OU ON NE MOT RIEN DIRE DE CERTAIN DU KORDATKIU DE ROME
J’ai rapporté les raisons qui me font révoquer en doute l’histoire des cinq premiers siècles de Rome. Elles sont fondées sur la disette de monuments et d'historiens contemporains; de sorte que les premiers historiens que Rome produisit ne purent fonder leurs relations que sur la tradition sujette à altérer beaucoup la vérité des faits. J'en donne de nouvelles preuves dans cette seconde partie, et je les tire de ce que les événements les plus marqués, et que leur importance devait garantir de l’oubli, spnt rapportés d’une manière si contradictoire et si pleine d’incertitude, qu’ils nous mettent en droit de douter de tout le reste. Je n’insiste pas sur les fictions dont celte histoire est remplie, ni sur les circonstances manifestement fabuleuses qui accompagnent divers faits. Elles ne méritent pas qu’on se donne la peine d’en prouver la fausseté.
Avant que d’entrer en matière, j’avertis mes lecteurs que, pour ce qui regarde ces premiers temps, je m’en tiens priu-
INCERTITI'DK DES PREMIERS SIÈCLES, ETC. 143
cipalemenlà Denysd’IIalicarnasse,àTite-LiveetàPlularque, les trois auteurs qui ont traité ce sujet avec le plus d'étendue et qui sont généralement le plus estimés. Rien ne serait plus difficile que d’entreprendre de concilier leurs narrations. On a même souvent dè la peine à y reconnaître la même histoire. Or, si les auteurs les plus accrédités sont si peu d'accord entre eux, à qui nous en rapporterons-nous? L’opposition continuelle où ils se trouvent contribue donc beaucoup à fortifier nos doutes sur l'histoire romaine.
Je commence par la fondation de Rome. Je n'insisterai pas sur cet événement autant que je le pourrais. Ce que l’on débite sur l'origine de cette fameuse ville sent trop la fable, pour que je croie devoir me donner la peine de le réfuterai! long. Ce qui m’oblige de m’y arrêter, peut-être plus qu’elle ne le mérite, c’est qu’on pourrait croire que cet événement, quoique altéré dans ses circonstances, est vrai pour le fonds et qu’en le dépouillant de tout ce qui sent la fiction, le reste serait peut-êtrolondé sur la vérité. Il y en a même qui ajoutent 1 que l'origine des Romains est rapportée d'une manière si humiliante et si flétrissante pour cette puissante nation, qu’il n'y a aucune apparence qu’ils l’aient inventée, ni même qu’ils l’eussent adoptée, s’ils n'y avaient été contraints par la force de la vérité. Sans m’amuser à réfuter ces raisons qui tomberont d’elles-inêmes, je me contenterai d’exposer, le plus en abrégé qu’il sera possible, celle que nous avons de rejeter toute cette histoire. Je prouverai encore qu’on ne peut rien dire de certain du fondateur de Rome, ni môme du temps de sa fondation, et que tout ce qu’on débile là-dessus n’est fondé sur aucun témoignage digne de foi.
Plutarque, dans la Vie de Romulus, et Tite-Live, dans sa
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Préface, préviennent le reproche qu'on pouvait leur faire, d’avoir donné place dans leurs histoires à des choses qui sentent si fort la fiction. Ils se servent à peu près des mêmes raisons pour se disculper là-dessus. J’ai rapporté dans Ja première partie 1 le passage de Tile-Livc, où l’on a pu voir'!* • qu’il découvre assez ce qu'il en pense. Il y avoue ingénuf^êW ' ' ’•
que ce qu'il rapporte de la fondation de Rome est plutôt fondé sur des fictions poétiques que sur des monuments certains. Mais il croit les Romains autant en droit qu’aucun autre peuple de mettre du merveilleux dans son origine, et de la rapporter à quelque dieu. On voit assez par là qu’il n’a nul dessein de nous en imposer dans ce qu’il rapporte, et qu’il reconnaît formellement que tout en est fabuleux. Ce que dit Plutarque est peu différent 2 . « Il y en a, dit-il, qui « traiteront ceci de fable et de conte inventé à plaisir; mais « si nous considérons bien quel est le pouvoir de la fortune,
« nous ne refuserons pas d’y ajouter foi. Principalement, si « nous faisons réflexion que les Romains n’ont pu parvenir « à ce haut degré de gloire et de puissance, sans qu’il y ait « eu quelque chose de divin et d’extraordinaire dans leur a origine. »
Cette raison suffira-t-elle pour nous faire recevoir des faits aussi manifestement fabuleux? Plutarque lui-même sentait trop la faiblesse de celte raison pour y ajouter foi, comme nous le verrons bientôt.
Pour ce qui est de Dcnys d’Halicarnasse, il n’avait garde de montrer si à découvert ce qu’il en pensait. Le dessein qu’il