MATIERES
Recherches sur l'origine de V Ophthalmie conta-
gieuse dans nos bataillons. .
Du caractère de cette maladie,
De son traitement
Tableau indiquant le mouvement mensuel des O phthalmies traitées à V Hôpital militaire de Gancl , depuis le i.er janvier 1817 jusqu'au 3i décembre 1818
Observations cliniques sur cette Ophthalmie. . . Des moyens de la prévenir.
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Engagé dès ma jeunesse dans la carrière de la chirurgie militaire , j’ai été dans l’occasion de recueillir grand nombre d’observations , que je me propose de publier successivement, et qui pourront, je crois, ajouter de nouveaux faits à ceux qui composent le volumineux recueil de l'hygiène et des maladies des armées. La Dissertation que je publie aujourd’hui sur l’Ophthalmie contagieuse en fait essentiellement partie, et quoiqu’elle soit le fruit de mes observations les plus récentes, parce que cette maladie ne s’est présentée à moi que pendant ces dernières années, j’ai cru devoir me livrer d’abord à son examen en raison des ravages quelle continue d’exercer, et de l’utilité qui peut résulter de la publicité des recherches que j'ai laites pour en découvrir la cause et le traitement qu’on doit lui opposer.
Ces recherches m’ayant conduit à examiner 1 origine de celte Qphthalmie dans sa source, et. à consulter quelques auteurs sur l’ancienne ®8yPte’ fa» été surpris de voir que ni Hérodote, ni Strabon, ni Diodore de Sicile, ni Pline, ni d’autres anciens qui paraissent avoir visité ce beau pays, ne lassent aucune mention de l’Ophthaîmie; tous font l’éloge de la fertilité du sol de cette contrée, de la variété et de l’abondance de ses productions, et de la pureté de son atmosphère. Il parait, d après cela, que l’Ophthalmie n’était ni fréquente ni violente dans les temps de la prospérité et de la grandeur de l’Egypte , et que les maladies en général n’y étaient pas nombreuses ni différentes de celles des autres pays.
Il est dit dans X Ancien-Testament , Deut. cap. xi, vers, io : «Car la terre dont vous allez entrer en possession n’est pas comme la terre d’Egypte, d’où vous êtes sorti, où, après qu’on a jeté la semence , on fait venir l’eau par des canaux, comme on fait dans les jardins ».
Hérodote dit bien positivement que l’Egypte était le pays le plus fertile et avait le climat
( il) )
le plus salubre du monde, qu’il contenait plusieurs milliers de villes et un nombre incalculable d habita ns qui étaient orgueilleux de la quantité prodigieuse des productions de leur sol (i).
Les médecins romains, qui, dans leurs relations des maladies, faisaient toujours mention de l’existence ou de l’absence des affections particulières aux différens climats, gardent aussi le silence au sujet de l’Ophtlialmie d'Egypte : il est vrai que l’histoire rapporte qu’un Pharaon ou même deux Pharaons sont morts dans un état de cécité ; mais ces cas ne sont pas rares dans tous les pays. Nous ne trouvons pas non plus dans l’histoire d’Alexandre -le- Grand , qui, après la conquête de l’Egypte , est resté long-temps dans ce pays , que l’Ophthalmie ait régné dans ses troupes. L’historien des guerres de César dans l’Orient ne fait nulle mention que les soldats romains aient souffert de cette maladie pendant leur séjour en Egypte; même long -temps après
(i) Herodotus, Lib. ]I , Chap. 177.
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l’extinction du nom romain en Orient , il ne paraît pas que les maladies des yeux lussent très-fréquentes, ni en Egypte ni en Syrie. Le grand nombre d’armées européennes que les croisades attiraient dans ce pays, étaient fréquemment affectées de maladies ; mais ni les historiens contemporains , ni ceux qui ont écrit postérieurement ne parlent de quelques affections malignes des veux qui auraient régné parmi eux, alors même que 1 Egypte était déjà fortement déchue de sa grandeur primitive.
Dans la mémorable expédition de l'Occident contre l’Egypte , sous Saint-Louis , en 1249 , on remarque que, parmi les diverses maladies dont cette armée a été assaillie , l’Ophthalmie n'est pas citée; cependant les troupes françaises sont restées onze mois dans ce pays , où le danger auquel elles étaient exposées , les tenait constamment en plein air et sous l’influence directe du climat (1).
Aussi long - temps que l’Egypte fut un
(1) Joinville.
pays populeux, où l’agriculture fleurissait, les maladies paraissent y avoir été comparativement en petit nombre, et 1 Oplitlialrnie y lut inconnue. Mais quand elle a cessé detre un état indépendant , et qu elle est devenue une province éloignée d’un gouvernement tyrannique ; quand elle a été dominée par des barbares illettrés et ignorans , qui ne respectaient ni la propriété, ni la vie, et aux yeux desquels le bonheur était un crime , l’agriculture et les arts sont devenus des objets d utilité secondaire. Depuis lors , l’Egypte a perdu ses liabitans, et avec eux son agriculture , son commerce , sa grandeur et sa salubrité. Les canaux qui fertilisaient ses plaines , se sont obstrués ; les fossés qui séchaient le pays, se sont remplis et effacés ; les digues qui opposaient une barrière aux sables du désert , ont disparu ; les champs qui étaient couverts de riche verdure, se sont convertis en bruyères de sables stériles; et quoiqu’on ne puisse pas préciser l’époque à laquelle l’Ophthal mie est devenue endémique en Egypte, il est plus que probable quelle date de la décadence de ce pays et de l’abrutissement de ses habitans. <
L’état actuel des Campagnes de Rome fournit un autre exemple de la fréquence des maladies dans les contrées non cultivées. Autrefois peuplées des plus belles Villa , et ne formant qu’un vaste jardin , ces Campagnes étaient considérées comme le séjour le plus enchanteur , tant sous le rapport de la salubrité du climat, que sous celui de la beauté et de la situation (i).
Maintenant dans le voisinage de Rome, il y a des plaines de plusieurs lieues détendue, qui offrent l’aspect des plus stériles déserts. Le petit nombre d’habitations que l’on voit sur les routes , sont des asiles de l’indigence. Une espece de fièvre rémittente qui y règne toute l’année, est si dangereuse, que dans beaucoup d’endroits on n’ose pas coucher une seule nuit hors de la ville ; souvent les riches quittent leurs maisons de campagne plus rapprochées de Rome, pour aller passer la saison malsaine dans leurs Villa plus éloignées , à Tivoli , Frascati , Aricia et autres lieux délicieux.
0) Voyez dans Plutarque , la vie de Crassus.
( 'ni )
L’insalubrité des Campagnes de Rome a beaucoup augmenté encore depuis que le gouvernement a fait détruire la plus grande partie des bois sacrés qui, pendant tant de siècles, avaient servi de barrière aux exhalaisons délétères qui, durant l’automne, s’élèvent des Marais Pontins , et qui , pendant cette saison, rendent très-dangereux le trajet de Rome à Naples. Il est aussi très-probable qu’en Egypte , la salubrité est beaucoup diminuée, par la destruction des bois qui étaient si abondons dans ce pays. Il paraît, d’après un passage de Pline , Et austros in Ægyptum penetrare jiegat Fabianus (i) , qu’il y avait d’épaisses forêts qui offraient une résistance invincible à l’influence destructive des vents brùlans du désert qui soufflent du midi à l'est.
Mais je m’éloigne trop de mon sujet; je crois en avoir dit assez dans cet ouvrage pour ne plus laisser aucun doute sur l’origine de cette Ophthalmie et les causes de son apparition en Europe.
(i) Plia. lib. i. sec. 46. Veutorum généra.
( viii )
Mon désir le plus vif est d’atteindre le but que je me suis proposé , celui d 'être utile à cette classe importante de la société, que l'on peut considérer, à juste titre, comme le plus ferme appui du trône et de l'indépendance de la patrie.
Aujourd’hui sur-tout que dans ce Royaume, comme chez tous les peuples qui sont régis constitutionnellement, la délense de la patrie est confiée à tous les habitans , que la loi appelle sous les armes les générations les plus précieuses , l’Etat est doublement intéressé à la conservation de ses légions ; et l’officier de santé militaire est devenu plus que jamais responsable du dépôt qui lui est confié, tant envers le Roi qu’envers les familles , qui sont en droit de réclamer pour leurs enfans une sollicitude qui ne se ralentisse jamais.