QUATRIÈME PARTIE
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Les vices que nous avons signalés chez Anaxagore expliquent la destinée de son système dans Fantiquité : obli* gé de faire roote entre deox doctrines opposées , il les a sacrifiées Tune et FanUre ; il ne peut donc compter ni sur les partisans de Texpérience, nisur ceux de ia raison. Physiciens et métaphysiciens se réunissent au contraire pour l'attaquer, et ses disciples eux-mêmes , entrâmes par la tendance générale , s'écartent bientôt de son enseigne^ meot pour subir Tinfluence des écoles opposées. Ce qu'il a réuni est de nouveau square ; l'expérience et la raison ont chacune leur domiaine ; elles s'éloignent de plus en plus , et dans ce conflit Anaxagore ne trouve pas {dus grâce devant Socrate et Platon que devant Diogène d' A« poUonie et Démocrite. La partie physique de son systè*me avait surtout peu de chances d'avenir : appuyée sur une hypothèse gratuite , la conception des homéoméries infinies, mal justifiée par l'observation, elle ne pouvait lutter avec avantage contre les spéculations beauecNip plus simples et plus vraisemblables d'Anaximène et d'Hé^ raclite. Archélaùs l'abandonne en partie pour revenir au
principe des transformations; Démocrite la rombat avec succès ; Eadoxe essaie en vain de la rajeunir , en l'associant aux dogmes platoniciens. Après ceUe tentative infructueuse , il n'en est plus question dans la philosophie que comme d'une doctrine historique et définitivement abandonnée. Mais si l'ensemble de ses vues sur l'organisation du monde matériel n'a pas survécu, Anaxagore n'en a pas moimit^eBdu un service signalé à ia physique par la réaction qu'il a provofipi«e>«l d'uR ^««edléon peut démêler même dans les systèmes opposés le reflet de ses opinions et les emprums fréquents faits à quelques points particuliers de sa doctrine.
âccupM»-iMMi6 d'abord des philosophes qai se sont tttlachéB plus spécialement au poitt de vne expànmental et à i'w^icalion des phénomènes.
Nous ne possédons que peu de détails sur Archélaâs , et encore sent^its le pins souvent contradictoires. Selon l^mplieius (1), «il s'efforce de donner quelques idées à » M propres snr Torigine du monde et le reste des cho- »ses; mais dans la réalité il roconnait les mêmes princi- »peB <|n'Anaxagore. » D'autres historiens, par exemple Stdbée, Origène, SextusEmpincus, hri attribuent des opinions qui s'accordent «ssez mal atec celles de son maître et ^i semblent même annoncer une sorte de réaction »
(â) Simplic. io Phys. Arisit., I , f. 6, b. 'A/o^s^mç h (dv rv
àfiXJ^ç là tàç avr«c ilhmw ûvntp * kv^imyQfiaç, cf. Sînipl. de cœlo, f. 148, b.; Aiigu«t. cir. I>«ij viiz , 2*
nn retour aox idées des pbysieieiis* On peut oepefidanl concilier ces cernons différentes et trewerdam A&axftgore loi-méme le piinelpe des changements cfn^Areké-^ laâs fit subir à sa doctrine. Nous a^eiis vu qu'Anuxaforê; tout eu admettant qu'aucun élément n*est pur et hom^-gène y que tout est dans tout, avait cependant, par une sorte de concession aux idées reçues , considéré Tair et le feû , le se^ et l'humide comme les principes des choses, et avait employé les éléments à peu près de la même manière qaHéraoHte et Anaxîmine. D'un autre coté, il avait quelquefois laissé sommeiller l'intelligence pour rapporter à l'action du chaud et du froid inhérents aux homéomériesun grand nombre de phénomènes. Ces divers points de vue , qui n'étaient d'abord qu'accessoires , furent développés par Archélaus, et acquirent même chez lui as-' sez d'importance pour faire oublier complètement la doctrine du mélange et Faction suprême de rintelltgenee. H admet à la vérité le mélange primitif (1) , mais on ne voit pas qu'il en tienne grand con^e par la suite. Il tire de l'air tous les autres éléments de la même manière qu'A*naximène ; et , par une sorte de transformation (2) , « l'air infini, en se condensant et en se raréfiant, produit Teau et le feu (S). » Nous voici bien loin d'Anaxagore. Arcbélaus s'en écarte encore plus dans ce qu'il dit de l'origine du mouvement : Le chaud et le froid sont les causes de ta
(1) Origen. Philos. , c. 9.
(2) Plut. Plac. ,1,3; Sext. Euip. Adr. Math. , ix , ddO ; Stob. Eclog. Phys. , p. 298.
(3) Plut. 1, c.
prodiiclioa (1). Ils eageûdrenl le mouvemeiit en se séparant l'un de Tautre ; le cbaud est en mouvement ; le froid est en repos (2). Du reste , rien qui iodic^ue chez lui un retour à rinteUigenee ; les ej[plieations purement physiques ont définitivement repris le dessus. L'intelligence qu'il place au dessus du ipélange matériel (5) n'a rien à voir dans l'organisation du monde (4) ; bien plus , elle ne se distingue pas même des éléments matériels; elle est un mélange (5) comme tout le reste ; la divinité est composée d'air et d'intelligence (6). Disciple peu habile , aussi mauvais théologien que physicien , il n'a fait qu'exagérer les défauts du système d'Anaxagore sans y ajouter aucune vérité importante ; il prétend comme lui que l'intelligence habite dans tous les êtres (7); mais il n'en fait aucun usage « ce qui équivaut presque à la supprimer. Dans la physique il associe sans discernement Anaxagore, Thaïes, Anaximène , et n'arrive qu'à un syncrétisme dépourvu de toute valeur philosophique.
La description de l'organisation première que nous ont conser^'ée Origène (8) et Diogène de Laërte (9) ne pré-
Ci) Diog. L. , II. 16.
(2) Origen. Philos. , c. 9.
(3) Glém. Alex. Cohort. , p. 64.
(4) Stob., Eclog. Phys. , p. 56. oO ^vtoc xo9fA07roeov tov voOv. (6) Orig. Philos. , c. 9.
(6) Stob. , 1. c.
(7)biog.,l. Il, 17.
(8) Philos. , c. g, (6) IL 17.
sente aacmie trace d'originalité ; il emprunte à Thaïes les transformations de l'eau ; à Anaxagore l'action de la cha* leur sur la terre , la disposition des éléments sonsFinfluence dû mouvement circulaire ; il reproduit également sa doctrine sur la formation graduelle des animaux et leur imperfection primitive. « Lorsque la terre , située dans les i> régions inférieures » se fut échauffée , les animaux se for • » mèrent sous Tactioo de la chaleur et de Thumidité ; ils D différaient les uns des autres , mais tous se nourrissaient » égaleraient dulimon de la terre. Ils vivaient peu de temps » 9 d'abord ; plus tard ils purent se reproduire entre eux. dLos hommes furent séparés des autres animaux , et se j» donnèrent des chefs , des lois; ils inventèrent les arts,. » et bâtirent des villes (1 ) . »
Les travaux d'Arcbélaus sur la morale ont plus de titres à nos éloges » non point qu'il soit toujours arrivé à dés principes irréprochables ; mais , le premier , il a appelé l'attention sur ]a philosophie pratique ; ses recherches sur les lois , le bien et le juste ont préparé une théorie plus complète de la morale ; il forme le lien entre Anaxagore et cette grande école de moraUstes qui reconnaissait Socrate pour chef. Cependant il a sur ce point , comme sur tout le reste » dévié des principes de son maître. Anaxagore, considérant l'intelligence éternelle comme la cause de tout bien , et plaçant le bonheur dans la contemplation des lois invariables de l'univers, admettait au moins implicitement que le juste était immuable et indépendant des conventions
(1) Origen. , 1. c.
hvmaiines ; Arehëhâs , au contrant , âissit qoe le hk» 4s^ le mal dàriTaient non de la nature, mais de la kn, «û fùm, à»à v6fK>> (1); RHter (2) essaie de^ donner à eMe^ asseiHieti nn sens pins BHHral» ^^ entend par yôpioc Tor^ gsHÛsation inteffigente opposée à la nature matéririle» fùfTtç ; mais cette interprétation nn pen subtile ne s'accorde gnère avec le caractère du système d* Arebâaôs, Si Ton ùttt attention de plus qu'il était contemporain des so- I^istes^etquePolns (5), qui Ait yraisemblaUement son disciple, avait adopté la mémeformule , et Fentendadt dans son sens le {dus étroit , on sera forcé de reconnaître qu*en revenant à une expHcation exclusivement physique de la nature , il avait accepté en morale toutes les conséquences de sa cosmologie. Socrate, en proclamant l'existence du divin dans l'IiMome et dans l'univers, et en faisant de la notion de Dieu le centre de la morale , était resté bien plus fid^ qu'Arcliélaâs à la pensée d'Anaxagore.
Pendant que la philosophie d'Anaxagore se décomposait entre les mains d'Archélans sous l'influence des doctrines opposées, eUe réagissait à son tour sur ces mêmes doctrines , et les forçait à compter avec elle. Il résulta de ces rapports une tentative de fusion entre la notion d^intefligence et les principes matériels des physiciens ; on en trouve les premières traces dans Diogène d'Apollonie. Nous avons déjà cité les témoignages qui rattachent Dio-
(1) Dipg. Laçrt. » 1, c
(2) Hist. de la Phil. anc. , liv. m , ch. 9.
(3) Gorgias.
gène à Aaaxagore; en particulier celui de Simplicias, d'après lequel illui aurait beaucoup emprunté. Les frag* ments du Traité de la nature de Diogène, quoique peu nombreux , confirment pleinement cette assertion : s'il a reproduit en général la manière de Toir d' Anaximène , il est facile cependant de signaler chez lui un certain nombre d'idées qui ne dérivent pas de cette source, et qu^on pourrait même regarder comme une concession imprudente faite aux doctrines théologiques. D'un autre côté, la rigueur qu'il veut introduire dans son argumentation, le besoin qu'il éprouve, conune il le dit lui-même, de recourir à un principe incontestable, semble indiquer l'existence simultanée d'une doctrine opposée contre laquelle il a à lutter ; car ce n'est que dans le conflit des doctrines que se révèle la nécessité a d'un principe évident, d'une exposition simple et grave (1) o ; les premiers philosophes affirment et ne discutent pas. Or , parmi les contemporains deDiogène d'ApoUonie, nous ne trouvons qu'Anaxagore qui professe des opinions opposées aux siennes. La suite de sa discussion dénote les mêmes prér occupations ; il commence par déclarer que ce tous les êtres proviennent de la transformation d'un seul et même principe m ,(3) et attaque ceux qui ont admis la pluralité des causes. A qui peut s'adresser cette réfutation ? Ce n'est
(1) Aoyou TravTOç àp;^ô/x«vov îoxife fAOt x/^swv civat tiiv àpyriiv
Âp. Diog. Laërt., vi , 2 ; ix , 9.
(2) Ap. Simpl. phys., f. 32, b.
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oî à Heraclite ni à Anaximène , qui sur ce poÎDt ét^nl d'accord avec lui; il n'est guère probaiile qu'il ah ea ea vue ADaximaiidre , dont la doctrine déjà ancienne était à peu près oubliée; reste donc Anaxagore; et ce qui îostifie cette supposition , c'est qu'il conleste le mélange et l'action réciproque des contraires : « Si les élé- » ments diiïèrent de nature, ils ne pourront Se mélanger B et agir les uns sur les autres, o (1)
Mais ce ne sont là encore que des rapports indirects ; la notion d'intelligence qu'il introduit, fort inconsidérément du reste, au milieu d'un système tout physique, ne peut avoir été empruntée qu'à Auasagore. Avant lui, tous les Ioniens considéraîent l'action des éléments comme fatale et déterminée par des lois invariables. Heraclite et Anaiimène regardent le feu et l'eau comme des causes de vie et de lùouvemeot ; mais ils suppriment tonte idée de liberté et de gonvemement providentiel ; en cela ils pe montrent parfaitement conséquents à leurs principes. On s'expliquerait difBcilémént qiie Diogëhe , fidèle à leurs procédés , renfermé comme eux dans l'explication matérielle des phénomènes , se fût montré inconséquent an point d'attribuer à l'air la liberté et l'intelligence; ces notions pouvaient bien s'imposer à lui par une sorte de violence; elles ne pouvaient êtl^e un résukat de la méthode qu'il avait adoptée. On conçoit aisé' ment au contraire que , l'action de l'intelligence une fois proclamée, il cherche à expliqua de son point de Vue
(Il Ap. âiiipl.,1. c.
Tordre et rharmonie imiverselle qu'il est désormais im*^ possible de nier , et qu*il remplace un agent purement mécanique par un principe doué de liberté et de sagesse. £!'est là §ans doute un de ces emprunts dont parle Simplicius. Après avoir dit que « F air est tout puissant , i> éternel et immortel, qu'il connaît beaucoup de choses ( 1), » qu'il est doué d'une grande intelligence, » (2) il ajoute : « Il ne serait.pas possible que tout fût bien distribué sans » intelligence , qu'il y eût un ordre parfait dans les alterx> natives de l'hiver et de Tété , du jour et de la puit , de » la pluie, du vent et du beau temps. Que l'on réfléchisse » sur tout le reste, et on y trouvera un ordre admirable. » Il ne se contente même pas de montrer ainsi d'une manière générale l'action de Tintelligence, vonatç. Il cherche à expliquer tous les modes de la pensée au moyen de l'air intelligent; il lui rapporte l'unité et la variété dans l'ordre des faits intellectuels tout aussi bien que dans l'univers matériel. En un mot, la conception d'intelligence n'est pas vaguement proclamée par lui , et ensuite négligée; il l'invoque à chaque instant, il en fait même un usage plus fréquent qu'Ànaxagore dans l'explication des phénomènes particuliers ; mais en même temps il lui ôte toute sa dignité , toute sa valeur, en la confondant avec le principe matériel ; chez lui le voOç devient voyi^tiç c'està-dire un simple attribut au lieu d'une substance indépendante. Nous considérerons donc avec Simplicius le
(1) Simpl. f. 33 , a.
{2)Simpl. f. 32, b.
système de Diogène comme une réaction contre Anaxa^ gore; réaction peu intelligente sans doute, mais qui eut l'avantage de faire mieux ressortir encore rincompatibilité des deux principes et de préparer une distinction plus profonde. Désormais il ne sera plus question d'air ou d'éther intelligent et libre ; le domaine de la physique et celui de la théologie seront définitivement séparés.
Démocrite , qu'on peut regarder comme le dernier des physiciens , ne conserve que peu de rapports avec Anaxagore. Plus profond qu'Archélaiis et Diogène , en même temps qu'il est plus exclusif, il revient avec raison au dogme de la nécessité, le seul compatible avec la supposition d'agents matériels. S'il a dû quelque chose au physicien de Glazomène, les emprunts ne portent que sur des points sans importance ; il le combat bien plus qu'il ne l'imite (1).
Après Démocrite, les recherches sur la nature perdent faveur ; la méthode expérimentale est oubliée ; Socrate la repousse; Platon partage ses préjugés contre elle. Aussi, à partir de Socrate, la physique n'occupe-t-elle plus qu'un rang secondaire dans l'ensemble de la philosophie ; elle est subordonnée à une science supérieure , et devient une sorte d'appendice de l'ontologie.
Il serait difficile de suivre dans Platon les traces de la physique d'Anaxagore ; il le confond presque avec les so-
(1) Les arguments par lesquels il établit l'existence des atomes paraissent dirigés aussi bien contre Anaxagore que contre les Éléates.
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phisteft auxquels il a fourni des disciples, et conteste même ses plus beaux titres de gloire. A cette époque d*ailleurs , les diverses spéculations naturelles se sont tellement mêlées qu'on ne peut retrouver les vestiges effacés de chacune d'elles dans les systèmes de toutes pièces construits par les philosophes postérieurs. Eudoxe , astronome platonicien (1), essaya cependant de renouveler la doctrine des homéoméries ; mais cette tentative n'est nullement scientifique , et n'offre guères qu'un intérêt de curiosité^ Associant Anaxagore et Platon , il disait que a l'existence » de chaque être résultait Vu mélange des idées dans les » objets qui en participent (2) .Ainsi, la blancheur est cause de l'objet blanc auquel elle se mêle (5), et de même pour tout le reste, a La prédominance donne à chaque chose » son caractère , et en fait de la chair, du blanc, etc. (4) » ff Cette opinion, qui eut quelques partisants, dit Aristote, » est vraiment trop mal fondée, et il serait aisé d'entasser j> contre elle une multitude d'objections insolubles (5) . o En effet , il ne pouvait y avoir aucun rapport entre les homéoméries, éléments matériels et substance des choses, et les idées immatérielles de Platon. Non seulement Eudoxe réunit les défauts des deux systèmes , mais il les affaiblit et les détruit l'un par l'autre. Les idées conçues coijjme matérielles perdent le caractère de généralité qui
(1) Asclep. in Arist., met, i, 7.
(2) Alex. Aphrod. in h. 1.
(3) Arist., met, i, 7.
(4) Asclep., Le.
(5) Arist., I. c.
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les distingiie dans Platon; elles sont seulement dans les choses, e( n'ont pkis d'e^^tence indépendante. D*an autre cèxé, les iioméoméries iétant as^nûiées aux idées, on ne ¥oit p0s tropcomopent on peut en tirer les êtres matériels, i m^ms qu'on n'omette ayec Platon une matière indélei!i»0^ée d9ll$ Jaquelle l^ idées ou homéoméries se réaiM9n(. 'E^ideininjsnt £udoxe is!est laissé abuser par une ifwsee ;apparence d'analogie. Anai^agQre , .disant qu'il y a de itovt en tout , ^t qne les propriétés des ^oméomérias ne se manifestent qu'imparfaitement ,dsns le3 complexes, aemble se rapprocjier de Platon, Jorsque.celui-ci affirme qu!us)e même idée se reproduit dans tous le^ êtres de iffiême espèce, et que l'idée est voilée par la matière; mais les différences l'emportent de beaucoup s^ir les ressemblances. Chez Platon, l'idée est une; elle se reproduit sans se diviser. Chez Anaxagore , au contraire, les homéoméries sont.multiples veilles, d'un être ne sont pasi celles d'un autre être celles ne produisent pas à titre de principes supérieurs; elles se réunissent seulement, en taniqu'élé- .OMnts .matériels 9 sous l'action d'une cause toute puis^ saute.
Le syncrétisme d'Euxode était par trop grossier pour avoir quelque chance; d'avenir; aussi n'en rencontre-t*on aucim .vestige après lui dans la philosophie grecque. La doctrine physique d'Anaxagore avait fait son temps, et il était désormais impossible de la restaurer et de la rajeunir. Aristote, qui s'en est beaucoup occupé , ne l'a traitée qu'en historien , et ne lui a rien emprunté ; il en est de même de Théophraste et des autres péripatéticiens. Les épicuriens, les néoplatoniciens ne la citent que pour la
Combattre , jusqu'à ce qu'elle disparûeee toul*»-f ait le naufrage de la philosophie ancienne (1).
Quant à sa théologie , l'influence fut plus remarquable et plus durable ; car on peut appliquer à la notion d'^intelligence ce qu'il disait lui-même du mouvement |[»rimitif : dans l'impulsion première étaiefnl contenus tous les mou^vements ultérieurs et rarrangémènt futur du inonde ; Tidée d'un moteur indépendant renfermait également en germé toute la théologie. La conception d*Qn Dieu organisateur et providentiel , avec tous les développements qu'elle a reçus chez les anciens et chez les modernes, se rattache ddnc directement à Anaxagore. Il est juste ce<^ pendant de reconnaître que si Socrate , Platon et tant d'autres ont profité de ses travaux , et n'ont fait que les contiilUer, ils ont du cependant abandonner sa méthode et ajouter la raison à l'expérience. Anaxagore avait découvert de nouvelles contrées ; ils les ont explorées avec un guide plus sûr, et leur ont donné des lois. A part la différence de méthode , Socrate s'écarte peu d'Anaxagore , dans tout ce qui a trait à la théologie. Gomme lui , il prend la notion de la divinité pour l'objet suprême de
(1) Saint Irénée {Çonlra hœre8,u^ 14) signale un emprunt fait à Anaxagore par les Yalentiniens : « Anaxagore, surnommé l'A- » thée , prétendait que les animaux avalent été produits par des v semences tombées du ciel sur la terre ; les Yalentiniens trans- » portent ce caractère aux semences de leur mère (Achamoth), et » disent qu'ils sont eux-mêmes des germes de ce genre. » Nous avons peine à croire qu' Anaxagore ait été pour rien dans les opinions hérétiques combattues par Tévéque de Lyon.
la morale et le terme de Tactivité humaine (1). Il établit l'identité de la raison universelle et de l'âme raisonnable do l'homme. Enfin , il s'applique à montrer dans l'ordre universel l'action de l'intelligence (2) ; mais en prenant son point de départ dans la conscience , en proclamant l'autorité de la raison, il engage la science dans une voie nouvelle, et prépare, non moins qu' Anaxagore , les progrès et l'organisation de la théologie.
L'élément pythagoricien qui prédomine dans Platon, et l'importance exclusive accordée à la méthode socratique , ne permettent guère de suivre plus loin l'influence d'Anaxagore. Il suffira de remarquer que la notion de Dieu conserva toujours chez les Grecs quelque chose de son origine expérimentale. Ni Platon ni Aristote ne se sont élevés jusqu'à Fidée d'une intelligence créatrice, et toute la philosophie aocienne, avant le Christianisme, admit avec Anaxagore l'existence coét^nelle de Dieu et de la matière.
(1) Xénoph. memor.f iv, 3.
(2) Xénoph. memor., i , 4.