‹ Dissertation sur le Cancer de L'uterus no.217Chapitre 5 sur 8 · SUR · texte numérisé non relu

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Les femmes sont exposées à des affections nombreuses particulières à leur sexe, qui tirent leur source principalement des lésions de l’u térus où de l’altération de ses fonctions.

On ne saurait trop s'attacher à la connaissance exacte de ces maladies, d'abord parce qu'elles sont très-comnrunes, ensuite qu’elles portent à chaque instant le trouble dans l’économie par les souffrances qu'elles occasionnent.

Les anciens avaient bien senti combien était important ce viscère. Ils s'étaient formé sur sdn organisation et sur le rôle qu'il joue dans l’économie des idées erronées, mais sur le traitement ils avaient des vues sages ct fondées sur une bonne observation.

Les maladies qui peuvent se développer à la matrice sont trop nombreuses pour pouvoir, dans une thèse, donner à toutes le degré d'extension qui leur convient. Je me bornerai à faire l'histoire du squirrhe, du cancer, affections qui se rencontrent si souvent.

Quel sentiment douloureux éprouve le médecin en lisant dans presque tous les auteurs : Le cancer est excessivement fréquent, il est aussi indéfinissable qu’incurable. Cet arrêt est-il donc en dernier

. (07 | ressort ? Il est vrai, le cancer est loin d’être connu ; mais serait-il à jamais impossible, comme semblent je dire les auteurs, d’en connaître la nature, et par suite les moyens propres à le combattre? Gardons-nous de le croire. Le siècle auquel toutes les parties de l’art de guérir doivent tant de découvertes, qui a jeté un nouveau lustre non-seulement sur toutes les sciences naturelles, mais encore sur toutes les sciences en général, resterait-il en arrière sur un point aussi important?

Si l’on ouvre les ouvrages des anciens, on sera étonné des idées nombreuses qui ont été émises sur la natureet le siége du cancer: ainsi Hippocrate, ayant observé que les femmes tristes et mélancoliques, dont les règles fluaient difficilement, étaient fréquemment affeciées de cancer , crut devoir placer la cause de cette maladie dans J’atrabile, ou levain corrupteur qui fermente daus les humeurs. Galien, Celse, Arétée, et la plupart des anciens, ne firent que développer l'idée du père de la médecine. Ambroise Paré aîttribuait cette maladie à une humeur maligne et rongeante ; il comparait son äction à celle qu’exercerait sur les tissus organiques un crabe de mer. a

Lapeyronie , Quesnay, Petit, ont prétenda que dans le cancer la lymphe s'épaississait eE se convertissait en une sanie rongeante. Ledran rapporte au vice de la Iymphe la production du cancer, M. Pelle-

tan pense que le cancer résulte de l’altération, de l’épaississement et

de la concrétion de la lymphe dans la partie affectée, Crow/ort l'attrbue à un gaz hydrogène sulfuré, quelques docteurs anglais à un oxyde d'azote. Hunter, Adams croient que le cancer dépend d’un ver globuleux qu'ils nomment hydatide. :

Actuellement la science se trouve partagée; les uns adoptent les anciennes idées , les autres en placent la cause dans linflammation. Pinel, dans sa Nosograpliie philosophique, dit que l’ulcération, le squirrhe et le cancer sont les suites de linflammation chronique de ‘la matrice. Gardien le regarde comme provenant des différens degrés de la métrite chronique. M. Broussais attribue à l'irritation l’origine des lésions dont il s’agit. MM. Dupuytren et Laennec penchent pour

cette dernière opinion. MM. Breschet et Ferrus partagent cette idée. M. Lisfranc dit que cette maladie est presque toujours la suite d’une inflammation; ce qui me porte à croire que cette maladie est le résultat de l’inflammation, c’est que si l’on consulte la thérapeutique, l'on verra que par le moyen des antiphlogistiques , des topiques émolliens, l’on a procuré la résolution de divers engorgemens cancéreux.

L'inflammation ne paraît pas toujours, dit-on : mais nous savons que si elle a son siége dans les vaisseaux lymphatiques, les symptômes sont plus obscurs que si elle occupait les tissus doués d'une grande énergie, comme, par exemple, le réseau capillaire sanguin. Il est incontestable qu'il existe entre le cancer et les autres maladies une diffé. rence bien tranchée. Lecat n’a-t-il pas dit, dans un mémoire publié, dans les Prix de l'Académie de chirurgie, que les vaisseaux blancs nourriciers étant engorgés par irritation constituaient le cancer. |

Maintenant qu’il paraît évident que le cancer est le résultat de l'inflammation, je vais examiner les définitions qui ont été données par les auteurs. Je trouve dans M. Boyer (Traité des maladies chirurgicales) : « La maladie connue sous le nom de cancer présente des va- « riétés si nombreuses et si grandes, qu’il est impossible de les ca- «ractériser par une définition générale.» Éclairés par l'anatomie pathologique, plusieurs auteurs ont rejeté cette opinion; et suivant le résultat de leurs recherches, cette affection se trouve définie de différentes manières; ainsi M. Andral dit, dans son Précis d'anatomie pathologique : « À mon avis,» le cancer n’est pas une altération à « part. Toutes les lésions, soit de nutrition, soit de sécrétion, arri- « vées à ce terme où on les voit se terminer par une ulcération qui « étend de plus en plus ses ravages, soit en superficie, soit en profon- + deur, voilà le cancer.» Bayle et Laennec ont dit que le cancer était une maladie sui generis caractérisée par la présence des tissus squirrheux et encéphaloïdes, soit isolés , soit combinés. Les anciens disaient que le cancer était une maladie susceptible de repulluler. Peyrilhe et M. le professeur Richerand le regardent comme indéfinissable.

Quoique disposé à rendre justice à nos laborieux investigateurs. à mettre à profit le résultat de leurs travaux, je trouve les maladies connues sous le nom de cancer trop nombreuses et trop différentes pour qu'une définition puisse leur convenir à toutes sans exception. En effet, comment caractériser dans une même description des ulcères , des tumeurs, des excavations, des fongosités, des indurations, des ramollissemens, différences que nous offrent les maladies cancéreuses? Mais, dira-t-on , pourquoi réunir sous une même dénomination une foule de maladies aussi dissemblables ? Je répondrai que ces maladies ont entre elles certains rapports qui-sont pour le praticien d’une grande importance, lesquels rapports cependant ne suffisent pas pour établir une définition générale complète.

Contagion. ZLAGUTUS Lusrranus rapporte que trois garçons furent attaqués du cancer pour avoir couché avec leur mère qui mourut de cette maladie. On dit que Smith, chirurgien à Londres, mourut d’un cancer à la langue pour aÿoir mis sur cet organe une goutte de pus d’un cancer de la mamelle qu’il venait d’exciser. MM. Alibert et Biett ont fait grand nombre d'expériences sur ce sujet. Ils ont poussé l'amour de la science jusqu’à, s’inoculer du virus cancéreux; rien de fâcheux n’est arrivé à la suite de leurs expériences hardies et courageuses. Des animaux ont élé nourris avec des tumeurs cancéreuses: par M. Dupuytren; ils n'ont.jamais donné aucun signe d'infection. Il m'est arrivé à la Pitié de recevoir les émanations de cancers en supruration pendant un temps assez long, de panser pendant toute une année des femmes atteintes de cette cruelle maladie, sans que ma santé -en ait éprouvé la moindre atteinte, M. Lisfranc, qui a disséqué grand nombre de cancers, qui a touché beaucou p de personnes infectées , regarde la contagion comme non avenue. Les auteurs déjà cités ad-

mettent comme contagion ce qui ne tient qu’à une disposition parti-

.culière, qui n'attend en quelque sorte qu’une cause occasionelle pour développer la maladie.

(ui)

Hérédité. Peyrirne doute que le cancer puisse être transmis par la génération. Boerhaave cite l'exemple d’une famille dont tous les individus périssaient de cancer au foie. Bayle le regarde héréditaire, comme la teigne, la phthisie pulmonaire; quelques auteurs dignes de confiance pensent qu'il est héréditaire, et rapportent des faits pour appuyer leur opinion. De ce que toute une famille a succombé à une affection, on ne peut pas en conclure qu'il existe un germe. un virus cancéreux héréditaire, puisque chaque individu atteint peut s’exposer à l'influence des causes nécessaires au développement de la maladie. Tout ce dont on pourrait hériter serait une organisation dans laquelle la prédominance de tel ou tel système, certaines dispositions des organes qu'on n’a pu apprécier rendraient la production du cancer plus ou moins facile Si le cancer est héréditaire , l’on pourra regarder cômme héréditaires les ophthalmies, les maux de gorge, et une foule de maladies propres à une seule famille; ce qui, dans l’état actuel de la science , n’est pas admissible.

Si tous les tissus qui composent nos organes peuvent être le siége du cancer, il en est sans doute qui, plus exposés à l’inflammation, parce que leur organisation est plus délicate et leur sensibilité plus exquise , sont par conséquent plus suceptihles de passer à l’état d’induration squirrheuse, et de là à la dégenérescence cancéreuse; de ce nombre est sans contredit la matrice , dont la structure dense, serrée, compacte, surtout au col, doit rendre son endurcissement squirrheux plus facile. et plus prompt. Un autre motif qui fait que l'utérus est si communément affecté de maladie cancéreuse , c'est que cet organe est essentiellement constitué par du tissu fibro-celluleux, et que M. Cruveilhier a été conduit par ses recherches et expériences à regarder comme élément organique affecté dans le cancer le tissu fibro-celluleux. Outre cette affreuse prédilection, une foule d’autres causes viennent augmenter cette affection.

Causes. Comme dans la plupart des maladies, elles peuvent être divisées en prédisposantes où générales, en déterminantes ou locales.

fa) Parmi les premières, jé placerai l’âge, le tempérament , les habitudes , la manière de vivre, etc. j Le cancer de l'utérus est observé à tous les âges, bien qu'on dise qu'il soit plus fréquent chez les femmes qui vont cesser d'être réglées qu'aux autres époques de la vie. Dionis a observé que sur vingt femmes cancéreuses, quinze le sont entre quarante-cinq et cinquante ans. M. Richerand dit: « Au temps de la cessation des règles, l’organe, de- «venu inutile, est très-susceptible de le contracter. » Dans les salles de M. Lisfranc, on ne rencontre que des femmes de vingt-cinq à trentecinq ans. Il est possible que cela provienne de ce que ces personnes, usant beaucoup de l’organe de la reproduction, entretiennent continuellement une irritation capable de contracter cette affection. .- Les femmes douées d’un tempérament nerveux , et par conséquent très-sensibles , et enclines aux passions vives de l'âme, telles qu’une grande joie, une forte colère, y sont fréquemment sujettes. Celles qui : sont d’un tempérament mélancolique n'y sont pas moins exposées. Sur quarante-quatre observations dans lesquelles le tempérament originaire a pu être caractérisé, M. Breschet dit que le lymphatique s'est montré vingt fois, le sanguin douze, le bilieux huit, le nerveux quatre. Les femmes sont plus disposées que les hommes à contracter ceile maladie. La différence est dans la proportion de cinq à deux; dans l'enfance , la proportion est égale entre les garçons et les filles ; cependant ces dernières y sont plus exposées, ; | Cette maladie est plus commune dans les grandes villes que dans les campagnes, soit qu'une plus grande population fournisse plus fréquemment l’occasion de l’observer , soit qu’elle dépende du genre de vie des personnes qui en sont atteintes, ou du déréglement de nos mœurs: Sile cancer de l'utérus est plus fréquent de nos jours qu'il ne l'était autrefois, c'est que l'anatomie pathologique est cultivée avec plus d’ardeur et plus de facilité, que le langage médicalest plus exact et plus précis ; il n’est donc plus fréquent que parce qu'il est mieux connu , et plus facilement constaté lorsque les malades ont succombé.

Causes déterminantes ou locales. Elles sont très-nombreuses. Le choc dans le coït résultant de la disproportion des organes génitaux, les ‘coups, les chutes, les contusions, les manœuvres coupables pour provoquer l'avortement , la présence d’un corps étranger dans le vagin, tel qu’un pessaire, une éponge, etc., etc. ; l'alternative du froid et du chaud, la suppression d’évacuations habituelles, la répercussion des dartres ou d’autres éruptions ; l'emploi trop souvent répété des émétiques, des purgatifs; l'abus des liqueurs alcoholiques, les drastiques employés par un grand nombre de charlatans , et quantité de remèdes universels, auxquels le public, et surtout les femmes, accordent une confiance vraiment déplorable ; la suppression des lochies, des menstrues; leur écoulement trop abondant ; les jouissances prématurées ou trop multipliées. M. Richerand rapporte que sur quarante-sept femmes affectées de cancer, onze avaient joui du commerce des - hommes avant la puberté, sept à l’époque de cette révolution critique; le plus grand nombre avaient été stériles, et presque toutes plongées dans de violens chagrins. Roderic à Castro a remarqué que la mauvaise habitude des chauffereties dont les femmes se servent en hiver avait produit plusieurs cancers à la matrice. Quelques praticiens ont nié que le virus vénérien fût la çause du cancer; ils prétendent que les ulcères syphilitiques ne se-développent pas sur le col de l'utérus, mais seulement à l’orifice du vagin et aux grandes lèvres. M. Ricord nous en a montré plusieurs cas à l'hôpital des Vénériens. Morgagni , Bayle et M. Cullerier , confirment que le col de la matrice a été affecté d’ulcères de diverses natures, liées à une diathèse véné-

rienne , scrophuleuse , lesquels ont présenté des symptômes analogues à ceux du cancer.

Invasion et symptômes. Lorsqu'il existe au col de la matrice et au reste de l'organe une induration squirrheuse, les femmes n’éprouvent qu'uné douleur légère , obscure, accompagnée d’un faible sentiment de pesanteur dans le bassin; peu à peu cette douleur augmente; elles se plaignent d’une irrégularité dans la menstruation : cette hémorrhagie périodique devient plus abondante, ou bien on

la voit se renouveler deux ou trois fois par mois; d'autres fois c’est une perte continuelle. Généralement ou porte peu d'attention aux personnes qui accusent des pertes; on se contente de prescrire les moyens propres à les combattre, sans en tirer les conséquences qu'elles sont presque toujours liées à une affection des organes de la reproduction. M. Lisfranc dit, et je crois avec raison’: La métrorrhagie est à l'utérus ce que l'hémoptysie est au poumon. D’autres fois, cette perte est suivie d’un flux leucorrhoïque fétide de peu de consistance, ou d’un écoulement d'eau sanguinolente ou roussâtre. Les douleürs qui, dans le principe, étaient légères et obscures, deviennent profondes ; elles augmentent d'intensité, elles font éprouver de la pesanteur dans lhypogastre, dans les aines, et surtout aux lombes. Souvent il ‘arrive que les douleurs sont si peu vives, que plusieurs mois se passent sans que la malade soit dérangée le moins du monde de ses affaires doméstiques. Le cancer, en suivant ses périodes, augmente les douleurs; elles deviennent lancinantes, surtout au col de l'utérus, se propagent aux aines, aux lombes, dans les hanches, à la partie interne des cuisses, quelquefois dans le ventre. À ces symptômes, toujours croissans, le museau de tanche augmente de volume, et rend douloureuse l'union des deux sexes , qui dans ce cas est suivie de l'émission de quelques gouttes de sang. Si l'on porte le doigt sur le col de l'utérus, on. trouve que le volume est très- considérable , que son tissu est d’une dureté et d'une solidité extraordinairés. La santé ne paraît cependant pas altérée. Bientôt les douleurs deviennent plus vives, les élancemens plus pronôncés , les pertes plus abondantes, l'écoulement muqueux plus fétide, l'excrétion des urires et des matières fécales très-douloureuse: Si l'on touche le museau de tanche, on aperçoit des inégalités au col et un ramollissement Le M À cette époque, l'économie commence à recevoir l'impression de l'organe inalade; 1 regard devient triste, abattu , tout annonce une faiblesse extrême: le teint est pâle, plombé, avec quelques nuances bleuâtres ; les traits sont grippés, les lèvres livides , les yeux sont enfoncés dans leurs or-

bites, les pupilles dilatées ; en un mot, le visage porte le caractère de la souffrance et du découragement. La peau devient jaune paille, cadavéreuse; les chairs mollasses et blafardes; la face est bouffe, pâte ; le dégoût pour les alimens augmente de jour en ‘our; les malades sont tourmentées par des diarrhées colliquatives ; le pouls devient petit, misérable; les membres pelviens sont faibles ; la fièvre hectique , les sueurs nocturnes, l’œdématie aux membres inférieurs, enfin la mort vient terminer tant de douleurs, et couper le fil d’une existence aussi déplorable et offrant tant de dégoüts.

Marche , durée. Elles varient à l'infini : tantôt le squirrhe est indolent, le ramollissement se fait lentement ; d’autres fois il parcourt rapidement ses périodes, et sa prompte ulcération produit en peu de temps les désordres les plus graves. Ces différences dépendent de conditions diverses, de l’intensité des causes prédisposantes qui y ont donné lieu , et du mode de traitement qui a exaspéré ou diminué les symptômes.

Terminaison. Elle dépend de la période plus ou moins avancée dans laquelle se trouve cette affection ; ce n’est qu'au lit du malade, et au moyen d’une observation très-attentive , que l’on peut décider si elle sera heureuse ou malheureuse. Si dans le principe on est resté spectaleur oisif, qu'on n'ait opposé aucun traitement pour arrêter l'affection cancéreuse; en un mot, que la maladie, de locale. qu’elle

était, soit devenue générale, elle tendra sans cesse à s’aggraver , et la mort sera inévitable.

Diagnostic. Il est quelquefois fort difficile de décider sur la nature d'une tumeur en apparence cancéreuse. M. Boyer dit que la récidive après lextirpation est la seule circonstance propre à lever tous les doutes. 11 arrive souvent que la récidive n’a pas lieu. J’ai observé à la Pitié grand nombre de personnes chez qui la maladie n'a pas re-

(16) paru ; on avait cependant bien caractérisé le cancer. Je ne veux point

conclure que la récidive est une chose rare; mais je crois pouvoir porter dans beaucoup de cas un jugement certain sur une affection

cancéreuse saus attendre que la récidive se manifeste. On peut con-

fondre le cancer avec beaucoup de maladies. MM. Bayle et Cayol ont signalé les fleurs blanches, qui ne sont jamais que le symptôme d'une affection quelconque de l'utérus ou du vagin. l'allongement du col, observé par M. Lallement ; inflammation chronique, les corps fibreux , les polypes simples, enfin l’ulcère simple. M. Gardien admet seulement l'inflammation chronique, le squirrhe, l’ulcère simple et le cancer. M. Dupuytren , conservant la classification de . M. Gardien, ajoute l’exulcération muqueuse et les polypes cellulovasculaires. L'exulcération est plus fréquente qu'on ne le pense. M. Ricord, dans son service à lhôpital des Vénériens, nous en a montré un nombre considérable. De nos jours , les moyens d’investigation se trouvent très-multipliés. A l’aide du spéculum et du toucher on sera moins exposé à commettre des erreurs."De peur de devenir fastidieux, je me suis abstenu de donner les caractères. différentiels de ces maladies, persuadé qu’à l’aide des moyens indiqués et avec un peu d'habitude de voir ce genre d'affection, les méprises ne pourront avoir lieu. s

Il est certaines circonstances où le spéculum ne peut être introduit sans causer des accidens ; ainsi, par ‘exemple, si l’on était appelé auprès d’une femme vierge ou chez laquelle l’hymen se serait réuni et cicatrisé, ou bien chez une personne dont le périnée, après une couche, auraitété déchiré, et dont le-vagin, par suite dela cicatrisation, se serait rétréci, il faudrait s'abstenir de l'employer. S'il existait une inflammation de vagin, l'introduction du spéculum pourrait augmenter la phlegmasie , et serait par là même dangereuse. Si à l’entrée du vagin il se trouvait un polype, un champignon volumineux, il serait téméraire de mettre cet instrument en usage. Hors ces cas, l’introduction du spéculum est indispensable pour bien connaître l’état morbide de l'utérus.

Le toucher est un des points pratiques le plus important et en même temps le plus difficile. Il faut donc, pour en retirer quelque fruit, avoir une grande habitude, et donner à la malade une position convenable. La position debout est la plus avantageuse; les organes, cédant à leur propre poids, sont portés en bas, et le doigt peut les palper plus aisément.

On peut toucher une femme par l’hypogastre, le rectum et le vagin : ce dernier moyen étant le plus fréquent. je vais en dire deux mots. L’index de la main droite doit être enduit d’un corps gras, surtout d’huile; le beurre ou le cérat, contenant des grumeaux, pourraient en imposer pour le diagnostic. L'index de la main droite ainsi préparé, on presse sur la région hypogastrique avec la main gauche pour faire descendre. l'utérus. Quand l'ouverture du vagin est étroite, il faut pénétrer lentement dans cette cavité, afin d'éviter les douleurs à la malade. A mesure qu'on pénètre, on décrit des zones en remontant pour toucher tous les points de la surface du vagin, et examiner s’il n’y a pas quelque affection de ceité membrane. Arrivé au col de l'utérus, il faut toucher d’abord le centre, essayer si l’on ne peut pas entrer dans l'intérieur : souvent l'ouverture cest assez dilatée pour le permettre. Quand en palpant le col on trouve*du ramollissement, il est presque inévitable que l'intérieur soit à l'état normal. Dans certains cas, la pulpe du doigt rencontre des inégalités situées sur le col; souvent elles ne sont que le résultat de cicatrices produites par quelques déchirures dans l'accouchement; prévenu, on se tiendra sur ses gardes, et on ne confondra pas les inégalités, les points durs que présentent ces cicatrices, avèc des indurations pathologiques. La consistance du col est variable selon l’époque des règles; chez les vieilles femmes, il est très-dur; chez celles qui portent des pessaires, on le rencontre d’une mollesse extrême, mais ce n'est pas cette mollesse des tissus lardacés,

Caractères anatomiques. Vans le plus grand nombre des cas, c'est par le col de l'utérus que le carcinome commence, très-rarement par sa surface interne. Tantôt la matière squirrheuse ou cérébriforme

, qui le compose, ou les deux réunies, sont entremélées dans le tissu

‘de la matrice; tantôt, au contraire, il n'existe qu'un ulcère du tissu . même de cet organe, qui est parsemé de bourgeons charnus, inégaux , rougeâtres , blanchâtres , ou recouverts de fongosités où d’une sorte de putrilage de couleur variable et d’une odeur très: fétide. Lorsque le col n’a pas été détruit, on trouve son tissu parfaitement sain à quelques lignes de la surface de l’ulcère , et son volume n'est pas augmenté; sa surface interne est alors livide, tuméfiée et

ardoisée. Si l’ulcère a commencé par l'intérieur de la matrice, son

volume est considérable ; la couche fongueuse qui le recouvre est excessivement épaisse; le museau de tanche est. noirâtre, tuméfié et changé en tissu lardacé. Souvent la partie supérieure du vagin et les annexes de l’utérus participent à cette désorganisation.

Quelques auteurs voulant tout expliquer, ayant la témérité de dé+

voiler les secrets de la nature, ont nié l'existence d’une cause occulte, d’une diathèse particulière, ‘et ils ont dit : « Si au lieu de se laisser

aveugler par des idées préconçues on suivait les progrès de la saine « physiologie, on n'aurait pas recours à des causes occultes, à l’exis- ‘« tence d’une diathèse particulière pour se rendre compte d’un « phénomène aussi naturel ; n'est-il pas clair que la suppression d’une « évacuation habituelle, à laquelle l'économie était habituée, doit « donner lieu à des congestions, à des inflammations ? et l'expérience « ne vient-elle pas confirmer cette assertion ? » (Costin.). Lorsque le squirrhe est à l’état aigu, qu'il arrive chez les femmes à l'époque critique, il paraît assez-raisonnable de s'exprimer ainsi ; mais dans le cas où on Je rencontre chez de jeunes femmes exemples de suppressions et de toute espèce d'affections utérines excessivement graves , qui ne manifestent leur présence par aucun signe, qui ne donnent lieu à aucune douleur, qui ne diminuent en aucune manière l’embonpoint et la fraîcheur des sujets qui en sont atteints À - n'est-il pas de la saine philosophie d'admettre qu'il existe quelque chose dans l'organisme qui ne peut être apprécié, dont on sent les effets sans en connaître la cause?

(19 ) Le cancer est à l'état aigu ou à l’état chronique, comme l’a fort bien démontré Sabatier ; il est superficiel ou profond, ainsi que le prouve M. Lisfranc dans un excellent mémoire qu'il a publié.

Traitement médical. la division que je viens d'établir me servira de base pour la thérapeutique; mais, il faut l'avouer, les moyens médicinaux ne réussissent pas toujours; cela vient de ce qu’on est rarement consulté au début. Une fausse honte, une pudenr mal placée, et peut-être aussi le peu d'intensité des symptômes, engagent les fenumes à taire leur état, et à ne pas s’en occuper, et la plupart n'invoquent les secours de la médecine que lorsque la maladie a fait de grands progrès : aussi dans ce cas voit-on souvent les médicamens les mieux dirigés avoir de l’insuccès.

Si la maladie est à l’état aigu , on doit s'appliquer à modérer, à détruire , s’il est possible, le mouvement fluxionnaire dont l'utérus est le siége. Ce principe , post par le père de la médecine, a été suivi par Galien ; Heister, A. Paré, Ledran. Morgagni rapporte que F’alsalva a guéri des cancers de l'utérus par des saignées au nombre de quatre par ar, deux au printemps et deux en automne. M. Treille a publié dans les Annales de la médecine physiologique plusieurs observations de cancers guéris par l'emploi combiné des antiphlogistiques et des narcotiques. Ce moyen, préconisé de nos jours par Fearon et Hufeland, est devenu fondamental dans la science. Le célèbre Ant. Petit dit que le cancer qui succède aux coups, aux irrégularités de la menstruation, se guérit facilement par les saignées et les sangsues. Cette affection réclame l’emploi énergique et long-temps continué des antiphlogistiqueset des révulsifs, surtout si le sujetest jeune, pléthorique. S'il y a suppression de menstrues, les saignées au bràs procurent, dans ce cas, un soulagement remarquable. Si la femme est d’une constitution faible , on devra encore insister sur ces Moyens, mais avec ménagement : les évacuatious sanguines devront être plus rares , la quantité de sang extraite moins grande , afin de pouvoir y reyenir plus souvent si le cas est urgent. Ces saignécs ont pour but

( 20 ) de donner au sang plutôt une autre direction que de désemplir le système sanguin. Dans tous les cas, il faut respecter l'époque des règles, ct ne jamais pratiquer d'évacuation sanguine huit jours au moins avant leur apparition. Les saignées locales et le repos le plus absolu ont été conseillés. ù

On a recommandé l'application des sangsues à la partie interne.et supérieure des cuisses, aux grandes lèvres, au périnée, à la région inguinale. Cette méthode est excellente si l'on veut rappeler les règles brusquement supprimées; mais dans tout autre cas il sera préférable de les placer à la partie postérieure du sacrum. Les vaisseaux du sacrum ayant des directions moins directes avec ceux de l'utérus,on évitera uné congeslion dans le bassin qui deviendrait plus funeste qu’utile. A l'aide du spéculum, on porte directement les sangsues sur le col de l’organe: M. Guilbert a réussi dans beaucoup de circonstances. J'ai vu, et M. Lisfranc a observé que les morsures de ces vers se convertissaient souvent en autant d’ulcérations carcinomateuses.

Ce traitement devra être secondé par les bains généraux tièdes, les bains de siége, les injections émollientes , les fomentations de même nature, les cataplasmes demi-liquides introduits et maintenus dans le vagin. Aces moyens on associera les antispasmodiques et les narcotiques; ainsi les décoctions de têtes de pavots, de morelle,de jusquiame, de ciguë, devront être mises.en usage. On a administré la poudre, les extraits de ciguë à l’intérieur; cette substance a été particulièrement vantée par Storch, mais a échoué entre les mains de J. Burus. M. Fourcade assure avoir vu quatre à cinq gouttes d'acide phosphorique étendues dans une grande quantité de véhicule procurer beaucoup de soulagement. Dans la méthode iatralectique de M. Chrétien, on trouve des cas de guérison de squirrhe de l'utérus par l'emploi de l’oxyde d'or en frictions sur la langue et quelquefois sur la face interne des lèvres de la vulve. M. Bayle a administré ce médicament chez deux malades ‘affectées de cancer : quoiqu'il eût pris les précautions indiquées par M. Chrétien, les deux malades ont succombé sans avoir éprouvé aucun soulagement. Quand les douleurs sont très-vives , rien ne m'a

paru plus efficace qu’un lavement composé avec camphre, un gros ; assa-fœtida, vingt grains dissous dans un jaune d'œuf,

Si l'aspect des ulcérations, des douleurs concomitantes ou des signes commémoratifs faisaient soupconner que l'affection est due au virus vénérien, les anti-syphilitiques devraient être administrés et pourraient réussir, comine les observations de M. Cullerier en donnent la preuve. M. Lisfranc a obtenu des guérisons dans les mêmes circonstances.

Une diète sévère devra aïder à la résolution ; on la proportionnera à l'idiosyncrasie du sujet. L'usage des boissons émollientes sera continué pendant tout le traitement; la nourriture sera composée de vé- . gétaux, de fruits de la saison et de lait; les viandes blanches des | jeunes animaux, les poissons frits ou cuits dans l’eau, pourvu que leur chair soit légère; en un mot tous les alimens de facile digestion, pourront être accordés. L'usage des boissons fermentées, telles que café, liqueurs; les alimens qui pourraient avoir pour effet d’augmenter la circulation et de rendre la nutrition plus active, seront sévérement proscrits. Les évacuations sanguines seront employées aussi long-temps que sous leur influence on verra diminuer la maladie, à moins qu'elles n’affaiblissent par trop da constitution : leur emploi sera mesuré sur l’état du pouls.

Si la maladie passe à l'état chronique, les frictions mercurielles, le séton sur les parties latérales et externes des grandes lèvres, un vésicatoire placé sur les parties interne et supérieure des cuisses, les douches ascendantes avec l'eau pure ou médicamenteuse, employées avec succès par M. Alibert ; les cautères , les moxas sur les parties latérales des lombes, dont on entretient la suppuration, devront être mis en usage,

Si la malade se trouve fatiguée par des pertes continuelles, que ses forces diminuent d’une manière sensible, deux moyens sont indiqués , 1°. les astringens à l'intérieur, tels que l’eau de Rabel, les décoctions de ratanhia, de bistorte, ou à l'extérieur avec les mêmes médicamens et le proto-nitrate acide liquide-de mercure étendu dans

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une grande quantité d’eau; 2°. le tamponnement. Les premiérs réus-"

sissent le plus souvent ; mais employés en injections , ils ont l’inconvénient d’irriter les bords de l’ulcère , s’il en existe, et de hâter les progrès de la dégénérescence cancéreuse. Le tamponnement a bien ses inconvéniens ; mais ils sont moindres si, comme le recommande M. Zisfranc, on se contente de tamponner la partie inférieure du canal. Lorsque l’écouleinent est peu abondant, que la malade est épuisée, que les saignées ne peuvent être pratiquées, à l’aide des bains froids, de l'application de la glace sur l’hypogastre, on parviendra à arrêter l'hémorrhagie et à relever les forces du sujet.

La cautérisation avec le proto-nitrate acide liquide de mercure a été suivie de succès dans les cas où il existait une ulcération au colde Ja matrice. 1} arrive quelquefois que ne connaissant pas bien la profondeur à laquelle la maladie s'étend, on fait agir ce caustique sur des parties saines, et son contact occasione des inflammations ; aussi

M. Lisfranc conseille-t-il de faire des injections immédiatement après

son application, l'emploi des bains et des saignées révulsives.

Lorsque les moyens que je viens d'indiquer ne réussissent pas, que la maladie , loin de diminuer, fait fléchir la santé du sujet , il ne reste d'autre ressource que l'opération. Quæ medicamenta non sanant , ca ferrum sanat. Auparavant de décrire le -procédé opératoire ,. il n'est point indifférent de faire connaître certains points d’anatoiie pathologique très-importans. M. Bayle a constaté par un grand nombre d'ouvertures que dans l’ulcère commençant de la matrice, le tissu de cet organe était sain à deux où trois lignes au-dessus de l’altération. M. Lisfranc professe d’après ses propres observations que le vagin s’insère sur le col de la matrice dans l'étendue de sept lignes-en devant , et de six en arrière; d'après cette disposition, on peut pratiquer l'amputation partielle de l'utérus dans l'étendue de près d'uu demi-pouce, sans craindre de léser le péritoine D’après les remarques des auteurs déjà cités, on peut enlever avec sécurité toute la partie malade quand'elle aura son siége sur le col de l'organe. :

Ou la maladie s’est développée sur le corps même de l'organe, ou

(25 ) le col seulément en a été atteint. Pour le premier cas, il faut enlever la totalité de la matrice. Les guérisons authentiques rapportées par A. Paré, Vieussens, Rousset, W risberg, Osiander de Gættingue , MM. Récamier et Marjolin , ne laissent aucun doute sur la possibilité d'une pareille opération.

Si la maladie a commencé ses ravages sur le col utérin , que le corps de l'organe soit parfaitement sain, l'on peut obtenir une guérison radicale. S'il existe des ganglions lymphatiques engorgés dans le bassin, d’après les résultats obtenus par MM. Larrey et Lisfranc, on doit soumettre la femme à une opération.

Dans quel cas faut-il amputer? Toutes les fois que le cancer est tellement caractérisé qu’il n’est plus permis d’en espérer la guérison par : les moyens ordinaires. Si le cancer n'était pas bien caractérisé, que les moyens thérapeutiques énoncés plus haut n'amendent pas le mal, que les progrès de l'affection soient toujours croissans, il est de la saine philosophie chirurgicale d'employer l'instrument tranchant ; mais, dira-t-on, ii n'y a pas cancer, il est vrai, mais la feinme se trouve sous l'influence d’une cause qui l’épuise, l’affaiblit, détériore sa santé générale; si je ne détruis pas cette cause, j'aurai le regret de voir terminer malheureusement une personne dont j'aurais pu prolonger les jours. D'ailleurs, n'arrive-t-il pas aux chirurgiens les plus distingués de couper un membre lorsqu'ils rencontrent des ulcères non carcinomateux siégeant sur Ja jambe, qui, par leur étendue et leur influence délétère sur l’économie, compromettent les jours du malade? Pourquoi pareille solution de continuité existant sur la matrice. qui entretient avec les autres organes tant de sympathie, serait-elle

épargnée ?

Amputation. OsiANDER paraît être le premier qui ait osé amputer le museau de tanche, et huit fois entre ses mains cette tentative fut couronnée de succès. MM. Récamier et Dupuytren ont introduit en France cette heureuse innovation. Je ne m'arrêterai pas à décrire les différens procédés des auteurs ci-dessus; celui de M. Lisfranc, w'étant plus

familier ét me paraissant le plus simple , sera le seul que j'adopterai.

La femme étant couchée en supination sur le bord de son lit, les jambes écartées, fléchies sur les cuisses, celles-ci sur le bassin, et maintenues immobiles par deux aides ; le siège étant élevé, et dépassant un peu le bord du lit, l'opérateur, placé entre les cuisses de la femme, entr'ouvre le vagin avec le pouce , l'indicateur et le médius de la main gauche, tient avec la droite un spéculum enduit de mucilage ou d'un corps gras, l’introduit doucement dans le vagin. M. Lisfranc emploie un spéculum composé de deux demi-cylindres d’étain, sur les extrémités desquels sont soudées deux tiges de fer, qui s’articulent entre elles ; de cette disposition, il résulte qu’en pressant sur l'extrémité - libre de ces tiges, les deux cylindres s’éloignent l’un de l’autre, leur écartement permet plus facilement au col très-volumineux de s’engager dans leur capacité, et aux instrumens nécessaires à l'opération de passer. En outre, en téndant le vagin dans toute son étendue, ül empêche qu'en formant une plicature vers son fond, il ne vienne à couvrir plus ou moins le col. Les pinces de Museux, dont fait usage M. Lisfranc, sont plus longues et plus fortes que celles dont on se sert ordinairement ; leurs crochets, moins courbés, embrassent trèsbien l'organe sans que l’on soit obligé de pousser très-loin leur écartement ; d’ailleurs la longueur contribue encore à écarter la main de Y'aide qui les soutient. L'opérateur, après s'être assuré de la position du col, pour qu'il soit embrassé plus tôt ct plus aisément par le spéculum , introduit cet instrument.

Le museau de tanche est essuyé, s’il en est besoin, afin de s'assurer de sa présence et de voir s’il n’est pas couvert par quelque plicature du vagin ; l’érigne est portée fermée immédiatement au-dessus de lor-

gane au moment où ses mors sont suffisamment ouverts et engagés

entre le col et les parois du spéculum, pour saisir, s’il est possible, deux points diamétralement opposés au premier. L'opérateur pousse légèrement sur eux à mesure qu'ils s'implantent dans le tissu même de la matrice. Cette manœuvre est indispensable pour suivre le mouvement d'ascension de l’organe, mouvement qui exposerait à le saisir trop

bas. On extrait le spéculum seul très-aisément , puisque lérigne peut passer dans l’écartement que les deux demi-cylindres laissent entre eux. Le premier soin doit consister à exercer sur la matrice des tractions légères, lentes et graduées, à l’aide desquelles on tente de l’amener au-dessous de la partie inférieure du vagin, d’abord dans la direction de l'axe du détroit inférieur du bassin; mais pour que la matrice soit mieux saisie, et que tous les points du pourtour de la partie inférieure de son col fassent à l’extérieur une égale saillie, le chirurgien applique les mors d’une seconde érigne sur les extrémités du diamètre transversal ou du diamètre antéro-postérieur de l’organe, suivant la direction dans laquelle la première a été appliquée. Ainsi, quelque tendance qu'éprouve la matrice pendant la section à reprendre sa place dans la cavité abdominale, les tissus maintenus en place pourront être coupés, soit à la même hauteur, soit à des hauteurs inégales, suivant les circonstances pathologiques. Portant ensuite le doigt indicateur sur le pourtour de l'insertion du vagin , insertion facile à reconnaître à la présence d’une espèce d’anneau au-dessus duquel la pression fait sentir le vide, le chirurgien confie ses pinces à un aide intelligent, qui, par des iractions uniformes, maintient le col, susceptible d’un prolapsus plus ou moins grand, suivant les su- Jets. Cet aide est en face du bassin , et l'opérateur armé d’un bistouri courbe, tranchant sur sa concavité, dont la moitié correspondante à l'articulation de la lame avec le manche doit être garnie de linge jusqu’à un pouce et demi environ de son extrémité boutonnée, quelquefois plus, d’autres fois moins, suivant le volume du col. L'opérateur commande à l’aide de relever les érignes , pour imprimer à la partie inférieure de la matrice un mouvement de bascule qui fasse saillir davantage la partie postérieure de son col; ainsi on verra mieux les limites de la maladie qui y siége , et l’on pourra couper plus haut.

Le chirurgien glisse ensuite son doigt indicateur à demi fléchi derrière le museau de tanche, mesure avec le doigt, dont la face palmaire est dirigée en bas, la hauteur, à laquelle la section doit être

{ 26 ) | faite ; le bistouri est placé immédiatement au-dessous de lui, et au fur et à mesure que l'instrument marche, il le dirige et lui sert de point d'appui, tandis que l’aide abaisse graduellement les érignes , pour faire saillir à leur tour les autres points du col de la matrice , suivant que le chirurgien doit couper à des hauteurs différentes ; il est bien entendu que les malades pouvant s'élever plus d’un côté que de l’autre, cet aide sera chargé, pour que le mal soit complètement eblevé, de donner, par les mouvemens qu’il imprimera aux pinces, des inclinaisons convenables à l'extrémité inférieure de la matrice , et | surtout de ne point exercer de tractions trop fortés à mesure que la section s'achève, dans la crainte de déchirer les tissus. Ce bistouri. d’ailleurs, doit marcher en sciant et à petits coups, pour éviter la lésion des grandes lèvres , l'inégalité de la plaie , et les écarts dangereux. Ce temps de l'opération est assez difficile à cause de la résistance : au’offre dans l'état naturel le tissu du col de la matrice.

Si le col de la matrice est trop volumineux pour pouvoir s'engager dans le spéculum, on est obligé de faire abstraction de cet instrument , de conduire sur le doigt indicateur des érignes qu'on va fixer sur le museau de tanche. S'il existait une tumeur qui saignât avec la plus grande facilité, l'introduction du spéculum, en froissant cette tumeur, pourrait faire couler une assez grande -quantité de sang pour .

qu'il fût impossible, malgré toutes les abstersions et les injections qu'on ferait, de voir le col de la matrice ; alors il vaudrait mieux renoncer au spéculum , et suivre le principe établi plus haut.

Le premier soin , après l'opération ; est de surveiller lhémorrhagie, qui est presque toujours abondante ; il faut laisser couler beaucoup de sang, et s’abstenir de timponnement, comme le conseille M. Lisfranc. Si la femme n’est pas excessivement faible et épuisée par des hémorrhagies antécédentes , l'hémorrhagie ne doit pas inspirer d’inquiétude, lors même qu'il y aurait imminence de syncopes ou des' syncopes réelles, parce qu'’alors le sang cesse presque toujours de couler, ou coule très-peu. Le tamponnement ne doit être employé que dans le cas où l’hémorrhagie pourrait compromettre les jours de

( 27 } la malade. Chez toutes les malades, des accidens nerveux surviennent qui effraient le chirurgien qui pratique cette opération pour la première fois ; la face pâïit, le pouls n’est ni trop fort, ni trop plein; des fourmillemens s'étendent jusqu’au bout des doigts ; des vertiges, des tremblemens, des soubresauts des tendons, des tintemens d'oreilles se font sentir; une syncope arrive, l’hémorrhagie s'arrête, le vagin se remplit d'un caïllot sanguin, le pouls se relève, et tous les accidens cessent. Mais bientôt une congestion s'établit sur l'utérus; il survient des nausées , des vomissemens, qui expulsent du vagin le caillot qui suscitait du ténesme, des selles et des besoins factices d'uriner ; l’hé-

morrhagie recommence, et tous les phénomènes cessent. Dans le cas ou. les efforts du vomissement n'auraient pas e xpulsé le caillot, M. Lisfranc ordonne de porter le doigt dans le vagin, ou d'y pratiquer des injections pour exciter l'hémorrhagie. Si de nouvelles douleurs survenaient , il faudrait recourir aux petites saignées du bras, à la diète la plus sévère, soumettre les malades aux boissons émallientes et mucilagineuses, se tenir en garde contre les inflammations qui pourraient survenir, les attaquer vivement par des moyens appropriés à la position de la malade. Au bout de quelque temps, on nettoiera le vagin à l'aide d'injections émollientes pour enlever tous les débris de caillots qui pourraient causer plus ou moins d'irritation. Ordinairement la cicatrisalion est obtenue au bout de six semaines à deux mois; quelquefois elle marche lentement; on emploiera alors avec avantage les injections avec le chlorure d'oxyde de sodium ;- à un , puis à deux degrés, et même plus, suivant l'excitation qu'on veut produire; quelquefois les bourgeons charnus deviennent trop développés, et l’on est obligé de les réprimer soit avec le proto - nitrate acide liquide de mercure ou le nitrate d'argent. Telle est la conduite qu'a suivie M. Lisfranc lorsqu’il a pratiqué une pareille opération, et à laquelle il doit les nombreux succès qu'il a obtenus.

Le col de l'utérus peut être ramolli, friable : les tractions exercées au moyen de crochets deviennent alors impossibles. Divers autres accidens peuvent empêcher d'amener la matrice jusqu'à l'orifice du

vagin. Pour parer à ces inconvéniens, on a imaginé de faire la résection du col sans déranger les rapports de l’utérus, sans exercer de tractions, en portant jusqu’au fond du vagin l'instrument propre à le fixer et à l’amputer. M. Hatin a conçu le premier l’idée d'un pareil instrument, auquel il a donné le nom d’utérotome. Après lui, M. Colombat en a fait confectionner un autre avec des modifications , qu'il appelle hystérotome.

L'excision du col influe-t-elle en quelque manière sur la marche de la grossesse ? C’est à tort que l’on a avancé qu’elle empêche la grossesse d'arriver à sa fin. J'ai vu plusieurs femmes opérées par M. Lisfranc devenir mères. M. Carron Duvillarda reçu dernièrement l'enfant ‘d'une femme qui avait été soumise à l'opération. M. Lisfranc cite

dans ses cours l'observation de M*° Carpentier, qui est devenue enceinte

trois semaines après l'opération. La grossesse a parcouru ses périodes comme à l'ordinaire, et l'accouchement s’est fait à terme avec une facilité extrême. Enceinte pour la seconde fois, la gestation a été tout aussi heureuse que la première, et dans le courant d'avril 1826, elleest accouchée de deux enfans. Madame Leblanc, sur laquelle l’amputation du col de l'utérus a été pratiquée, est devenue enceinte, et est accouchée heureusement. D’après ces faits, il n'est plus permis de douter; et toute théorie sur la non possibilité de voir une femmeaprèsl'amputation du col devenir mère, et arriver au terme ordinaire, est appuyée sur des bases trop peu solides pour devenir fondamentale dans la science. On me reprochera peut-être d’avoir négligé dans le traitement de parler de la compression, tant vantée de nos jours, de la résection du col de l'utérus au moyén de la ligature; de certains médicamens prétendus spécifiques. N'ayant jamais vu ces moyens mis en usage, leurs auteurs ne rapportant pas des observations assez nombreuses et assez authentiques, je n’ai pu leur accorder toute la confiance qu'ils méritent. , J'ai rassemblé dans le cadre le plus étroit possible ce qu'il y a de plus important dans le traitement du cancer de l'utérus, surtout par J'amputation. Puissé-je, dans ce faible essai, avoir :nérité la satisfac-

(29) tion de mes juges, comme la seule récompense que je souhaite en cette occasion !

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