‹ Dissertation sur le duel, destinée aux écoles de droitChapitre 2 sur 4 · CHEZ ARTHUS BERTRAND , LIBRAIRE , RUE HAUTE FEUILLE · texte numérisé non relu

CHEZ ARTHUS BERTRAND , LIBRAIRE , RUE HAUTE FEUILLE

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Ava nt notre révolution, nous n'avions sur le duel qu'une seule pensée, qu'un seul sentiment , et quoiqu'alors la France souffrit patiemment tous les effets de son horrible préjugé, elle n'applaudissait pas moins aux déclarations solennelles données par nos rois, de ne faire grâce à aucun duelliste.

Aujourd'hui, cette unanimité n'existe plus, et nous sommes divisés aussi, sur un 'article qui, de sa nature, ne peut faire le sujet d'une question, sur lequel doivent être réunis les hommes du monde entier, quelles que soient leurs opinions religieuses ou politiques.

" Selon les uns, nos derniers législateurs 99 déterminés par de hautes considérations, » par l'état de nos mœurs et de l'opinion , et » par nos circonstances politiques, ont pensé » dans leur sagesse, ne devoir point porter de

n loi contre le duel, dont au surplus, Fimpu- » nité ne peut compromettre gravement l'or- 99 dre social. »

Ces propositions se trouvent dans les motifs qui précédent un jugement rendu Tannée dernière , par un de nos tribunaux de première instance : le but de ceux qui les avan- 1 cent est extrêmement palpable, c'est de nous dire , en termes bien clairs, que tout est pour' le mieux, et que le législateur actuel tte dois pas même songer au dueL

" Selon d'autres ( et ceux-ci sont en majorité), les assertions que nous venons cfe lire sont aussi fausses en politique qu'en morale, le duel est l'ennemi de la patrie autant que de l'humanité; il n'existe pas de civilisation là , où le duel reste impuni , etc.

Une telle opposition d'idées et de sentiïîiens, sur un point qui tient essentiellement aux principes d'ordre, m'a paru, au premier abord, une chose inconcevable; mais en y réfléchissant de plus près, j'ai reconnu qu'elle était la suite des circonstances singulières où nous sommes placés, relativement au duel.

Cette matière aujourd'hui, n'est ni discutée, ni approfondie comme elle devrait l'être, ou

'plutôt elle -ne Test pas du toutj et c'est ce qui x a dû amener les opinions contraires où divergentes que nous voyons. En effet, les uns de*- ^mandent-ils la répression du duel, les autres ^répondent que les plus grandsobstacles s'yopi posent; les premiers demandent-ils ensuite à ^Connaître ces grands obstacles, on ne daigne (y plus leur répondre, on se borne à les renvoyer $ a u ' pr$jugé 9 comme si c'était là une réponse* „ Ainsi une certaine fatalité supposant ïnême à une discussion Franche et libre, sur cet article, ilen résulte que l'opinion publique, ce juge 1 souverain de toutes les opinions particulières,

* ne peut se former, et moins encore se fixer;

* voilà, je crois, nôtre véritable position envisagée sous le point de vu* dej'objet que nous

1 examinons.

J'ai pensé , dans tan tel état de choses, que i oeux-là se rendraient vraiment utiles à letir pays, qui travailleraient sur ce chapitre important ; en conséquence , fondé sur cet espoir, je présenté dans l'écrit qui va suivre, un essai de controverse ou de dissertation , dans lequel, après avoir traité du duel, selon l'histoire et la morale , j'examine si les hautes considérations que l'on tire 4e «os mœurs , ou que l'on prête à la politique, peuvent empêcher

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une loi , dont le simple objet sera de réprimer le duel ou de contenir ses fureurs , et si enfin , il est possible que cette mesure devienne dangereuse et funeste à la France.

Ma Dissertation, sans doute, est faite pour tout le monde; mais cependant, je la destine spécialement aux écoles de droit, parce que renseignement public, protégé par la loi, est à mes yeux le moyen infaillible d'attaquer avec succès un préjugé, ou de résoudre un problême quels qu'ils soient, en mettant bientôt le tribunal de l'opinion publique à même déjuger les opinions particulières, auxquelles les uns ouïes autres auront donné lieu.

Voilà le but que je me suis proposé*

S'il paraît à quelqu'un de mes lecteurs que je me suis trop étendu sur certaines parties de mon sujet, je le prie de ne pas oublier que mon travail a pour objet principal l'instruction de la classe qui en a le plus besoin , et qu'un ouvrage de ce genre ne saurait avoir trop de développemens.

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