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Dans le nombre des maladies que l’insalubrité d’une atmosphère viciée ou une mauvaise alimentation rendent si meurtrièresr pour la première enfance , on peut compter au premier rang celle que j’ai prise pour sujet de ce travail. Si elle n’est pas des plus fréquentes, sa gravité n’en donne pas moins à son étude la plus grande importance. On l’a nommée alternativement aphthes , maladie aphtheuse y millet , muguet } blanchet. De toutes ces dénominations, assez insignifiantes , la première est la plus mauvaise, puisqu’elle peut devenir une source d’erreurs , en faisant confondre la maladie qui nous occupe avec une affection qui ne lui ressemble sous aucun rapport.
C’est en portant dans les choses la confusion qui régnait dans les dénominations , qu'on a fait remonter aux médecins de l’antiquité la connaissance du muguet , ou affection aphtheuse. Toutes les descriptions qu’on en trouve dans leurs ouvrages se rapportent
aux aphthes proprement dits , et nullement à l’affection dont nous traitons, comme on peut s’en convaincre en lisant attentivement Hippocrate y aph. 24, sect. 3 ; Galien et Celse } qui sont de la même opinion, et surtout A rçtée } qui le premier a donné une description satisfaisante des aphthes , de leur marche, de leur accroissement et des périodes qu’ils présentent, liv. i.er, ch. 9. En effet, tous les ont considérés comme de véritables ulcères, qui attaquent les gencives et quelques autres parties de la bouche.
Paul d’Egine } dans son traité de Re medicâ } n’en donne pas une antre idée. Sylvius et Merctiriali ne pensent pas autrement. Ettmuller semble être le premier qui ait considéré les aphthes des nouveau-nés comme des tubercules ou vésicules, et qui, ayant souvent trouvé certaines excrétions alvines remplies de pellicules, a soupçonné que l’affection dont nous parlons pouvait avoir son siège dans tout le canal intestinal. Cependant là se bornèrent les observations de ce médecin; et on ne peut assez, s’étonner, en passant en revue tous les auteurs qui ont traité du muguet, de trouver des opinions si variées sur le siège, la nature et la forme de cette affection.
(Jette maladie, dont on ne peut nier l’importance, est restée Jong-lemps en quelque sorte ignorée; et ce n’est qu’en 17S6 qu’on s’en occupa sérieusement. Dans sa séance publique du 7 mars, l’Académie proposa pour sujet d’un prix de déterminer la nature et les causes du muguet , ou affection aphtheuse , à laquelle les enfans sont sujets depuis le premier jusqu’aux troisième et quatrième mois de leur naissance^ les circonstances auxquelles on doit attribuer sa fréquence et l'augmentation de ses dangers , quand les enfans sont réunis dans les- hôpitaux ; quels en sont les symptômes; et enfin quel doit en être le trahement préservatif et réel.
Ces différentes questions furent alors traitées avec beaucoup de soin dans plusieurs mémoires remis à l’Académie. Cependant Raulin et Underwood ont les premiers décrit cette maladie avec exactitude ; c’est dans leurs ouvrages et dans ceux de Ketelaer
et de Boerhaave c. jue l’on peut puiser des connaissances exactes sur Une maladie dont on avait long -temps semblé méconnaître la gravité. "
Définition.
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L’incertitude qui règne encore sur la nature du muguet devrait nous engager à n’en donner la définition qu’après nous être efforcé d’en démontrer le véritable caractère. Cependant , pour ne point intervertir l’ordre méthodique des descriptions , nous allons exposer l’opinion des divers auteurs à ce sujet, et donner la définition qui nous paraîtra la plus convenable. Les auteurs ont varié à l’infini sur la définition du muguet. Les uns le considèrent comme de véritables ulcères des extrémités des canaux excréteurs des glandes muqueuses. Boerhaave , et après lui Stoll , sont de ce sentiment. Voici comment s’exprime à cet égard le célèbre professeur de Leyde , aph. 980. Quæ examinata accuratè videntur esse ultimi emissarii cjtio in os liquor secretus effundituv salwosus mucosusque } exlilcerationes factæ ex obtuvatione ejus eanalis extremi per humorern lentum 'viscidumque eo delatum. D’autres prétendent que ce sont des pustules; telle est l’opinion de Ketelaer. Aphthœ , inquit , pustulæ sunt albicantes , summis ac internis oris , et interdùm Dicinis respirationis partibus insidentes plerumq uè per lentam ac imperfectam crisini febribus supervenientes. Borealibus his tract i bu s familières in tuberculorum et piistularum censum redigendas esse non in ulcerum , /ides oculorum evincit. [De aphthis nostratibus , 1669.) PV agler , dans son traité de Morbo mucoso , a aussi prouvé par l’ouverture des cadavres qu’il n’y a point ulcération au-dessous des croûtes qui accompagnent l’éruption. Le célèbre auteur de la Nosographie philosophique considère cette opinion comme la plus vraisemblable. Enfin on peut défiuir le muguet, ou les aphthes des nouveau-nés , une phlegmasie particulière de la membrane muqueuse qui tapisse ies voies alimentaires depuis la bouche jusqu’à l’anus, caractérisée par de petits tubercules blanchâtres, ronds 7
superficiels, dont chacun présente la forme et la grosseur d’un grain de millet ou de chenevis, de couleur variable, le plus ordinairement blanchâtres. Ces exanthèmes, après avoir persisté plus ou moins longtemps, se détachent, et tombent sans avoir fourni aucun écoulement; souvent ils se renouvellent plusieurs fois, et ne sont susceptibles d’aucune érosion durant la maladie.
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h Causes.
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Les causes du muguet sont, très-nombreuses ; leur action est toujours subordonnée à l’âge, au tempérament , à la force des enfans , au climat qu iis habitent, et a 1 air qu’ils respirent. Ces causes doivent être distinguées en prédisposantes ou éloignées et en efficientes ou prochaines.
Causes prédisposantes. — -dge. Les enfans sont d’autant plus sujets au muguet qu’ils sont plus éloignés du moment de leur naissance ; aussi quelques auteurs ont-ils considéré cette maladie comme propre au temps de l’allaitement ; mais ce sentiment est entièrement abandonné depuis que l’expérience a prouvé que les enfans en bas âge n’étaient pas les seuls qui en fussent atteints. MM. Chambon et Gardien l’ont observé à la Salpêtrière chez des enfans de trois , quatre, et même cinq ans, et Ketelaer l’a principalement observé chez des adultes avec les mêmes symptômes et la même marche que chez les enfans. Une constitution lymphatique, l’état débile et valétudinaire des parens , un lait étranger, la malpropreté, l’habitation des contrées septentrionales et maritimes, telles que la Hollande, la Zélande , où cette maladie règne presque endémiquement , sont les causes les plus ordinaires du muguet. Voici comment s’exprime à ce sujet Boerhaave dans son aphorisme 982 : Gentibus borealibus , pa~ ludosa loca inhabilantibus , ternpeslate cahdâ pluviosâ y injantibus sembusque freijuentes. Le séjour dans les hôpitaux, dans les lieux bas, humides, malsains, où l’air se renouvelle difficilement et rare-
ment, tout cc qui pont arrêter ou diminuer la transpiration insensible, prédispose au muguet.
Causes efficientes. La rétention du méconium a été considérée comme une des causes les plus ordinaires du développement du muguet. Quoiqu’on le remarque plus fréquemment chez les enfans non aliailés par leur mère, el qui par conséquent n’onl point obtenu les avantages du colostrum , je suis loin de penser que ce soit la principale cause du muguet, et si cette affection se développe en pareil cas , je la considérerai uniquement comme symptomatique de l’irritation intestinale produite par le séjour dé cette matière devenue excrémentitielle; je ferai la même observation relativement à l’abus des purgatifs, que l’on administre souvent à contre-temps pour favoriser l’expulsion du méconium. Il en sera de même pour les nouveau-nés allaités par des moyens artificiels, et, en un mot, pour tous ceux qui seront soumis à une nourriture trop succulente, et disproportionnée à leurs forces digestives. Je ne fais ici, du reste, que me conformer à l’opinion d ' Urtderwoocl et d’Hamilton j et, quoi qu’en puissent dire Harris } et surtout Samjjonts , auteur d’un mémoire couronné, je ne saurais attribuer le muguet ni à l’acidité du lait , ni à l’abus que peuvent faire les nourrices des substances acides en les employant, soit comme aliment, soit comme médicament.
Le muguet est sporadique , endémique dans certains pays , et quelquefois épidémique dans les hôpitaux des enfans trouvés. Est -il contagieux? Je ne le crois pas. Cependant des faits assez nombreux peuvent laisser quelque doute à cet égard ; aussi quelques auteurs disent-ils qu’un enfant affecté du muguet peut le communiquer au sein de sa nourrice, de même que celle-ci peut le communiquer à un enfant bien portant , si elle lui donne le même sein , et l’on n’a pas craint d’avancer que la contagion pouvait se propager par l’usage commun des ustensiles qui servent à abreuver les enfans. Les
vêtemens et la fréquentation des enfans ont encore été considérés comme des causes de contagion.
Symptômes et marche de la maladie.
Je considérerai quatre périodes dans cette maladie.
Première période. Des symptômes plus ou moins variables sont les avant-coureurs de l’éruption. Le plus souvent , quoi qu’en dise M. Eus 'ehe Desalle } elle est précédée d une fièvre continue ; quelquefois cependant elle survient sans symptômes fébriles apparens , soit avant, soit pendant la durée de la maladie, ainsi que l’ont observé Ketelaer et K an-Swiéten. Les enfaus menacés de cette affection sont en proie à une agitation excessive ; leurs cris continuels annoncent le malaise qu’ils éprouvent ; le timbre de leur voix prend un caractère propre à la maladie , elle devient rauque et sifflante. M ais gardons-nous bien de confondre cette raucité de la voix avec la voix croupale : dans ce dernier cas , la difficulté de la respiration est extrême, l’inspiration est beaucoup plus difficile et plus longue que l’expiration , et la difficulté de cette fonction paraît exister uniquement dans la partie supérieure du thorax , dans ia trachée-artère et dans le larynx. Dans le muguet , la respiration est peu gênée, l’introduction de l’air dans la poitrine et sa sortie sc font avec la même facilité ; mais , traversant l’arrière-bouche , qui est desséchée , et dépourvue de toute espèce de mucosité , l’air y produit une sorte de vibration; l’activité de la circulation étant augmentée , les mouvemens de la respiration le sont aussi ; une chaleur âcre et mordicante est répandue sur tout le corps. Là nourrice présente t elle le sein au petit malade, il le prend difficilement et avec répugnance ; d’autres fois il le saisit avec avidité , et parait tourmenté d’une soif ardente. A l’introduction du do:gt dans ia bouche de l’enfant , on éprouve une chaleur que la nourrice elle-même ressent très-vivement en lui donnant le mamelon. Cette chaleur semble se propager jusqu’à l'épi -
gastre , et si on y applique la main, on perçoit une sensation analogue à celle que l’on a ressentie à la bouche. 11 y a perte de l’appétit , nausées , vomissemens , tantôt constipation , tantôt déjections trèsliquides , très-variables dans leur couleur , mais toujours très-fétides. Tels sont les symptômes que le muguet présente, le plus ordinairement, dans son principe et dans son état de simplicité. J’indiquerai plus tard les symptômes qui surviennent lorsque l’éruption se complique de {inflammation de quelque organe essentiel à la vie. Quelque nombreux et quelque positifs que semblent être les symptômes que nous venons d'indiquer comme précurseurs d’uue éruption imminente, cependant ils peuvent quelquefois tirer leur origine d’une autre affection ; aussi est-il très-difficile de reconnaître le muguet dans sa première période, à moins qu’il ne règne épidémiquement.
Deuxième période. La deuxième période commence ordinairement vers le troisième jour ; alors la membrane buccale se dessèche , devient rouge ; le pouls s’accélère et s’anime ; la soif est plus intense ; en même temps l’épiderme semble s’élever, et bientôt on distingue çà et là de petits points blanchâtres, de la grosseur d’un grain de millet ou de chenevis. Cinq a six heures après leur développement , qui a ordinairement lieu sur les parties latérales de la langue , ils se propageut vers la commissure des lèvres et à l’intérieur des joues ; dès Je lendemain la langue en est toute parsemée. Enfin les boutons occupent bientôt tout l’intérieur de la bouche. S’ils doivent se propager jusqu’aux amygdales, dans le pharynx , l’œsophage, et tout le tube digestif jusqu'à l’anus, il s’y développe une rougeur plus ou moins vive , une véritable inflammation , d’où résultent la difficulté de la déglutition , l’anxiété, la douleur précordiale , la diarrhée accompagnée d’épreintes, et plus tard les déjections prennent les caractères indiqués plus haut , et sont parsemées de croûtes blanchâtres , etc. L’expectoration de quelques croûtes , accompagnée de toux et de dyspnée , a fait présumer au docteur Cooprnants que la
muqueuse pulmonaire n’était point étrangère à l’éruption. Ces débris de croûtes viennent-ils réellement des voies pulmonaires , ou seulement des diverses parties du gosier et du commencement de 1 œsophage ? Je ne me permettrai pas de prononcer sur ce point trèsimportant. Quelques auteurs font mention d’éruptions qui , s’étant d abord manifestées dans les premières voies, se sont propagées jusqu à 1 anus et à la bouche , et y ont parcouru les mêmes périodes que si elles s’y étaient développées primitivement.
Troisième période . A celte époque, les symptômes acquièrent plus d’intensité ; les pustules s’élargissent, se multiplient, et prennent une teinte plus ou moins foncée, selon leur degré de développement. Ketelner assure que le muguet est toujours blanc, et que jamais, ni dans aucune période de la maladie , il n’en a observé de noires ( Rubr.irum nigrarumve ne unibræ quidem uncfuam nobis apparuerunt. Ketelaer. ) Ce sont d’abord des pustules peu élevées, que l’on distingue à l’œil nu ou à la loupe. Bientôt ces pustules, plus ou moins confluentes et de couleur variable, sont accompagnées de prurit , de douleurs , d’insomnie ou de somnolence, de difficulté ou d’impossibilité d’avaler , et souvent de vomissemens de la plus petite quantité de boissons dégluties; la diarrhée , qui jusqu’alors avait été modérée , devient des plus abondantes ; les rougeurs de l’anus dégénèrent quelquefois en escharres plus ou moins étendues.
Quatrième période. Enfin les croûtes que l’on a vues se former dans les périodes précédentes se détachent par fragmens analogues à la crème de lait coagulée. Cette chute, qui ne laisse après elle qu’une rougeur plus ou moins vive , a lieu à des époques très-variables, tantôt douze , dix-huit , vingt-quatre heures après l’éruption , d’autres fois au bout de trois jours ; on en a vu persister jusqu’au neuvième jour. Dans certains cas , après une courte durée , ces croûtes disparaissent pour toujours. Dans quelques cas, on voit l’éruption se renouveler plus tôt ou plus lard , et même plusieurs jours après la chute des dernières
croules: ou cite des cas où ce renouvellement a eu lieu jusqu’à six, sept, dix fois, et niêijie plus , comme l’ont observé Kelelaer., Van-Swiélen , le. docteur lrun-dc-W imperse et M. Coopmanls. Lorsque ces répullulations laissent entre elles quelques jours d’intervalle, le malade conserve de 1 assoupissement , de la somnolence et de l’anxiété ; alors aussi il reste une telle sensibilité dans la muqueuse de. la. touche, que les enfans ne peuvent ni téter, ni supporter le contactid.es afimens les plus doux et les plus mucilagineux ; ee qui rend la convalescence longue et pénible. Cependant cette sensibilité nedarde pas à s’émousser , et à permettre l’usage de doux alimçns,
La distinction du muguet en henin et confluent établie par les auteurs, n’ayant pas plus de fondement que celle de la variole en discrète et confluente , et ne considérant ces variétés que comme des degrés différens de la même maladie, j’ai cru remplacer avantageusement l’exposé de ces variétés en rapportant des exemples de celte affection.