I . Salir, vin , in Jtnc
DK L’HISTOIRE ROMAINE.
Denys d’Halicarnasse ne s’élant proposé pour but que de relever l'origine des Romains et d’en donner une haute idée aux Grecs, les moyens qu'il a employés pour réussir dans ce projet doivent naturellement nous paraître suspects. Nous sommes d’aulant mieux fondés à rejeter son témoignage, que nous voyons que non-seulement il n’a pas réussi à mettre son opinion en vogue, mais qu’il n’a même pu la faire goûter à ceux dont elle flattait le plus la vanité, et qui devaient être naturellement portés à la recevoir avec plaisir. Tous ceux qui ont écrit depuis, soit qu’ils ne se soient pas donné la peine de le consulter, soit qu’ils aient cru devoir faire peu de fond sur ce qu’il en disait, ne s'y sont point du loutarrêtés, et ont parlé de l’origine de leur ville à peu près sur le même ton que Juvénal.
Cet auteur grec s’était proposé de donner une tout autre face à l’histoire de ces premiers temps de Rome et de combattre l’idée peu avantageuse que les Grecs avaient conçue des premiers Romains. Pour remplir son dessein, il a ramassé de tous côtés ce qu’il trouvait de plus honorable pour cette nation, et y a donné le tour le plus favorable qu’il a pu. On reconnaît partout que son but n’a été que de lia (1er les Romains ; et il donne môme, à cet égard, dans une adulation si outrée, qu’il doit rebuter beaucoup de ses lecteurs. Les détails où il entre quelquefois sur les faits les plus incertains, comme si on en eût ignoré aucune des circonstances, sont des preuves bien claires du peu de fond qu’on peut faire sur plusieurs de ses narrations. Si l’on ne se laissait pas éblouir par celte sincérité et cette exactitude scrupuleuse qu’il affecte, et par ce qu’il dit luimême, que la vérité est la première loi de l'histoire, il serait peut-être facile de convaincre les lecteurs que le principal soin de cet historien n’a été que d'écrire avec élégance, démontrer son esprit et son habileté à manier un
sujet, et de ne point sortir de la vraisemblance-dans ses narrations. Du reste, peu scrupuleux, si la vérité des faits est bien constatée, il croit pouvoir les donner pour vrais, dès qu’ils ne renferment rien de manifestement contradictoire.
Les historiens romains n’avaient pas toujours eu celte précaution; et, se transcrivant les uns les autres, ils rapportaient, sur la foi de leurs garants, les choses les plus fabuleuses et les plus contradictoires. C’est cet écueil que Denys d’Halicarnasse a eu soin d’éviter. Il a même affecté de relever quantité de bévues des autres historiens, dont nous retrouvons quelque-unes dans Tite-Live. Cela seul a donné un grand avantage au travail de Denys sur celui de ses prédécesseurs. Un lecteur se laisse aisément prévenir par celte apparence d'exactitude, et reçoit pour vrai ce qui dans le fond n’a aucune certitude, mais que cet auteur lui donne pour tel, après l'avoir revêtu de tout l’air de la vraisemblance. Quelques exemples éclairciront la chose.
Si ce que Tite-Live rapporte du fondateur de Home nous paratl entremêlé de bien des traits fabuleux, nous ne pouvons y trouver à redire, puisqu’il a eu soin de prévenir ses lecteurs sur le jugement qu’ils en devaient porter, et que, de son aveu même, tout ce qu'on en disait était plutôt fondé sur des fictions poétiques que sur la vérité.
Denys d’Halicarnasse suit une conduite bien différente. Après avoir dépouillé l’histoire de la fondation de Rome de tout ce qu’elle a de fabuleux, ou qui tient trop du merveilleux, il n’admet rien de ce qui pèche trop manifestement contre la vraisemblance; mais aussi il nous le donne comme vrai 1 et raisonne enconséquence. Suffit-il, cependant, qu’une chose soit vraisemblable et possible, quelque dénuée quelle soit d’ailleurs de preuves, pour qu’on lui donne place dans