‹ Dissertation sur le muguet, ou affection aphtheuse des nouveau-nésChapitre 4 sur 4 · IL* OBSERVATION · texte numérisé non relu

IL* OBSERVATION

Un enfant d’un mois , d’une constitution faible et délicate, appartenant à des parons peu aisés , habitant un rez-de-chaussée humide et froid, fut pris, vers les premiers jours de novembre i8a4> de malaise, d’assoupissemens continuels pendant le jour, et de cris non interrompus pendant la nuit. La mère, les attribuant aux besoins que son fils pouvait éprouver, lui donnait, outre le sein , une bouillie au lait de vache; l’enfant ne tarda pas à refuser avec opiniâtreté la nourriture qu’on voulait lui faire prendre; et lorsqu’on l’y forçait, il ne tardait pas à la vomir et à recommencer ses err$. Quatre jours s’écoulèrent sans que les parens réclamassent aucun soin. Appelé au cinquième jour de la maladie, je trouvai l’enfaut dans l’état suivant.

Cinquième jour. Abattement très - grand , visage ridé , yeux éteints, ternes; assoupissement continuel , lèvres très - rouges cl vermeilles , très-chaudes , ainsi que toute la peau , et particulièrement la région épigastrique; la langue et le palais présentaient de petits tubercules blanchâtres; le pouls était développé, un peu dur; il y avait dévoiement et vomissement des substances alimentaires.

Prescription. Application de deux sangsues sur le creux de l’estomac , léger cataplasme émollient après leur chute ; bains de pieds , avcc'addition d’une cuillerée à bouche de farine de graine de inou-

larde , petits lavemens émolliens , réitérés trois fois par jour ; eau de gomme pour boisson , et pour aliment, usage exclusif du lait maternel.

Sixième jour. Augmentation des symptômes; la chaleur et la rougeur des lèvres sont beaucoup plus prononcées; la mère se plaint de la chaleur que la bouche de l’enfant communique au mamelon; les évacuations alvines étaient plus fréquentes, plus abondantes et très-fétides ; l’abdomen toujours peu douloureux à la pression ; les vomissemens , qui avaient été suspendus après l’application des sangsues , se sont renouvelés avec la même fréquence que la veille; l’éruption est beaucoup plus étendue; les boutons, beaucoup plus nombreux , sont unis dans certains endroits par des croûtes blanchâtres analogues à la crème de lait ; l’enfant tète difficilement.

Lotions de la bouche avec une décoction de figues grasses dans le lait , continuation des cataplasmes , de la même boisson; réitération de petits quarts de lavemens toutes les trois heures.

Septième jour. L’enfant ne cesse pas un instant de crier ; les selles sont continuelles, beaucoup plus liquides, mêlées de matières verdâtres analogues à des épinards hachés , et de fragmêns de croûtes blanchâtres semblables à du lait coagulé; la peau est toujours très-chaude; en un mot, tous les symptômes sout augmentés , et en outre il y a plus de fréquence dans le pouls , qui est aussi plus faible; l’enfant ne prend presque plus le sein de la mère , ou quand il le prend il n’exerce qu’une succion fort légère, et qui amène peu de lait.

Même prescription que la veille , bain général tiède; application de cataplasmes sinapisés sur les membres inférieurs.

Huitième jour. Les symptômes croissent de jour en jour , les boutons sont réunis par une croûte blanchâtre , qui ne forme plus qu’une seule plaque qui tapisse l’inlérieur de la bouche ; le malade vomit tout ce qu’on lui donne , même l’eau gommée administrée à très-petites doses.

Application de deux sangsues à l’anus, bain tiède après les sangsues; cataplasme émollient sur le ventre, continuation de tous les autres moyens thérapeutiques employés les jours précédens , sinapismes promenés de nouveau sur les membres inférieurs.

Neuvième jour. La nuit dernière a été des plus mauvaises , l’enfant n’a pas cessé un seul instant de crier, les vomissemens se sont renouvelés chaque fois qu’on a essayé de faire boire le petit malade ; la diarrhée est également immodérée; les croûtes de la bouche, qui recouvrent aussi les lèvres, où elles ont une épaisseur trèsremarquable, surtout vers la commissure , prennent une couleur un peu foncée ; la peau est toujours très-sèche, brûlante; les yeux sont brillans , secs, et semblent recouverts d’une pellicule; le pouls est très-faible, très-fréquent; on ne peut en compter les pulsations.

Réappîication de sinapismes promenés sur les membres inférieurs; les parens , effrayés de la faiblesse du mahde , se refusent «à le mettre au bain ; continuation des lavemens toujours avec la même fréquence , ainsi que des autres moyens mis en usage.

Dixième jour. Augmentation de tous les symptômes; le malade ne peut plus boire , les croûtes qui tapissent la bouche et les lèvres sont sèches et brunes ; les selles sont continuelles, et de même nature que les jours précédens; les extrémités sont froides; la face est grippée, ridée , le nez pincé; les cris sont languissans , faibles ; le pouls à peine sensible.

Application à chaque cuisse d’un vésicatoire d’un pouce de diamètre, potion légèrement fortifiante, administrée par cuillerées à café; sinapismes aux pieds.

Mort pendant la nuit.

L’autopsie cadavérique a été refusée par les parens.

Terminaison du muguet.

C’est par le retour à la santé ou par la mort que le muguet se termine. Le premier cas se remarque surtout lorsque la maladie a été

peu intense, qu’elle n’est accompagnée de l’inflammation d’aucun organe important , que l’éruption est peu abondante, en un mot, lorsque la maladie est simple , ou , comme on l’a dit , bénigne ou discrète. Alors on voit tous les symptômes, après avoir acquis un certain degré de développement , on les voit, dis je , diminuer d'iutensité ; les croûtes tombent , mais la bouche de l’enfant reste toujours rouge et sensible au moindre contact. Quant aux crises, elles ont le plus ordinairement lieu par une éruption de boutons qui se fait aux fesses ou au cou , ou sur d’autres parties du corps. Ces éruptions doivent toujours être entretenues avec le plus grand soin ; car leur répercussion ou leur disparition subite donnerait lieu à une nouvelle éruption de muguet, que l’enfant, déjà épuisé par la première , ne pourrait supporter. Lorsque la mort doit terminer la maladie, les symptômes vont toujours croissant, ne peuvent être arrêtés par aucun moyen ; les accidens croissent avec une rapidité étonnante , et peu de jours suffisent pour précipiter le malade dans la tombe.

Complications.

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Le muguet peut exister seul ou simultanément avec d’autres maladies , telles que l’endurcissement du tissu cellulaire, l’ictère des nouveau-nés, la syphilis , la présence des vers dans les voies alimentaires. Quelque simple que soit cette affection , elle n’a presque jamais lieu sans fièvre. Très-souvent elle se complique d’inflammations-viscérales , et principalement du cerveau , du poumon, etc. Enfin les enfans affectés de muguet passent souvent à cet état que l’on avait nommé fièvre adjnamique. Les accidens nerveux qui surviennent dans le cours de cette maladie l’ont souvent aussi fait considérer comme compliquée d’une fièvre ataxique. Enfin ou peut ajouter que ce sont ces diverses complications , le plus ordinairement déterminées par l’intensité de la maladie , et si communes dans les hôpitaux , qui rendent la maladie si dangereuse , et qui fout périr le plus grand nombre des enfans qui s’y trouvent.

Inspection du cadavre.

Les désordres qui ont été remarqués dans l’examen des cadavres d’enfans morts des suites du muguet ont varié selon l’intensité de la maladie, ou bien selon son état de simplicité ou de complication. Lorsqu’un enfant faible et délicat est mort des suites du muguet, quoique la maladie ait été peu intense , simple ou discrète, on remarque sur le cadavre une maigreur générale ; on trouve ordinairement la bouche , le pharynx , les fosses nasales , l’œsophage , l’estomac et tout le canal intestinal, mais principalement le rectum , tapissés d’une couche de matière blanchâtre plus ou moins épaisse ; on remarque surtout dans le ventricule des paquets de croûtes semblables à du laitcaillebotté ; en raclant la muqueuse on la trouve rouge, presque saignante ; le canal digestif ne présente aucune ulcération; des plaques d’un rouge moins vif s’y remarquent, mais c’est principalement vers le rectum où elles sont beaucoup plus prononcées , et où les matières blanchâtres sont rassemblées en plus grande quantité. Mais dans les cas d'affection très-intense, ou dans le muguet confluent , on retrouve tous les signes et absolument les mêmes désordres qu’à la suite des gastro-entérites aiguës; ainsi on observe que les intestins sont parsemés d’ulcérations plus ou moins larges et profondes i les glandes mésentériques sont toute s engorgées au niveau îles ulcérations; les intestins, ordinairement pleins de gaz, sont comme étranglés dans certains endroits, et dans les cas de la plus haute intensité de la maladie , on les trouve flétris , comme gangrenés, et contenant çà et là une substance gélaîiniforme grisâtre, qui peut être considérée comme la suite des désordres qui ont eu lieu sur la membrane muqueuse digestive. L’extrémité inférieure du tube intestinal est toujours très rouge ; les matières qui y sont contenues sont d’une fétidité insupportable. Le foie a toujours été observé d’une couleur foncée, la vésicule hilaire remplie d’un liquide verdâtre. D'ans les cas de complications avec des accidens cérébraux, outre les désordres déjà indiqués , on trouve encore dans

la cavité du crâne des épanchemens de sérosité, soit dans les ventricules, soit dans la duplicature de i arachnoïde qui recouvre cet organe, où on rencontre aussi des concrétions gélatineuses. Quel est donc le véritable siège du muguet? D après la réunion des symptômes précurseurs de la maladie et des phénomènes observés à l’ouverture des cadavres , il paraîtrait incontestable que la maladie tient évidem ment à une inflammation particulière de la membrane muqueuse , de même que les diverses érupiions de la peau tiennent bien évidemment aussi à une inflammation particulière de cette enveloppe, inflammation inconnue dans sa cause primitive; qu’enfln 1 éruption qui fait le sujet de cette dissertation est toujours accompagnée des symptômes de la fièvre muqueuse, qui prend un caractère plus ou moins grave selon le degré d’intensilé de l'affection. Quoiqu’il paraisse certain que le siège de la maladie qui uous occupe est la membrane muqueuse gastro intestinale, il faut cependant convenir qu’il est très-difficile, pour lie pas dire impossible, de fixer à priori quelle est la portion de cette membrane que la maladie occupe primitivement , et avouci que jusqu’à ce jour on n’est point encore parvenu à décider une question aussi importante , et que l’immortel auteur de l’Anatomie générale n’a osé décider. Voici comment il s’exprime à ce sujet : « Les aphthes des nouveau-ués sont-ils une affection du chorion muqueux? appartiennent-ils aux papilles? sont-ils une inflammation isolée des glandes muqueuses, tandis que les catarrhes sont caractérisés par une inflammation générale d’une étendue assez considérable du système muqueux? Peut-être parvicudra-t-ou un jour, à l’aide de l’anatomie pathologique, à fixer le siège de cette affection. » M. le professeur Pinel a aussi fort bien senti le vide de l’anatomie pathologique à ce sujet. Enfin on voit que l’opinion des divers auteurs sur la maladie qui nous occupe n’est pas plus certaine que celle qu’ils ont émise sur son siège. V an-de-lV imperse considère les tubercules qui caractérisent le muguet comme de véritables exanthèmes et de même nature qu’eux. Dehaèn les considère comme symptomatiques d’une affection de la muqueuse digestive.

D’après Ketelaer , ils sont la crise d’une autre maladie. Toutefois si l’on considère avec Van-de-W imperse , et quelques autres , que le muguet règne avec la miliaire, que son éruption est précédée de tumulte, d’agitation fébrile , et accompagnée de symptômes inflammatoires; qu’il est peut-être contagieux, comme le croient quelques auteurs, et qu’il n’attaque les malades qu’une seule fois, selon le sentiment de Sauponts3 pourrait-on, d’après ces considérations, ne pas admettre la plus grande analogie entre les exanthèmes muqueux et les exanthèmes cutanés ? Sans admettre même les diverses causes que nous venons dénoncer, l’analogie qui existe entre la structure et la nature des membranes muqueuses, et la structure et la nature de la peau , démontrée par Bichal , n’enlraîne-t-elle pas aussi de l’analogie dans leurs differentes altérations. Peut-être même n’y a-t-il d’autre différence entre le muguet et la miliaire que par rapport à la période d’incubation; ce qui peut tenir à la difficulté de l’observer exactement; dans la maladie qui nous occupe. Il est donc sinon certain , du moins très-probable que le muguet est une maladie propre , idiopathique , une véritable phlegmasie de la muqueuse gastrointestinale.

Prognostic.

Le prognostic du muguet varie selon son état de simplicité ou de complication, selon le degré d’intensité qui accompagne la maladie, ou bien selon qu’il est discret ou confluent. Il est donc évident que , pour porter un prognostic sur le muguet, il faut avoir égard, i.° à sa couleur , 2.0 à son siège, 3.° au nombre des boulons, au temps de leur développement, 5." à leur marche, 6." à l’âge des malades, 'j.0 aux complications qui l’accompagnent.

i.° Eu égard à la couleur. La couleur du muguet varie beaucoup; plus l éruption se rapproche de la couleur blanche, moins elle est dangereuse; il n’en est pas de même quand les croûtes sont jaunes, brunes , ou en général d’une couleur obscure. Plus cette couleur est livide, plus elle se rapproche de ia couleur noire, et plus on doit

redouter la terminaison de la maladie; dans ce dernier cas elle annonce une gangrène certaine, et par conséquent on peut la regarder comme l’indice d’une mort prochaine.

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2.0 Eu égard au siège. Le muguet qui n’occupe que l’intérieur do la bouche est moins fâcheux que lorsque l’éruption s’étend dans tout le canal intestinal ét dans la trachée-artère. Les signes suivans font soupçonner son existence dans les lieux où on ne peut l’apercevoir. Si l’enfant refuse les boissons, même les plus douces, à cause de la difficulté et de la douleur qu’il éprouve en les avalant, c’est une preuve que le muguet occupe surtout le pharynx et l’œsophage. La caruiajgie, le hoquet, les vomissemens , la douleur épigastrique , sont la suite de son développement dans la cavitéde l’estomac; enfin uu dévoiement abondant, le développement et le ballonnement du ventre , sont des indices certains que l’éruption occupe tout le tubp digestif.

3.° Eu égard a leur nombre. On doit peu redouter le muguet discret, dont les boutons sont peu nombreux, et surtout lorsqu’ils se bornent à i’inlérieurdcla bouche. L’apparition de quelques pustules éparses dans l’arrière-bouchc n’indique pas non plus une affection très- redoutable , surtout lorsqu’elle n’est accompagnée que d’une fièvre modérée ; car si la fièvre se manifestait avec des symptômes graves , il y aurait a craindre que , quoiqu’on petit nombre dans l’intérieur de la bouche, (lies «existassent en grande quantité dans le canal alimentaire; au reste les autres signes qui se joindraient à la fièvre ne devraient laisser aucun doute à cet égard.

4-" Eu égard au temps de l’éruption. Lorsque l’éruption se fait immédiatement après les symptômes qui la précèdent ordinairement , leprognostie est en général favorable, et il est, au eonlraire, fâcheux, lorsque l’éruption a lieu pendant la fièvre d’incubation et que les pustules sortent difficilement, quelles sont petites, ou qu’enfin elles ne se développent que vers le septième ou huitième jour.

5. ° Eu égard à la marche. On devra toujours porter un prognostic favorable lorsque l’éruption n’est point accompagnée de fièvre, ou que Ses symptômes fébriles sont peu prononcés ; lorsque les croûtes du muguet tombent promptement, et que leur chute procure du soulagement aux malades, qu’elles ne repulluieut point, ou seulement en petite quantité , et quelles sont remplacées par des taches rouges et humides : les circonstances opposées sont toujours un indice fâcheux, surtout lorsque les croûtes sont longues à tomber, et qu’à leur chute on aperçoit de petites eseharres gangréneuses.

6. ° Relativement à Rage. La terminaison est d’autant plus redoutable que les enfans sont plus près du moment de la naissance. Le défaut de force, la disposition aux inflammations viscérales sont autant de complications qui rendent plus grand le danger auquel ils sont exposés.

7.0 Eu égard aux complications. Le muguet accompagné d’anxiété, de vomissemens , ou d’insomnie continuelle, ou d’assoupissement , de réveils en sursaut, de cris aigus au moment du réveil, de diarrhée colliquative , de hoquets, de convulsions, est toujours fâcheux. Tous ces symptômes indiquent que l’irritation est portée à son plus haut degré d’intensité, que les forces du malade, qui sont considérablement diminuées, doivent faire redouter Hm puissance de la nature et des moyens que l’art emploie pour la seconder.

T raitemen t.

Le traitement de la maladie qui nous occupe doit se diviser en traitement préservatif et en traitement réel.

Le traitement préservatif consiste dans l’observation exacte et rigoureuse de tous les moyens propres à diminuer l’influence des causes occasionnelles dans le cas où on ne peut entièrement soustraire les enfans à leur action. Ces moyens sont de tenir les enfans dans des lieux commodes, sains, aérés, d’où l’on peut facilement

éloigner l’humidité y le froid, et toute espèce de vapeurs ou d’exhalaisons impures; à éviter la réunion d’un grand nombre d’enfans dans des lieux petits et resserrés ; et saus ajouter foi à la propriété contagieuse de la matière du muguet, il sera néanmoins toujours prudent d’empêcher la communication d’enfans sains avec ceux affectés du muguet , et de ne point faire servir pour les uns et les au-' très les mêmes vêtemens, les mêmes ustensiles et les différentes choses nécessaires à leur entretien et aux soins qu ils exigent ; de surveiller avec une scrupuleuse exactitude la nourriture des enfans et le régime des nourrices ; de Re point hésiter à changer la nourrice dont le lait est de mauvaise qualité ou disproportionné aux forces et à 1 âge des enfans. Dès que quelques sjmplômcs feront redouter le développement du muguet , les enfans accoutumés à une nourriture substantielle devront être réduits à un régime très-léger et peu nourrissant ; la malpropreté des couches, l'humidité des langes, sont encore des ineouvéniens qui doivent être surveillés avec le plus grand soin.

Traitement réel. Quand le muguet e9l simple ou discret , l'expérience aprouvéquele lait d’une bonne nourrice est le meilleur moyen que l’on puisse employer pour combattre le muguet; mais si l’on ne peut remplir celte indication essentielle, si l’on ne peut se procurer une nourrice convenable, il faudra s’efforcer d’y suppléer en donnant fréquemment et en petite quauliié des boissons adoucissantes, telles que l’eau de riz, l’eau sucrée, le lait d’ânesse , d’abord coupé à parties égales avec une légère eau d’orge , puis l’eau de gruau ; ou pourra également employer avec avantage le petit-lait préparé sans acide et édulcoré avec du sucre ou du sirop de guimauve. Quant aux applications locales, elles ne peuvent avoir lieu que sur les croûtes de l’intérieur de la bouche, ainsi on aura soin d humecter souvent les parties malades avec un pinceau de charpie trempé dans une décoction de figues grasses dans le lait, avec addition d’une petite quantité de miel rosat; on devra surtout avoir soin , après chaque lotion , de laver le petit

pinceau , et de le hisser tremper dans de l’eau fraîche, que l’on renouvellera souvent. Il est important d’observer que le défaut d’un allaitement convenable reud le traitement plus long et plus difficile, et que l’amélioration a beaucoup plus de peine à se soutenir.

Doit-on, comme le conseillent quelques auteurs , faire usage des purgatifs dans le traitement du muguet? Ne crainrlrait-on pas de voir se réaliser le prognostîc de Ke elaer , qui dit : Purgatio hic funestissima mira pitucas horas hjpercalharsi fine ni vitas plerumquè facitP Ne redoutera-t-on pas davantage encore l’emploi des vomitifs, que quelques auteurs n’ont pas craint de proposer? C’est bien alors que l’on devrait craindre que la muqueuse des voies alimentaires, déjà très-sensible, ne soit entièrement dépouillée par les moindres efforts de Yomissemens , et que par son contact avec des substances irritantes elle ne devînt le siège d’une inflammation plus grande encore que la maladie que l'on c herche cà combattre, qui , loin d’être palliée, n’aurait pu que doubler sous l’influence d’un traitement aussi incendiaire. Dans le traitement du muguet confluent, le lait d’une bonne nourrice doit également tenir le premier rang, sans négliger cependant l’usage des gargarismes ou lotions déjà indiquées ; on pourra de plus, par once de miel rosat , ajouter un à deux scrupules de borax. Ettmuller recommande djns celle circonstance la décoction de raves miellée. Si les vomissemens sont opiniâtres, que i’épigaslre soit douloureux à la pression, on aura recours à l’application de quelques sangsues sur le creux de l’estomac; on insistera sur les boissons adoucissantes , telles que l’eau de guimauve très-légère sucrée avec le sirop de gomme arabique, l’eau de gomme, etc. Mais dans le cas où il y aurait dévoiement abondant, déjections aivincs verdâtres et très-fétides, ou emploiera avec avantage des fractions de lavemens émolliens , rendus un peu narcotiques par l’addition d’une tète de pavot par pinte de liquide ; on pourra également ajouter à même quantité de liquide un demi gros à un gros d’amidon. On ne devra point omettre l’application continuelh de cataplasmes émolliens sur l’abdomen ; on retirera aussi de grands avantages de l’usage

de bains émolliens lièdes. Quant à la nourriture que l’on devra se permettre de donner au petit malade quand il entrera en convalescence, le lait devra toujours tenir le premier rang. Lorsque l’affection cédera , et que le malade aura besoin d’une nourriture un peu plus succulente, on substituera le lait de vache au lait de femme, puis on aura recours aux bouillons de veau, de poulet, plus ou moins concentrés; l’usage d’une bouillie légère, à laquelle on fera subir ime coetion suffisante , sera encore très-convenable. Cependant si , vers la fin de la maladie et après la chute des croûtes, la muqueuse pharyngienne et la muqueuse gastrique étaient trop sensibles et ne pouvaient supporter le contact des aiimens les plus doux, on aurait recours à l’usage des lavemens nourrissans.

Le traitement du muguet compliqué d’une affection grave, d’une inflammation viscérale intense, devra être modifié selon le genre de complication. Dans celle caractérisée par la prostration des forces, mais dépendant de l’état antérieur du malade ou de la longueur de la maladie, on devra avoir en vue, lorsque l’état des organes digestifs le permettra, de relever les forces du malade en substituant au lait des bouillons nourrissans ; on pourra même, dans certains cas, recourir à quelques préparations de quinquina; dans les mêmes vues, on devra surtout insister sur l’emploi des dérivatifs , tels que les cataplasmes sinapisés appliqués sur les membres inférieurs, des vésicatoires volans promenés sur ces mêmes parties; on devra surtout dans ce cas se servir de préférence des emplâtres vésicatoires dans lesquels la poudre de cantharide est incorporéeet non superposée à l’emplâlrc, afin d’éviter leur propriété irritante pour le système urinaire. L’emploi de quelque petites doses de camphre , soit à l’intérieur, mais de préférence à l’extérieur , aura le double avantage de combattre l’effet irritant des cantharides sur la vessie et de prévenir la formation des escharres gangréneuses; si , malgré l’usage des moyens que nous venons d’iudiquer , les tubercules passent à l’état d’escharres gangréneuses, on pourra les lolionner avec une légère décoction de quinquina acidulée avec quelques gouttes d’esprit de Mendérérus

(acétate d’ammoniaque). Lorsqu’on est assez heureux pour voir la crise de la maladie se faire par une éruption de boutons au cou ou aux fesses , ou dans toute autre partie, on doit toujours la favoriser ; et si par hasard l’éruption venait à être répercutée ou à disparaître subitement , on la rappellerait par des rubéfians et de légers sudorifiques. La nourrice qui allaite un enfant affecté de muguet confluent doit , avant et après chaque succion , enduire le mamelon d’un liquide mucilagineux , tel qufe le mucilage de coing, afin d’en prévenir les excoriations.

Les excoriations qui surviennent à l’anus , ou les escharres qu’on V remarque quelquefois, doivent être saupoudrées d’une poudre absorbante quelconque, telle que la magnésie calcinée, l’amidon, la vermoulure de bois, la farine desséchée, la poudre de lycopode , etc.

Ctl.wJ*.

In ætatibus talia evenîunt : parvis quidem el recens natis puerîs , aphthæ, vomifus, tusses, vigiliæ, pa voies , umbilici inflainmationes , aurium humiditates. Sect, 3 , aph. 24.

Àd dentilionem verô accedentibus, gengivarum pruritus, febres , convulsiones , alvi profluvia, et maxiniè 'ubi caninos deutes producunt, et lis qui inter pueros sunt crassissimi , et qui alvos duroshabent.

__ Sect. 3 , aph. 2 5.

Si vero hiems australis, et pluviosa et placida fuerit, ver autem siccum et aquiloniura , mulieres quidem, quibus partus in ver in~ cidit s ex quâvis occasione abortiunt : quæ verô pepererint , infirnios et morbosos pariunt pueros; ità ut vel statim pereant , vel tenues et valetudinarii vivant. Cæteris vero mortaiibus dysenteriæ et ophthalmiæ siceæ oriuntur ; senioribus autem catarrhi brevi vehementes. Ibid. , aph. 12.

In febribus, cirea ventrem æstus vehemens et oris ventriculi dolor, malum. Sect. 4 > aph. 65.

Considerare verô eliam oporlet oculorum subtùs apparentia in somnis ; si enim albi quid palpebris commissis subtùs appareat, idque non ex alvi profluvio aut ex potione purgante , pravura signum , et valdè lelhale. Sect. 6 , aph. 52.

Quo in morbo somnus laborem facit , lelhale; si verô somnus juvet , non est lelhale. Sect. 2 , aph. 1 .

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