SECONDE PARTIE
Je crois que l’on doit regarder comme certain qu’un vaisseau, avant le se+ cond voyage de Jacques Cartier, a fait naufrage dans le fleuve St. Laurent, Mais voyons s’il est permis de faire une conjecture et de lier l’idée de cenaufrage au voyage de Verazani, qui me parait être dans ces tems, le seul voyageur malheureux auquel se rattache ce naufrage.
Cuarrevoix dit que Verazani étant au ser, à de François I, aprés avoir fait en 1523 un voyage pour découvrir l'Amérique Septentrionale re: vint à Dieppe; qu’il en sortit en 1524, peur aller en course contre les Espagnols ; que Ve razani découvrit l'ile de Terreneuve, où les Bretons faisaient la pêche long-temps avant 1525: Que peu de temps après son arrivée à Dieppe, il fit un nouvel armement à dessein d'établir une colonie dans l'Amérique, ‘ Tout ce qu’on sait de cette entreprise (dit Charlevoix) c’est que s'étant “ embarqué il n’a point paru depuis, et qu’on n’a jamais bien su ce qu’il “ était devenu: car je ne trouve aucun fondement à ce que quelques uns “ ont publié, qu'ayant mis pied à terre dans un endroit où il voulait bâtir “ un fort, les Sauvages se jetèrent sur lui, le massacrèrent avec tous ses
“ gens et le mangèrent”.
Lescarsor nous met un peu plus sur la route, en nous disant “ Quelqu'un
“ dit qu’étant parvenu au Cap Breton (qui est entrée pour cingler vers la
“ grande rivière de Cunuda) il fut pris et dévoré des sauvages. Ce que dif- “ ficilement puis-je croire, puisqu'il fit la relation susdite de son voyage au “ Roi,” (c’est-à-dire, d’un voyage antérieur) “et attendu que les sauvages de “ cette terre là ne sont point autropophages et se contentent d’enlever la “ tête de leur ennemi. Bien est vrai que plus avant vers le nort il y a quel-
“ ques nations farouches qui guerroyent perpétuellement nos mariniers faisant “Jeur pêcherie. Mais j’ent nds que la querelle n’est pas si vieille, ains est “ depuis vingt ans seulement que les Maloins tuèrent une femme d’un capi: taines
a Fi
& fe
de feur » sou Ve“ tte ma Laurent, ne d’une » à faire a crut à retourné ilter son par Lesutier est
ant le se+
Laurent.
de cenaueul voya=
y 1, aprés ionale re » les Espaaisaient la à Dieppe, Amérique.
ue s'étant u ce qu'il elques uns bulait bâtir c tous ses
Quelqu'un ler vers la je que difvoyage au sauvages de ’enlever la il ya queliers faisant Ile, ains est > d’un capi“
taines
“ taine, et n'en est point encore la vengeance assouvie. Car tous ees peuples “ barbares généralement appètent la vengeance, laquelle ils n'oublient jamais “ ains en laissent la mémoire à leurs enfans.”
Ict Charlevoix rejète ee genre de mort de Verazani, faute de preuves, mais considérons qu’en ce czs nous sommes réduits à de simples conjectures, Îl n’est point si difficile lorsqu'il nous dit que la rivière Ste, Croix où hiver: na Cartier, est la ruême que celle que nous appelons maintenant Jacques Car: tier, sans autre preuve que la tradition dont nous avons parlé. A bien peser ce que disent ces auteurs, le doute serait si les Sauvages enlevèrent la tête de Verazani et de ses gens ou s'ils les dévorèrent. Ce que l’histoire nous a appris depuis cette époque, nous prouve qu’ils étaient également capables de l’un et del’autre. Le genre de mort de Verazani est caché dans la nuit des temps. N’aurait.il pas pu périr par le Scorbut avec son équipage ? Il pourrait aussi se faire que Verazani et son équipage affoiblis parle scorbut auraient été les victimes de la colère ou de la cupidité des Sauvages, et le
second voyage de Cartier nous fait voir les appréhensions où il était qu’un semblable malheur ne lui srrivât.
Examinons quelques autres autorités sur le sort de Verazani,
Lescarbot dit que l’objet de Cartier était de continuer les & ‘couvertes de Verazani dans le dessein de fonder des colonies én Amérique.
LaHoNTAN, qui était à Québec en 1683, dit que Vérazan, ou Vérazani fut le premier qui découvrit le Canada, mais à son malheur, cur les sauvages le mangèrent. Remarquons que La Hontan vècut plusieurs années parmi les sauvages et qu’il apprit leurs langues. La Potherie qui était en Canada en 1698 dit que Jacques Cartier fut plus heureux que Verazani, ce qui revient à peu près à la même chose ; cet écrivain a vécu plusieurs années en Canada.
Le Beau qui vint en Canada en 1729, en parlant de la découverte du Canada, dit que Verazani, natif de Florence, eu prit possession au nom de François I. Qu’ileut le malheur d’y être mangé par les sa. vages sans avoir été aussi avant que Cartier qui alla jusqu’à Montréal. Le Beau ne dit point sur quelle autorité il fonde cette opinion, mais comme il passa plus d’une année chez les R. R. P. P. Récollets de Québec, qui furent les premiers
Missionnaires de ce pays, il me parait probable qu’il tenait d'eux cette opinion.
Dans quelle partie du fleuve St. Laurent Verazani périt-il ? J'ai des autorités à produire pour soutenir ma conjecture que ce fut plus haut que Stadaconé ou Québec, et moins haut que Hochelaga ou Montréal,
Le Beau que je ne puis m'empêcher de considérer comme nous transmet tant la meilleure tradition sur cette question, vient de nous dire que Verazani
ani u’alla pds aussi avant dans le Canada que Cartier qui alla jusqu’à Mont: L. ’ réal. Par ces expressions je conçois que Verazani remonta lefleuve St: Laurent assez haut pour être jusqu’à un certain point un objet de comparai- # : ‘son vec Cartier. Quele lecieur veuille bien se rappeler qu’une tradition bien constatée affirme qu’un vaisseau fit naufrage sur la roche de J. Cartier, % ‘ et que j'ai prouvé que ce vaisseau n’était pas un des trois de Cartier. Les 4 s deux sauvages qui ne voulurent pas accompagner Cartier dans son voyage à À : Hochelaga ou Montréal, étaient Taiguragni et Domagaye habitans de Stada- 1 ‘ coué ou du promontoire de Québec, lesquels Cartier avait emmenés ca France E : dans son voyage de l’année précédente à l'embouchure du fleuve St. Laurent, D et qu’il ramena en 1535, à la plus grande satisfaction de leurs compatriotes. 1 . On pert juger du peu de progrès qu’ils durent faire daus la langue française. ; : Leurs expressions ne devaient guère s’étendre au délà des premiers besoins ! . de la vie. Sollicité par Cartier de monter à Hochelaga “ fut par Taigurag- À . “ nidit au dit capitaine, que le dit seigneur (Donnacona, chef de Stadaco- L .
“ né) ne voulait point que lui qui parlait allant avec lui, comme il avait pro- ‘ mis, parce que la rivière ne valait rien” (C’est une façon de parler des “ sativages, pour dire qu’elle est dangereuse, comme de vérité elle est passé “ Je lieu de Ste. Croix.”)
Cherchors maintenant quelle pouvait être la raison pour laquelle Donnacona, Taiguragni et Domagaya s’opposaient à Pexploration dè fleuve Saint Laurent au-dessus de” Stadaconë ou de Québec: Lescarbot ne peut diré pourquoi ces sauvages ne voulaient pas que Cartier allât à Hochelaga. “ Néanmoins (dit-il) je pensé que c’étaient leurs ennemis, et pour ce n’a- “ vaient point ce voyage agréable : ou bien ils craignaient que le dit capi- “ taine ne les abändonnât et qu’il n’allât demeurer à Hochelaga”” Revenons au récit de Cartier, ce récit contient une pentomime que cet habile naviga< teur ue comprit pas, saus doute, faute dé connaitre le climat du Canada.
“ Le 18 septembre pour ous cuider toujours empêcher d’aller à Hoche- “ Jaga, sopgèrent une grande finésse qui fut telle : ils firent habiller trois “ hommes en la façon de trois diables, lesquels étaient vétus de peaux de “ chiens noirs et blancs, et avaient cornes aussi longues que le bras, et é- “ taient peints pur le visage de noir comme charbon: et les firent mettre “ dans une de leurs barques à notre nou sceu. Puis vindrent avec leur % bende comme de coutume, auprès de nos navires, et se tindrent dedans “ le bois sans apparoitre environ deux heures, attendans que l'heure ei ma- “ rée fut venue pour l’arrivée de la dite barque, à laquelle heure sortirent “ tous; et se présentèrent devant nos dits navires, sans eux approcher “ ainsi qu'ils souloient faire. Et commença Taiguragui à saluer le cu» “ pitaine, lequel ui demand» si voulait avoir le *ateau. A quoi lui | ‘ répondit le dit Taiguragni que non pour l’heure, mais que tantot “ il entrerait dedans Jédits navires Êt incontinent arriva la dite, “ barque
à Montfleuve St.
comparaie tradition J. Cartier, tier. Les 1 voyage à s de Stadaca France
t. Laurent, mpatriotes.
« française.
ers besoins r Taigurage Stadacoil avait pro-
parler des le est passé
elle Donnaleuve Saint e peut diré Hochelaga.
jour ce n’ale dit capi- ” Revenons abile naviga* Canada.
ler à Hocheabiller trois de peaux de
bras, et éirent mettre t avec leur rent dedans Ieure ei Ma-
ure sortirent
ux approcher saluer le co»
A quoi lui que tantot riva la dite, “ barque
PÉSRS à
ms) e
barque, où étaient lédits trois hommes apparoissant étre trois diables, ayans de grandes cornes sur leurs tétes, et faisoit celui du milieu, en venant, un merveilleux sermon, et passérent le long de nos navires avec leur dite barque, sans aucunement tourner leur vuë sur nous, et alierent * asséner et donner en terre avec leur dite barque, et tout incontinent le dit Donnacona et ses gens prindrent la dite barque et lé dits hommes, léquelz s'étaient laissé choir au fond d’icelle, comme gens morts, et porterent le tout ensemble dans le bois, qui était distant dédits navires d’un jet de “ pierre, et ne demeura une seule personne que tous ne se retirassent dedans “ le ditbois. Et eux étans retirez commencerent une prédication et prêche- “ ment que nous oyons de nos navires, qui dura environ demie heure. Après la quelle sortirent lédits Taiguragni et Domagaya du dit bois, marchans vers nous ayans Îles mains jointes et leurs chappeaux sous leurs coudes, faisans une grande admiration. Et commença le dit Taiguragni à dire et proférer par trois fois, Jésus, Jésus, Jésus, levant les yeux vers le ciel. Puis Domagaya commença à dire, Jésus Maria, Jacques Quartier Fogariian le ciel comme l’autre. Et le capitaine voyant leurs mines et cérémonies leur commença à demander qu’il y avait, et que c'était qui était survenu de nouveau ; léquels répondirent qu’il y avait de piteuses nouvelles, en disant, Menni est il bon, (c'est-à-dire, qu’elles ne sont pas “ bonnes.) Et le capitaine leur demanda derechef que c'etait. Etils lui dirent que leur Dieu, nommé Cudouagniavait parlé à Hochelaga, et que les trois hommes devant dits étaient venus de par lui leur annoncer les “ nouvelles, et qu’il y avait tant de glaces, et de neges, qu’ilz mourraient tous. “ Desquelles paroles nous primmes tous à rire, et leur dire que Cudouagni “ n’était qu’un sot, et qu’il ne savait ce qu’il disait, et qu’ils le dissent à “ ses messagers, et que Jésus les garderait bien de froid s’ils lui voulaient W croire. Et lors ledit Taiguragni et son compagnon demandèrent au dit “ capitaine s’il avait parlé à Jésus. Et il répondit que ses Prêtres y avaient “ parlé, et qu’il ferait beau temps. Dequoi remercierent fort le dit capitaine, “ et s’en retournerent dedans le bois dire les nouvelles aux autres, les quels “ à l'instant sortirent dudit bois feignans étre joyeux desdites paroles. Et ‘“ pour montrer qu’ils en étaient joyeux, tout incontinent qu’ilz furent de- ‘ vant les navires, commencèrent d’une commune voix à faire trois cris et “ hurlemens, qui est leur signe de joye, et se prindrent à danser et chanter
‘“ comme avaient de coutume. Mais par résolution lédits Taiguragni et
‘ Domagaya dirent au dit capitaine, que le dit Donnacona ne voulait point
“ que nul d’eux allât à Hochelaga avec lui s’ilne bailloit plege qui demeurût
“ àterre avec le dit Donnacona. A quoi leur répondit le capitaine que
# s'ils n’etaient déliberez y aller de bon courage, qu’ilz demeurasseut, et que
‘“ pour eux ne lairroient mettre peine à y aller”?
«6 fs «
ce (
Ces
Crs sauvages en disant que la rivière au-dessus de Québec était dange. reuse, ont dit vrai, La prédiction faite à Cartier que la quantité de glaces et de neige les ferait tous périr, eut bien été accomplie si Domagaya n’eut indi, qué à Cartier l’arbre qui devait rendre la santé à son équipage. S'ils n’ont pas parlé de maladie, c’est sans doute qu’ils n’avait point d’expression pour cela, mais Domagaya en connaissait le remède. Comment ces sauvages étsientils si bien mstruits sur les dangers que couraient les Français en hivernant en Canada plus haut que Québec ? Je présume que c’était par l'expérience, je conjecture qu’ils l'avaient acquise par la oonnaïissance du sort de Vera- #ani. Les sauvages par leurs mains jointes, par ces mots que la rivière ne va. luit rien et par ce nenn. est il bon, démontraient à Cartier qu’ils le suppliaient de ne pas partir, et leur répugnance à remonter le fleuve avec lui, quoiqu’ils eussent déjà affronté la mer'sur ses vaisseaux, prouvent la parfaite connais. sauce qu’ils avaient du danger, L’invitation qu’ils faisaient à Cartier de rester chez eux ne peut être attribuée à la crainte qu’ils nese joignit à leurs ennemis, puisqu'il laissait ses deux plus grands vaisseaux à Ste. Croix, et qu’il ne parait pas qu’ils fussent en guerre avec Hochelaga. En outre Sta. daconé était un lieu cultivé et aux environs duquel on faisait la pêche et la chasse, qui offraient aux Français des ressources qu'ils ne pouvaient peutêtre pas trouver plus haut. Je crois que leur conseil était amical, comme leur conduite subséquente le démontra, en indiquant le remède contre le scorbut, et en fournissant aux Français des vivres, comme le récit de Caïtier le mentionne.
Voyons la pantomine, Cette berge ou canot qui frappe sur le rivage représente un naufrage. Ces trois hommes si étrangement vêtus signifient des étrangers. La couleur noire indique la nuit ou la mort. Ils passent devant les vaisseaux sans les regarder, ceci indique qu’ils ne connaissaient, ou ne vovaient rien. Celui du milieu qui parle indique le chef du vaisseau. Ces trois hommes tombent comme morts dans le canot, ceei semble indiquer que ces étrangers moururent, L’enlivement de ces prétendus morts dans le canot, indique que les Sauvages avaient recueilli ces étrangers après leur mort et s'étaient emparé du vaisseau, dont nul vestige ne resta. Ces Sauvages étaient convaincus que les Français mourraient tous, s'ils hivernaient plus haut que Québec, et faute de pouvoir s'exprimer assez bien par la parole, ils eurent recours à ce langage d'action.
Où le vaisseau de Vérazani fit-il naufrage ? D’aprés tout ce que nous
is dit ci-dessus, et d’après cette tradition qui rapporte un naufrage sur
la roche de Jacques Cartier, je conjecture que ce fut là où Verazani fit nau-
frage. Mais y périt-il? On peut croire qu’un aussi habile marin put y réparer
son vaisseau, et qu’ensuite il aura pu remonter plus haut jusqu’à Champlain où il aura subi le mème sort qui menagçait Cartier,
Revenons
it dangee glaces et n'eut indi.
S'ils n’ont sion pour res étaienthivernant expérience, rt de Veravière ne vA= suppliaient , quoiqu’ils te connaisà Cartier de ignit à leurs e. Croix, et n outre Stat la pêche et avaient peutcal, comme ède contre le it de Caïtier
ur le rivage us signifient , Ils passent onnaissaients if du vaisseau.
mble indiquer morts dans le rs après leur
Ces Sauvals hivernaient ez bien par la
ce que nous n naufrage sur erazani fit naun put y réparer Lu’ Champlain