‹ Dissertation sur le muguet, ou affection aphtheuse des nouveau-nésChapitre 3 sur 4 · I." OBSERVATION · texte numérisé non relu

I." OBSERVATION

Vers la fin de septembre 1824 , madame F. . . accoucha d’un enfant très-bien portant. Pendant les premiers jours , il prit très-bien le sein maternel ; il avait très-bien rendu le méconium, et semblait se développer au désir de la mère , au mamelon de laquelle des gerçures se développèrent. Redoutant toujours l’approche de la bouche de son fils , on résolut , dans l’intention de favoriser la cicatrisation des gerçures et d’éviter des douleurs à la mère, de faire usage du mamelon artificiel de M. Breton , et d’alimenter l’enfant avec de l’eau de gruau coupée avec parties égales de lait de vache. Vers le huitième jour, l’eufant devint triste , abattu; les selles devinrent plus fréquentes , et il fut surtout pendant la nuit en proie à une agitation des plus grandes, à une insomnie des plus fatigantes et à des cris que rieu 11e pouvait apaiser. Trois jours s’écoulèrent sans qu’on pût deviner la cause de ces accidens ; mais le quatrième , ou le douzième de l’âge du petit malade , on aperçut

sur la langue quelques petits points blanchâtres , qui se multiplièrent rapidement , et qui ne laissèrent aucun doute sur la nature de la maladie, La rougeur de toute la muqueuse buccale faisait soupçonner que le muguet allait être des plus confluens ; dès-lors on suspendit toute nourriture artificielle , et on borna l'enfant au lait maternel. Le dévoiement , qui existait depuis quelques jours , devint plus abondant; tous les symptômes déjà énumérés persistèrent également.

Prescription. Pour boisson, une légère infusion de racine de guimauve sèche , sucrée avec s. q. de sirop de gomme arabique ; lotion des gencives et des lèvres avec un pinceau de charpie trempé dans une décoction de figues grasses dans le lait, à laquelle on ajoutait une cuillerée à café de miel rosat par once de liquide ; cataplasme émollient sur le ventre ; quarts de lavemens émolliens, répétés trois fois par jour.

Le cinquième jour, l’éruption est beaucoup plus considérable ; les points blancs , très-nombreux , forment déjà dans certains endroits des plaques blanches épaisses , et remarquables surtout sur les parties latérales delà langue; le dévoiement, l’insomnie, les cris et autres symptômes de la veille persistent.

Continuation des moyens prescrits le quatrième jour, et de plus bain émollient tiède , à la sortie duquel le malade est enveloppé dans la flanelle chaude.

Le sixième jour, augmentation rapide de l’éruption, qui a déjà envahi la presque totalité de la bouche ; les autres symptômes croissent avec la même rapidité ; de plus , il y a vomissement des boissons dégluties ; ce que l’on attribua d’abord à une trop grande quantité de liquide prise en peu de temps , et aux cris continuels , que rien n<t pouvait apaiser; le dévoiement devint verdâtre, glaireux , grumeleux et parsemé de flocons blancs.

Même prescription que la veille ; on mêle quelques cuillerées d’émulsiou à la boisson déjà indiquée.

Les parens, inquiets, firent appeler deux médecins distingués de

la capitale ( MM. Paul Dubois et Clément ) , qui portèrent un prognostic des plus fâcheux , engagèrent à continuer les moyens

employés jusqu’alors , et à promener des sinapismes sur les membres inférieurs.

Les septième et huitième jours, le vomissement des boissons se renouvelait chaque fois qu’on en donnait , même la plus petite quantité , et s’il n’y avait rien dans l’estomac , il se contractait inutilement sur lui-même; les déjections alvines ne changèrent pas de nature; la persistance des autres symptômes, toujours très-graves, laissa la crainte d’une. terminaison prochaine.

Continuation de tous les moyens déjà indiqués, et surtout des bains et des petits lavemens.

Le neuvième jour, les vomissemens furent un peu moins fréquens; il n’y eut aucun changement dans le nombre des déjections, mais la matière, toujours de même nature , fut circonscrite d’une légère teinte jaunâtre; les fesses et les membres sur lesquels on avait fait des applications irritantes se couvrirent d’une éruption érysipélateuse. Le petit malade reposa environ une demi-heure après le bain du soir. Pendant la nuit , on lui offrit de temps en temps le sein , qu’il prit à diverses fois; mais il ne goûta plus un seul instant de repos. '

Aucun changement dans la prescription.

Le dixième jour, chute de toutes les croûtes qui couvraient la niu1 queuse buccale. Après le bain du matin , une légère moiteur s’établit à toute la surface du corps, la rougeur des fesses et des cuisses est beaucoup plus prononcée, les vomissemens sont moins fréquens , le malade fait tous ses efforts pour prendre le sein ; mais la douleur l'oblige à s’en éloigner en criant ; cependant il parvient à le saisir, et tète quelques iustans. La matière des déjections est plus jaune que la veille ; on remarque d’abondantes croûtes blanchâtres et analogues à du congulu m de lait répandues dans ces matières.

Continuation des moyens employés jusqu’alors; eau de poulet trèslégère, alternée avec la boisson déjà prescrite.

Le onzième jour, l'amélioration continue , nul changement clans la prescription.

La douzième jour , réapparition des croûtes aphtheuses de la bouche ; elles sont. moins étendues que les premières ; l’enfant prend plus fréquemment le sein , tète plus facilement que la veille; les vomissemens sont presque uuls ; les déjections moins fréquentes , mais; de même nature. Le petit malade repose plusieurs heures pendant le jour et autant pendant la nuit ; le ventre n’est presque plus tendu ; les rougeurs des cuisses augmentent de jour en jour; il y a même un léger. suintement séreux, f. Nulchnngemttnt dans la prescription.

Le treizième jour, diminution notable de tous les symptômes de la veille , apparition autour du cou d’une éruption en apparence dartfeuse ,t très-analogue à celle déjà observée aux cuisses ; l’enfant tète très-bien , ne vomit plus ; les déjections alvines sont jaunâtres et peu fréquentes, quoique liquides et parsemées de croûtes blanches. :

Le quatorzième jour, les croûtes de la bouche , qui s’étaient développées en dernier lieu V commencent à se détacher ; l’enfant est en pleine convalescence , quoique la sensibilité de la muqueuse buccale soit encore très-prononcée et sa rougeur très-vive.

Le seizième jour , à la suite des veilles et des fatigues que la mère avait éprouvées pendant la maladie de son enfant , le sein gauche a commencé à s’engorger, et est devenu en deux jours tellement douloureux , qu’elle a été forcée de cesser d’allaiter de ce CQttbr • : ■ tn h ■ ■ , .

•i Le dix Septième jour, l’enfant continue d’aller de mieux en mieux, son corps se couvre d’un grand nombre de petits boulons qui ont l’apparence de faux furoncles.

Le vingtième jour , les boutons qui s’étaient développés passent à l’étal de suppuratiou; 1 s’eu .développe de jour en jour de nouveaux, qui suivent la même marche.

La mère, souffrant de plus en plus , ne voyant pas son enfant se

développer d’une manière -satisfaisante, malgré l’amélioration sensible de son état, et craignant que ses souffrances et la suppuration qui s’établit dans le sein n’influent sur la santé de l’enfant , se détermina à le confier aux soins d’une nourrice accouchée depuis deux mois. On vit encore pendant quelque temps des boutons se renouveler et disparaître dans l’ordre de leur développement ; malgré cela l’éruption du cou et des fesses se dissipa, et 1 enfant passa à l'état le plus satisfaisant.

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