d’Halicarnasse a bien peu déféré, dans cette occasion, à l'autorité de Fabius Pictor et des plus anciens historiens, puisqu’il rapporte comme une chose sûre 3 et sur laquelle il n’y a nulle difficulté, que cette année la ville d’Antium fut châtiée de sa révolte par le consul L. Cornélius. Cependant, pour remplir l’idée

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