‹ Dissertation sur l'ophthalmie contagieuse qui règne dans quelques bataillons de l'armée des Pays-BasChapitre 9 sur 9 · III · texte numérisé non relu

III

saignée copieuse de lartère temporale droite , qui est suivie de la cessation de la douleur : nuit tranquille. Le 16 , accès de douleurs vers le soir. Le 17 , on administre quatre gros de kina , pour prévenir le retour du paroxysme ; ce traitement réussit ; le médicament est continué jusqu'au 20; on observe tous les jours un mieux sensible dans l’état des symptômes. Le 24 , il ne reste qu'une légère rougeur , pour laquelle on ordonne un vésicatoire. Le 27 , l’œil droit est pour ainsi dire dans 1 état naturel , mais l’œil gauche se trouve enflammé et douloureux ; on ouvre l’artère temporale gauche , et on fait usage des autres moyens employés pour T inflammation de l’œil droit. Le 11 novembre, le malade sort de l’hôpital parfaitement guéri.

Pierre Borms, soldat au 36. 6 bataillon de milice, entre à l’hôpital le 14 octobre 1818 , pour une ophthalmie séreuse des deux yeux, avec une forte céphalalgie. Le soir de son entrée on lui pratique la saignée des deux artères temporales; peu d’heures après , cessation de douleur : nuit tranquille. Le i5 , la rougeur et le larmoiement semblent avoir repris ; on prescrit les lotions camphrées et un vomitif ; un autre vomitif est ordonné le 16. Le 17 , la rougeur est brunâtre, et le larmoiement beaucoup diminué; on continue seulement avec les lotions camphrées. Le 23 , le malade fait observer que tous les après-dînés, il a le nez en-

chifrené et les yeux, lannoyans , et que vers les six heures du soir ces accidens disparaissent. Kina , quatre gros à prendre avant deux heures. L’enchifrenement et le larmoiement ne paraissent point ; le kina est continué jusqu’au 29. Le malade sort de l’hôpital, le 1." novembre, en parfaite santé.

Charles van Driessche , soldat au 3o.e bataillon de milice , d’une forte constitution , entre à l'hôpital le 3 août 1818 , pour une ophthalmie trèsintense, qui dure déjà depuis trois jours; lors de son entrée on lui trouve la langue chargée, le pouls plein et accéléré, le visage rouge et animé, le blanc des yeux très-injecté, la lumière occasionne une irritation et un larmoiement considérable; la saignée de l’artère temporale est pratiquée des deux côtés ; on applique feau camphrée sur les yeux , et le malade prend un éméticocathartique ; il rend par le vomissement une grande quantité de bile, et a beaucoup de déjections alvines , ce qui le soulage promptement et d’une manière marquée : il dort une grande partie de la nuit. Le 4 août, l'état aigu de l'inflammation est disparu , la rougeur est fort diminuée , le malade supporte la lumière ; les lotions d’eau camphrée sont continuées. Le 5 , tout est favorable , on emploie un léger collyre astringent. Le 1 1 , les yeux sont parfaitement sains, et le malade retourne quelques jours après à son bataillon.

Antoine Joseph Spiers , soldat au 36.* bataillon de milice , se rend à 1 hôpital le a3 juillet pour une ophthalmie grave , avec douleur lancinante dans le globe de l’œil, douleurs de tête, pulsations augmentées des artères temporales et larmoiement continuel. Artériotomie de deux côtés , fomentation d'eau camphrée et purgatif. Le 24» mieux sensible; le malade supporte facilement la lumière ; on continue avec l'eau camphrée, et on y ajoute un collyre opiacé appliqué deux fois par jour, ce qui suffit pour guérir. Cet homme rejoint son, bataillon le 16 août.

Jean-François Lafleche, soldat au 36.* bataillon de chasseurs, entre à l’hôpital le 16 octobre 1818, pour une ophthalmie très-intense des deux yeux , accompagnée d une céphalalgie très-forte et d’un écoulement muqueux abondant : une saignée de fartère temporale , pratiquée des deux côtés, aidée de l’application de l’eau camphrée, fait disparaître la céphalalgie. Le 17, diminution des symptômes; mais la langue indique un état saburral ; un émétique procure des vomissemens copieux. Le 18, douleur forte de l’œil droit ; écoulement augmenté. L’œil gauche est, pour ainsi dire, guéri, La douleur se manifestant tous les matins, depuis sept heures jusqu’à dix, on fait prendre au malade, le 19 au matin , avant sept heures, quatre gros de kina en poudre, et on fait quelques sca-

rifications à la conjonctive qui tapisse la face interne delà paupière inférieure droite; du reste, les lotions camphrées sont continuées. Ce jour, mieux remarquable dans l’œil droit. Le kina est répété le 20; depuis, absence totale des douleurs et un mieux proportionné des autres symptômes. Les memes remèdes sont continués jusqu’au 24. Le 2D , toute lophthalmie étant dissipée, le malade passe dans la salle des convalescens et sort de l’hôpital le 3i du même mois.

Jean-Jacques Debie, soldat au 36. e bataiilon de chasseurs, se trouvant le 23 avril à l exercice , ressent les yeux larmoyans et douloureux. Le 20 au soir, jour de son entrée à l’hôpital, on lui trouve les deux yeux , et principalement l’œil gauche , trèsenflammés. Le 26 au matin , il est saigné aux deux artères temporales, et les yeux sont fomentés avec l'eau camphrée. Le 29 , la bouche étant amère et la langue sale, un émétique est prescrit , suivi le lendemain d’une mixture saline , ce qui lui produit pendant ces deux jours des vomissemens et des selles abondantes. Le i.ermai on trouve plus de rougeur et plus d’inflammation aux yeux , et il en découle de nouveau une grande quantité de sérosité qui donne un sentiment d’àcreté; le pouls est plein et élevé; la langue est nette. On réitère la saignée à l'artère temporale gauche; le lendemain, mieux marqué, mais le 3,

l'inflammation reparaît de nouveau ; on fait appliquer douze sangsues aux tempes de chaque côté. Le 5 , ayant observé que les yeux étaient plus rouges et plus douloureux vers le soir , que la douleur se prolongeait même fort avant dans la nuit, on fixe ces paroxysmes par une bonne dose de kina, que l’on continue ensuite, mais en moindre quantité; depuis, mieux sensible. Le 10, la douleur est tout-à-fait disparue: cependant, la langue est de nouveau un peu chargée ; on abandonne momentanément l’usage du kina pour le remplacer par une mixture saline. Le 1 1 , un vésicatoire est apoliqué «à la région interscapulaire pour dissiper un reste de rougeur inflammatoire. Le 12, rougeur plus forte que la veille, larmoiement, sentiment douloureux au-dessus de l'orbite ; recours de nouveau et avec succès au kina , à la dose d’une demi-once. Le 10, mieux sensible et absence de douleur, continuation du même moyen. Guérison parfaite le 29 du même mois. Cet homme sort de 1 hôpital quelques jours après.

Jean Schietegat , soldat au 36.® bataillon de chasseurs, entre à 1 hôpital le 12 juillet 1818. Il raconte que deux jours auparavant, vers le soir, il avait été saisi d’une douleur vive au-dessus de l’orbite droite; que peu de temps après il se sentit l’œil de ce côté fortement enflammer , qu il en découlait continuellement une sérosité abondante, et qu’il lui

fut impossible de supporter un rayon de lumière. C’est dans cet état qu’il nous est amené le soir à huit heures. Le i3, les symptômes inflammatoires ont fait de grands progrès , les paupières de l'œil affecté sont tuméfiées, leur face interne est fortement enflammée , la caroncule lacrymale participe de l’inflammation ; on pratique surle-champ une ample saignée de l’artère temporale droite , et on fait des lotions d’eau camphrée. Le J4 , le malade éprouve des vives douleurs dans tout l’orbite de l’œil affecté; la conjonctive tuméfiée forme un bourrelet saillant autour de la cornée transparente ; il s’en écoule une matière puriforme abondante. La saignée de l’artère temporale est répétée , ainsi que les lotions camphrées; il y a un mieux immédiat. Le i5 au matin , la douleur est diminuée encore ; maïs vers le soir il y a un paroxysme manifeste, ce qui me détermine le 16 à avoir recours au kinas Ce médicament est continué pendant dix jours, ainsi que les lotions camphrées : bientôt la douleur est nulle , et tous les symptômes sont diminués d’intensité. Le 26, un vésicatoire est très-efiicacement appliqué. Ce moyen est réitéré quelque temps après avec le môme effet. On remarque le 10 août qu’il y a une legere ulcération de la cornée; elle est traitée par l’onguent ophthalmique. La guérison est parfaite le 6 septembre, et le malade sort de l’hôpital quelques jours après.

François Rouvroy, soldat au 36.e bataillon de milice, ressent , le 10 juin , veille de son entrée à l’hôpital, les premiers symptômes de l’ophthalmie : ses yeux sont douloureux , larmoyans et irrités, comme si on y eut introduit de la poussière ; rendu à l'hôpital, il se plaint d’une chaleur brûlante et de forte céphalalgie , le battement des artères est très-prononcé ; le malade ne supporte pas la lumière sans beaucoup de douleur ; les paupières sont gonllées, et à peine peut-on les écarter. Artériotomie aux deux tempes, lotions camphrées, bains des pieds. Le 12, la douleur est beaucoup diminuée, et en général tou3 les symptômes sont moindres ; mouchetures extérieures des paupières qui produisent un prompt dégorgement de ces parties ; il existe cependant un écoulement de matière purulente qui paraît encore dû à létat aigu de l'inflammation. Application de douze sangsues autour des paupières; les bains des pieds et les lotions camphrées sont continués; le soir, mieux prononcé. Le i3 la langue est couverte d’un enduit jaunâtre, le malade est constipé; on lui donne un émético - cathartique , qui le fait beaucoup évacuer. Le 20, état absolument chro-. nique , on fait des injections toniques et astrin-* gerites entre les paupières, ce qu’on continue pendant plusieurs jours. Le globe de l’œil reste intact. Les 27 et 3o, on fait l’excision de la conjonctive boursoufllée qui offre des granulations semblables à une substance fongueuse. Le surlendemain et

jours suivans on fait usage de l'onguent ophthalmique. Le 3 juillet on applique un vésicatoire entre les épaules, pour aider à faire dissiper le reste de la rougeur , et le malade est au terme de sa guérison le 11 juillet suivant.

Augustin Bruneel, soldat au 36.® bataillon de milice, entre à l’hôpital le 28 juin 1818, avec les symptômes d’une ophthalmie séreuse grave ; l'œil droit est seul affecté ; section de l’artère temporale de ce côté et fomentation d’eau camphrée sur l’œil malade. Le 24 les symptômes sont diminués d intensité ; la section de l’artère temporale est cependant répétée, et on prescrit en outre un vomitif, dans la vue de produire une révulsion en stimulant le canal intestinal. Ce dernier moyen ainsi que l’eau camphrée sont continués. Le 27 tous les symptômes sont augmentés: chaleur brûlante dans l’œil , céphalalgie, battement considérable des artères temporales, le malade ne peut supporter la plus faible lumière, la conjonctive est considérablement tuméfiée et forme un bourrelet autour de la cornée transparente ; il s’écoule des paupières une matière purulente très-abondante , on fait une troisième saignée de l’artère temporale, qui procure cette fois un soulagement très-sensible ; les lotions camphrées sont continuées, et on fait des injections astringentes entre les paupières. Le 29, on applique six sangsues à l’angle interne de l’œil malade-. Le 2 juillet, on fait l'excision de. quelques gra-

nidations ; depuis lors jusqu’au 5 , les symptômes diminuent insensiblement ; on sc borne à employer des lotions camphrées. Le 6 au soir , douleur très-forte , battement considérable de l’artère temporale droite, céphalalgie intense, face rouge et animée ; saignée de l’artère temporale du côté affecté. Mieux pendant trois jours. Le q-, la douleur de l’œil et du côté malade reparaît le soir ; elle augmente pendant la nuit ; on prescrit une quantité suffisante de kina pour couper l'accès , ce qui produit le meilleur effet. Le îo, point de douleur; le kina est continué jusqu’au 18. Le malade n éprouve plus aucune sensation incommode; tous les symptômes de l’ophthalmie sont dissipés ; il sort de 1 hôpital le 28 juillet.

Joseph Kinds, soldât au 36.® bataillon de chasseurs, s’est soustrait depuis quatre jours à la visite des officiers de santé. Ses yeux sont rouges et douloureux, sur-tout l’œil droit; il fait, sans succès, plusieurs remèdes qui lui sont indiqués par un pharmacien de la ville ; il entre à l’hôpital le iq juillet 1818; une forte saignée de l’artère temporale et les fomentations camphrées sont sans effet. Le 10, la langue est un peu chargée, le pouls est sans accélération, les yeux se trouvent dans le même état que la veille; la saignée de l’artère temporale est répétée, et on lui prescrit un émétique qui le fait rendre copieusement. Du reste , les fomentations sont continuées. Pendant quatre

jours, abattement des symptômes Le i5. rechute, tuméfaction des paupières avec rougeur érysipélateuse ; on peut à peine les écarter lune de l’autre; la surlace interne de la conjonctive ressemble à une substance fongueuse, iien découle une quantité abondante de matière purulente ; le malade ressent une forte douleur dans toute l'orbite. Une très-forte saignée des deux artères temporales et des mouchetures faites à la partie externe des paupières , procurent un soulagement très-marqué ; la journée et la nuit suivante sont assez calmes. Le 16, le gonflement des paupières est diminué, l’écoulement et la douleur aussi, mais la rougeur persiste : lotions camphrées. Le même jour, vers quatre heures après-midi, la douleur reprend avec beaucoup d'intensité, et continue jusqu'au lendemain huit heures du matin. Le 17 au matin , on trouve l'inflammation augmentée ; on pescrit une once de kina, à prendre avant quatre heures. Le paroxysme douloureux ne reparaît plus. Le kina est continué, en moindres doses , pendant huit jours consécutifs. Depuis l'emploi de ce remède et la cessation des accès , l’ophthalmie diminue tous les jours. Le a août, il ne reste de tous les symptômes qu’une légère rougeur , qui cède à un vésicatoire appliqué à la nuque. Le 16 août, la guérison est parfaite, et le malade sortde l’hôpital quelques jours après.

Godfroy Pierrard , soldat au 36.e bataillon de

chasseurs, entre à l'hôpital le 12 octobre 1818, pour une ophthalmie légère des deux yeux. Le jour de sou entrée, on le soumet au traitement nauséabond par le tartre émétique en lavage , et on applique des fomentations camphrées. Le 10 au matin , la maladie est empirée , et les symptômes de purulence se sont déclarés au plus haut degré ; on continue néanmoins l’émétique en lavage ; mais pendant la nuit les douleurs sont si fortes que le malade ne peut reposer. Le ï4» les yeux sont dans le même état de la veille, et en outre il y a battement considérable des artères temporales. L'artériotomie est pratiquée des deux cotés; immédiatement après cette déplétion , la douleur cesse et le malade se livre à un sommeil tranquille ; on continue les fomentations camphrées. Vers le trois heures après-dîner , exacerbation de tous les symptômes ; ce qui me détermine à répéter la double saignée des artères temporales et à administrer de suite le kina à la dose de six drachmes. Les premières heures de la nuit sont tranquilles; à deux heures insomnie et retour de la douleur. Le i5 au matin , les douleurs sont encore trèsfortes dans les globes des yeux, application de douze sangsues aux paupières , fomentations camphrées et bains des pieds ; le kina est donné à la dose d une once avant l'heure présumée de l’accès. La douleur est interrompue dans ses paroxysmes, et le malade se trouve dans un grand calme. Le 16, mieux sensible , la douleur est totalement disparue; on

juge cependant nécessaire de prescrire encore six drachmes de kina. On prescrit la même dose aussi le 17 , mais en moindre quantité. La Journée se passe très-bien, mais pendant la nuit la douleur reparaît principalement dans l’œil droit. Le 18, écoulement purulent; la douleur qui s'est déclarée la nuit précédente cesse vers les 5 heures du matin. On fait prendre derechef au malade une once de kina. La nuit se passe avec calme. Le 19, le gonflement des paupières et l’écoulement purulent sont moindres ; le kina est continué à raison de six drachmes par jour, jusqu'au 22 inclusivement. Du 20 au 27 , cette substance est donnée en petite quantité, et les symptômes sont tellement diminués , et les yeux se trouvent dans un état si favorable , que le malade est en état le 3o de passer dans la salle des convalescens.

Jean-Baptiste Buyse, soldat de la compagnie de dépôt du 07.® bataillon de milice, est envoyé à l'hôpital le 20 octobre 1818, pour une ophthalmie purulente des deux yeux ; il donne sur son cas les renseignemens suivans t le 19 il s’est trouvé enchifréné , et a ressenti vers les 9 heures du soir des frissons vagues; peu de temps après, les paupières se sont tuméfiées, principalement du côté droit, et il s’est établi un écoulement purulent accompagné d’une céphalalgie intense qui lui a empêché de se reposer la nuit. A son entrée à

i hôpital , le pouls est accéléré , la langue chargée, la peau sèche, il y a enchifrenement et céphalalgie ; les paupières sont si gonllées que le malade ne peut apercevoir aucun objet; il y a un écoulement abondant de matière purulente. Il est prescrit un vomitif qui procure des vomissemens copieux. Le soir, mieux très -marqué, le malade peut entrouvrir les paupières et distinguer les objets; on applique des fomentations camphrées sur les yeux; le malade repose toute la nuit. Le 2.1 à la visite du matin , il ne ressent aucune douleur , l’engorgement des paupières est en partie dissipé et lécoulement purulent diminué; 1 émétique est répété ainsi que l’eau camphrée. Vers les trois heures de l'après-dîner , il se plaint de douleur dans les deux yeux, et principalement du côté droit. La nuit il y a exacerbation du paroxysme douloureux , avec frissons suivis de chaleur. Le aa, douleur déchirante des deux yeux et de la tète , battement considérable des artères temporales, face animee , écoulement purulent abondant. Saignée des deux artères et bains des pieds ; cessation de la douleur, peu de temps après cette évacuation. Une once de kina est prescrite pour prendre avant trois heures, afin de prévenir le retour de la douleur qui ne reparaît point; la nuit est calme. Le 23, les symptômes sont encore diminués d’intensité, le fébrifuge et les lotions camphrées sont continuées. Le 27 au matin, tout est

bien , mais la douleur reparaît à trois heures aprèsmidi, et dure jusqu’à cinq heures du soir: le malade a manifestement un accès de lièvre. Le 28 , tous les symptômes de l inflammation sont tellement augmentés qu'il est nécessaire d’avoir recours à une lorte application de sangsues; le lendemain le kina est derechef donné à grandes doses , et on réussit enfin à fixer les paroxysmes, après quoi 1 ophthalmie est promptement guérie. Le malade passe dans la salie des convalescens le 14 novembre.

Pierre van Spree , soldat au 36. e bataillon de chasseurs, est reçu le 17 octobre 1818, pour une ophthalmie purulente des deux yeux; 1 invasion de la maladie s’est déclarée le 16 au soir , par une forte douleur. Le 17 au matin, les paupières sont tuméfiées extérieurement , et il existe un écoulement abondant de matière purulente: le malade éprouve des douleurs vives sans interruption ; elles sont accompagnées d’un mouvement considérable des artères temporales. Lors de son entrée , application de l’eau camphrée , bains des pieds et saignée des deux artères , ce qui fait cesser l’intensité de la céphalalgie, et rend la. nuit tranquille. Le 18, douleur et en général tous les symptômes diminués; beaucoup moins d’écoulement et de boursouflement des paupières Les applications camphrées et les bains des pieds sont continués jusqu'au 20. Le ^4» les paupières sont dégorgées, et tou* les symp-

tûmes propres à l’inflammation en partie dissipés; lotions d'eau froide. Le 27 , le malade se plaint qu'il s'écoule beaucoup de sérosité de l’œil droit, mais sans douleur ; pendant la nuit il ressent une douleur dans le globe de l’œil , et ne peut trouver son repos : ce symptôme est combattu avec succès par le kina. Le malade passe à la salle des coi> valescens le 19 novembre.

Pierre-Célestin Verbeeck, soldat aii36.e bataillon de chasseurs, est reçu à l’hôpital le 26 avril 1818, pour une ophthalmie purulente qui avait commencé subitement le 25 au soir, par une forte douleur dans les deux orbites, suivie immédiatement après dune tuméfaction considérable des paupières. Le 26, à ma visite du matin , le malade se plaint d’une douleur accablante dans les yeux et dans la tète; la conjonctive est fortement enflammée, il s'en écoule une quantité considérable de matière purulente ; les artères temporales sont très - développées ; du reste, le pouls ne dévie guère de son état naturel, et cette affection purement locale n’est pas accompagnée de symptômes généraux. On pratique sur-le-champ une ample saignée des deux artères temporales, et on couvre les yeux de compresses imbibées d’eau camphrée. Le 27 , peu de diminution des symptômes ; lotions camphrées , application de sangsues et mixture saline , dans la vue de procurer

un point d'irritation dans le canal intestinal. Nuit très-agitée, les douleurs sont, plus vives; le malade ne peut reposer. Le 28, même état, on applique derechef douze sangsues aux angles internes des paupières. Le 29 au matin , la tuméfaction des paupières est un peu diminuée, la rougeur érysipélateuse est dissipeé, 1 écoulement de la matière purulente n’est plus aussi abondant , et les douleurs sont calmées. Les fomentations camphrées sont continuées. Vers le soir, exacerbation des douleurs; le malade ne repose de toute la nuit. Le 3o au matin , prescription d’une dose sullisante de kina à prendre avant les 5 heures de l’aprèsmidi; dès le soir même la douleur est diminuée, le sommeil est tranquille ; le kina est continué pendant i5 jours consécutifs; l’écoulement se supprime insensiblement; les paupières se dégorgent et tous les symptômes de l’ophthalmie disparaissent progressivement, de sorte que le 16 mai il ne reste plus qu’une rougeur pâle de l'œil droit, qui cède à un léger collyre. Le 6 juin, le malade entièrement rétabli est à la veille de sortir de l’hôpital, lorsque, soit par un écart dans le régime, soit par une autre cause, il se déclare dahs la nuit une rechute , de sorte que le lendemain tous les symptômes sont au même degré d’intensité qu'on les avait vus le 26 avril. On a recours de suite à la saignée des artères temporales, ce qui amène un soulagement très-re-

marquable ; mais on est bientôt obligé d’administrer le kina, pour combattre des douleurs de tète périodiques. Le 20 juillet, tous les symptômes imflammaloires étant disparus, il ne reste qu'une grande sensibilité des yeux qui cède insensiblement au collyre opiacé composé avec le laudanum liquidum de Sydenham. Le 10 août, la guérison étant parfaite, ce militaire est renvoyé à son bataillon.

Ils sont très-multipliés les succès que j’ai eus par ce traitement combiné; mais je ne prolongerai pas inutilement le nombre de ces observations. Je supprimerai meme celles où j’ai du employer les altérans, les narcotiques et d autres. Je terminerai cette partie par une courte relation de quelques cas où la violence des symptômes fut telle qu’ils n’ont pu être maîtrisés par les moyens les plus énergiques et les plus promptement administrés.

Dominique Vermeiren, soldat au dépôt du 37.e bataillon de milice, est reçu à l’hôpital le i5 octobre 1818 , pour une ophthalmie assez grave de 1 œil gauche, les artères temporales n’étant pas trèssensibles , il est saigné au bras et traité par les bains des pieds et les lotions d’eau camphrées. Le 16 , point de changement : on prescrit un émétique qui est répété les 17 et 18 , il en résulte des vomissemens copieux. Le ig , soulagement de douleur, seulement la rougeur continue. Le 20, mieux

sensible ; jusqu’au 25 , tout va bien. Le 27 , re* chute , écoulement séreux très-abondant , forte douleur des deux yeux , mais principalement du droit , pulsations très-fortes des artères temporales, gonflement des paupières , etc., saignée des deux artères, lotions camphrées. Le 28, tous les symptômes sont empirés, application de douze sangsues , kina une once à prendre avant deux heures de l'après-dîner , époque de l’exacerbation de la douleur; nuit paisible. Le 29, mieux marqué, les médicamens sont continués aujourd’hui et les deux jours suivans. Le 1." novembre, tous les symptômes sont augmentés en intensité , le malade éprouve des douleurs atroces dans l’œil droit ; ces douleurs cessent tout-à-coup par la rupture de la cornée transparente qui permet la sortie des fluides , et ce malade a le malheur de perdre l’œil droit.

Louis-François Maes, soldat au 36.* bataillon de milice , est reçu à l’hôpital le 6 octobre 1818 , pour une ophthaîmie purulente au plus haut degré d'intensité. L’invasion de la maladie a lieu le 5 au soir , et se déclare par une forte céphalalgie, suivie de douleurs puisatives dans les globes des yeux et d’un écoulement abondant de matière purulente; la nuit est très-agitée et le malade ressent un accès de fièvre. Lors de son entrée, 011 observe un mouvement considérable des artères temporales: les

paupières sont fortement gonflées et l’écoulement est augmenté, les douleurs sont insupportables; le pouls n'est cependant pas beaucoup accéléré. Saignée copieuse des deux artères et fomentations froides. La douleur n'en est pas soulagée ; le soir, les symptômes sont au même degré d'intensité; on répète l'artériotomie aux deux tempes, et on y ajoute des bains des pieds. La douleur cesse toutà-coup vers les onze heures de la nuit ; le malade dort tranquillement ; mais on voit le lendemain que , dans ce court espace de temps, il a perdu la vue par la rupture des membranes des yeux , que les humeurs qu'elles renfermaient se sont écoulées , et que 1 iris est tombée en partie au-dehors. La violence des symptômes , la terminaison rapidement fatale de cette maladie nont pas permis d’employer ici tous les moyens dont se compose le traitement; il en a été de même du cas suivant,

Charles Nicolas, caporal au 36/ bataillon des chasseurs, est reçu à l’hôpital le 2+ octobre 1818, pour une ophthalmie peu intense à l’œil droit , qui est combattue par le traitement antiphlogistique. Le 26, rechute pendant la nuit ; le malade offre, le 27 , à la visite du matin, tous les symptômes d'une violente ophthalmie purulente des deux yeux, contre laquelle on emploie en vain les saignées drs artères temporales , les fomentations froides et autres moyens ; le liina ne pouvant être administré

ici à cause de la permanence de la douleur. Dans la nuit du 28, les souffrances cessent tout-à-coup; le lendemain, on aperçoit que les cornées sont éclatées.

Joseph Cremette , soldat au 36.e bataillon de chasseurs , est conduit à l’hôpital le 12 octobre 1818, ayant une ophthalmie purulente des deux yeux , survenue le jour avant. Au moment de son entrée, il est saigné aux artères temporales, et douze sangsues lui sont appliquées. Néanmoins, la nuit est très-agitée. Le 10, scarification de la conjonctive boursouflée , usage de l’émétique d’après la méthode de M. Adams ; les douleurs sont très-fortes encore f>endant la nuit. Le 14, douleurs diminuées, écoulement moindre; mais la rougeur des yeux est considérable. Pendant les trois jours qu’on fait usage de l’émétique , les nuits sont tranquilles. Pendant la nuit du 16 au 17, le malade est accablé d’une douleur très-forte dans les globes des yeux ; cette douleur diminue sensiblement vers le matin. On a recours au kina, à une grande dose ; mais cette lois le paroxysme douloureux n’est pas intercepté par ce médicament; la douleur se manifeste vers les onze heures, elle est précédée de frissons, et dure jusqu'à six heures du matin avec une violence extrême. Le îqau matin, saignée aux deux artères; le malade prend une once de kina dans la soirée ; la nuit est très -tranquille , la douleur considérablement diminuée Le 20, on répète le kina encore à la

( rôl )

dose d’une once , à prendre en quatre lois pendant la soirée; nonobstant, un fort accès de douleur a lieu, qui dure depuis deux jusqu’à six heures. Le 2 1 , les yeux sont encore très-enflammés et larmoyans , la langue est chargée d un enduit muqueux ; sangsues et émétique. Le soir, on a derechef recours au kina ; point de douleurs , le malade dort d’un sommeil tranquille pendant une grande partie de la nuit. Le 22 , on répète le kina; la douleur est absente et le malade jouit de toute la tranquillité possible. Cet état continue jusqu’au 24, lorsque, par un changement survenu dans la température , il y a subitement une rechute violente, et que tous les symptômes inflammatoires montent au plus haut degré d'intensité. On réitère en vain les déplétions sanguines, le kina et les applications réfrigérantes pour combattre l’inflammation et les douleurs périodiques. Je vois avec peine, le lendemain de cet accident, que la cornée des deux yeux est éclatée et qu’une partie de l’iris a fait irruption par ces ouvertures.

Ces dernières observations prouvent la difïicullé d’arrêter le cours de cette ophthalmie et le danger dont elle est accompagnée : non-seulement elles justifient pleinement les moyens décisifs que j’ai recommandés dans cette dissertation , mais elles prouvent en même temps la nécessité d’avoir recours aux mesures qui pourraient prévenir et détruire pour toujours cette maladie , et c’est ce qui m’a engagé à présenter ici quelques vues à cet égard.

Des moyens de prévenir et de détruire cette ophthalmie dans nos troupes.

Avant de parler des moyens prophylactiques proprement dits, je dois faire observer qu’il est de la plus haute importance pour l'hygiène que le traitement de cette ophthalmie soit dirigé d'après les principes dictés par l’expérience, et qu’on n’y emploie que les moyens dont l’efficacité est reconnue. En agissant ainsi on préviendra souvent le développement de la maladie , et on évitera qu’il se forme une nouvelle somme de miasmes contagieux qui serviraient à la propager et à l’entretenir.

Parmi les moyens de prévenir et de détruire cette ophthalmie , le logement du soldat mérite d’abord d’être pris en considération. 11 est du plus grand intérêt que les hommes soient spacieusement logés, et sous ce rapport il serait à désirer que Sa Majesté voulût ordonner de faire une inspection générale de toutes les casernes du Royaume , dans l’intention de remédier à l’insalubrité de celles qui, par leur construction vicieuse intérieure, sont un foyer continuel de maladie.

Il est nécessaire que, dans les casernes des ba-

taillons où la maladie règne, les lits soient placés h une grande distance les uns des autres , et que l'on empêche qu'un trop grand nombre d’hommes ne demeurent dans une même chambre, pour que l’air y conserve toujours un certain degré de pureté.

Pour atteindre ce but , il faut que, dans ces chambres , comme dans tous les autres logemens militaires de garnison , où l’espace n’est pas proportionné au nombre d’individus qui doivent y demeurer, il y ait une grande circulation d’air, soit par les ouvertures des cheminées, si elles sont assez larges, soit à l’aide de ventilateurs pratiqués dans les parois de la chambre, et qu’on laisse constamment ouverts. Je me suis vu dans la nécessité, dans les casernes de Gand , pendant plusieurs étés, de devoir faire ôter les portes pour éviter le méphytisme de l’air; ce moyen a beaucoup contribué à arrêter les progrès des maladies.

Par la même raison, les hommes ne peuvent rester dans leurs chambres que pour le strict besoin. Quand le temps et les localités le permettent , ils doivent nettoyer leurs effets en plein air, et laisser la porte de leur chambre ouverte.

La plus grande propreté doit régner chez les soldats et dans leurs chambres. Il doit être défendu de les récurer avec de l’eau , sur-tout pendant le temps humide et au rez-de-chaussée.

Dans le cas d'infection reconnue , on fera de

fréquentes fumigations acides, en ayant la précaution d ouvrir ensuite les portes et les croisées, pour y laisser entrer une grande quantité d air , afin que ces lurnigations ne deviennent pas une cause stimulante pour les yeux ; de même on doit interdire d’y fumer du tabac.

Les literies et les habits de ceux qui sont affectés de lophthalmie doivent être soigneusement lavés et désinfectés par les fumigations.

Les hommes sortant des hôpitaux où ils ont été traités pour l ophthalmie , doivent subir à la caserne une espèce de quarantaine : ils doivent être logés à part pendant quinze jours au moins, être exempts d’exercices et. d'école pendant cette époque, et conduits tous les jours à la promenade, si le temps le permet.

Si dans un bataillon le nombre d’hommes qui ont été infectés de cette ophthalrnie est considérable , on évitera autant que possible la communication entre ce bataillon et les autres troupes de la garnison.

Il convient que tous les bataillons ainsi infectés soient campés durant la belle saison , pendant deux ou trois mois, sur un lieu sec et élevé. L’habitation permanente dans l’air est un des moyens les plus ellicaces pour détruire cette contagion.

Aussitôt que l ophthalmie s'est déclarée dans un. bataillon , les officiers de santé doivent le visiter chaque jour, et envoyer de suite à l’iiôpilal tous

ceux qui en sont trouvés atteints. 11 est nécessaire dans ces visites de faire attention à la plus petite irritation ou rougeur des yeux.

Dans les hôpitaux ils seront traités dans des salles particulières, on y séparera les ophthalmies graves des ophthalmies légères, et les convalescens des autres ; on agira à cet égard comme il est dit pag. 5 y et suiv.

Les chefs et les officiers de santé d’un bataillon qui est infecté de l’ophthalmie , doivent ordonner que les hommes se lavent fréquemment les yeux avec de l’eau froide, sans que la même eau puisse servir à plus d’un individu. Ces lotions fréquentes, comme aussi l’air frais , fortifient les parties organiques de l’œil , et sont un préservatif efficace.

On évitera aussi que les hommes nouvellement guéris de l’ophthalmie , ainsi que ceux chez qui les yeux ont conservé un certain degré de sensibilité , ne s'exposent pas à une trop grande lumière , qui pourrait irriter ces organes.

J’ose croire que la pratique assidue de ces moyens , pourrait suffire à prévenir la propagation ultérieure de cette ophthalmie, et peut-être à dô^ truire dans nos troupes cette fatale contagion.

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