‹ Dissertation sur la vie et la doctrine d' AnaxagoreChapitre 1 sur 10 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

La doctrine d'Anaxagore a été , dans les derniers temps , l^objet de remarquables travaux eu Allemagne, et elle le méritait par son importance : elle est le dernier mot de Técole ionienne , et par Tintroduçtion d^un nouveau principe dans la philosophie, elle inaugure en quelque sorte toutes les spéculations spiritua* listes ultérieures. Avec Anaxagore, commeie dit Aristote, le monde se réveille d'un long sommeil^ Tintelligence est trouvée. Mai^^ ce que n'a point vu Aristote, ce qui distingue surtout Anaxagore de tous les philosophes anciens , c'est la sagacité avec laquelle il a su faire la part de l'intelligence et de la matière, et établir entre ces deux principes une alliance qui , après lui ,

fut à jamais rompue. Physicien avant tout^ il demande compte à la matière de tout ce qu^elle peut expliquer; quand elle lui fait défaut, il recourt h un principe supérieur ; il place l'intelligence au sommet de son système comme raison dernière , sans se croire dispensé par là de rechercher les causes secondaires des phénomènes particuliers. Mais^ ce qui à nos yeux peut passer pour un titre de gloire, devait au contraire, dans Tantiquité^ être un obstacle invincible à la propagation de cette doctrine. Placé à la limite de deux mondes, Anaxagore n^a trouvé nulle part déjuges impartiaux ; attaqué par les physiciens dont il avait abandonné les traces ; attaqué par les métaphysiciens , qui ne trouvaient point chez lui assez de force et de développements , il ne nous est parvenu que morcelé et déGguré. 11 ne pouvait point même laisser d'école qui conservât intact le dépôt de ses doctrines : la destinée de tous les novateurs est d'être bientôt dépassés , souvent méconnus par ceux qui ont profité de leurs découvertes. Ainsi s'expliquent les jugements contradictoires des anciens , d'Aristote lui-même, sur Anaxagore, et toutes ces obscurités que les recherches ingénieuses des critiques modernes n'ont point complètement dissipées.

Nous aiiroQs à étudier Anaxagore sous un double point de vue , en tant qu'il a continué les travaux des physiciens ^ et en tant qu'il a doéé la science de ce principe si fécond de riotelligence. Méme^près lesremarqudJ^lesdévelappements que cette notion a reçus dans Tantiquité et dans les temps modernes , il n'est point inutile de recbercber sa formation première , et de constater commet lamarcbe naturellede Tesprit humain^ dut par une sorte de nécessité logique, l'amener à prendre rang dans la philosophie.

Nous ae nous somn^s point cadfé qu'il y a témérité à aborder ce sujet après Carus , H^msen^ Ritter , Schaubach et tant d'auti*es ; mais le grand nombre de dissertations qui , dans un court intervalle de temps, ont été écrites sur cette matière , ne prouve nullement qu'elle soit épuisée; on se tromperait, d'ailleurs, si~ l'on espérait trouver dans chacun de ces ouvrages une grande part d'originalité. Schom etPanzerbteter n'ont guère fait que mettre en ordre les fragments d'Auaxagore; Schaubach^ très-complet d'ailleurs , laisse cependant à désirer quant à l'exposition de la doctrine ; Carus 9 qui possédait une connaissance profonde de la philosophie d'Anaxagore , ne l'a envisagée que sous un

point de vue spécial ; Hemsen , dans sa dissertation historico- philosophique sur Anaxagore^ et Ritter y dans rhistoire de la philosophie ionienne , ont seuls traité la question à peu près complètement. Mais, si tout est connu d^une manière générale^ un grand nombre de points restent à éclaircir. Pour ne citer que quelques exemples, la nature et le caractère des homéoméries n^ont point été nettement déterminés; la doctrine de la connaissance diaprés Anaxagore^ doctrine sur laquelle répand une vive lumière un fragment de Théophraste^ a été partout négligée; enfin , rinfluence d^An^^âgore sur les écoles postérieures , et eii particulier sur Tune des branches de Técole de Platon , est à peine indiquée et peut donner lieu à d^ utiles recherches.

On peut fa ire beaucoup d'hypothèses sur unsystème aussi vaste et aussi controversé que celui d' Anaxagore ; nous avons dû nous mettre en garde surtout contre cette tendance qu'ont les historiens à chercher leurs propres idées dans les doctrines qu'ils apprécient ; Ritter veut retrouver les monades de Leibnitz dans les homéoméries; Platon ^ Aristote et les commentateurs anciens ne sont point à l'abri de ce reproche. Ari«

tote, malgré son impartialité , soumet Anaxagore au niveau de sa propre doctrine; Simplicius lui prête ses idées néoplatoniciennes ; guides excellents , lorsquMls se bornent à exposer : les auteurs anciens ne doivent être consultés qu^avec défiance , toutes les fois quMIs commentent et interprètent. Aussi nous avons considéré comme le seul témoignage irrécusable celui d^Anaxagore lui-même , et nous avons fait des fragments conservés par Simplicius la base de notre travail.

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