‹ Dissertation sur le rhumatisme articulaire [microforme]Chapitre 6 sur 7 · IV. OBSERVATION · texte numérisé non relu

IV. OBSERVATION

Rhumatisme articulaire très-aïgu, qui, par sa métastase, détermine une inflammation du poumon gauche. (Paris, 2 décembre 1821.)

Antoine Bonnet , Commissionnaire ; demeurant rue Cardinal, n° 4, âgé de quarante-deux ans, fortement constitué, d'un tempérament sanguin , jouissant d'une bonne santé, fit pendant la journée du 27 novembre, qui était très-plavieuse , un travail qui le fatigua beaucoup , et le fit beaucoup sucer ; cependant, malgré le mauvais temps, et tout mouillé, il continua son travail jusqu au suir. De retour chez lui, il changea de chemise et se mit au lit très-accablé de fatigue. Durant la nuit du 2% au 28, il éprouva des douleurs très-fortes dans les deux genoux et dans les articulations tibio-tarsiennes. Le 28, ces articulations étaient très-gonflées, rouges, douloureuses à la pression, et ne pouvaient permeltre aucun mouvement sans faire beaucoup souffrir le malade. Il y avait beaucoup de fièvre, de chaleur à la peau, beaucoup de soif. Le malade fut obligé de garder le lit. Il se fit apporter des herbes aromatiques , les fit bouillir avec du gros vin rouge, en fit faire des cataplasmes, et se lés fit appliquer sur les articulations douloureuses; de plus, il prit du vin chaud sucré. Il eut pendant la journée beaucoup de sueurs , de chaleur à la peau, de fièvre. Le soir du même jour il sentit des douleurs très-vives dans les deux poignets et dans plusieurs articulations des doigts des

(4) deux mains; de suite gonflement dans ces parties, impossibilité de les mouvoir, d'y souffrir la moindre pression; mêmes applications qu'aux membres inférieurs, même boisson : continuation des sueurs, qui étaient toujours très-abondantes. Le 29, même éiat : le 30, de même. Le 1.“ décembre, toujours les mêmes douleurs aux parties affectées; même fièvre.

Le 2 décembre. Il fit appeler M. Senn, mon ami, qui m'a communiqué cette observation. Ce jour, beaucoup de chaleur , de rougeur à la peau; fièvre ; beaucoup de sueur ; fatigués dans tous les membres ; pouls fort, large, plein, assez fréquent ; urines rares, rouges; point de selle; point de sommeil; les articulations du genou très-douloureuses à la pression, gonflées, rouges; les articulations tibio-tarsiennes dans le même état ; le mouvement y est impossible; celles des orteils sont un peu douloureuses, il y a même un peu de gonflement et de difficulté à les remuer; les articulations radio-carpiennes, celles des doigts des deux mains, sont douloureuses à la pression, rouges , gonflées; le mouvement y est impossible ; cependant on ne prescrit rien, parce que le malade paraîtse décider à entrer dans un hospice, mais dans la journée il change d'avis. et veut 60 faire traiter chez lui.

Le 3. Le malade est dans l’état ci-dessus mentionné. Comme il souffre beaucoup, qu'il y a beaucoup de fièvre , de la su", que le pouls est fort, plein, on lui fait au bras une saignée copieuse de quatre palettes au moins; on applique des cataplasmes de farine de graine de lin sur les articulations douloureuses; on donne des boissons adoucissantes , et on met le malade à la diète absolue.

Le 4. Continuation des sueurs, peau chaude, rouge ; pouls fort,plein, mais moins que le jour précédent, le gonflement et la douleur des articulations sont un peu diminués ; point de sommeil, point de saignée. (Même prescription pour le reste.)

Dans la nuit du 4 au 5, le malade éprouve beaucoup de difficulté à respirer, de la toux, une douleur profonde dans le côté gauche de la poitrine, difficulté à expectorer. M. Sezn vient, et trouve le

(42) malade ayant beaucoup d'étouffement ; il percute la poitrine, sent un son mat au-dessous de la mamelle gauche; la respiration n'est pas entendue à cet éndroit avec le cylindre de M. Laënnec ; le pouls est fort. plein, larges il y a beaucoup de chaleur, de rougeur à la peau, de sucurs; il y a de la soif, On fait au bras une saignée de seize onces. ( Poissons adoucissantes.)

Le 5. Le gonflement des’ poignets, des doigts et des pieds a disparu ; les articulations tibio-tarsiennes et celles des genoux présentent un peu de douleur ct de gonflement ; le mouvement y est un peu difficile ; le pouls est plein, fort, un peu fréquent ; il y a de la chaleur à la 'peau, et des sueurs copieuscs ; la respiration est génée, l'expéctoration'assez facile et point mélée de sang; il n'y a point de somméil, les urines sont rares, jaunâtres; il n'y a point de selle. ( Prescription : cataplasmes émolliens aux genoux, boissons adoucissantes, diète absolue, lavement. )

Le 6: Il y a beaucoup de sueurs, la peau est chaude, le pouls est large, plein, assez fréquent ; il n'y a point de selle, les urines sont rares, jaunâtres; il n'ya point de sommeil, le gonflement et la douleur des genvux et dos articulations tibio-tarsiennes ont disparu ; la peau est rouge, couverte d'une éruption miliaire, ou de petits boutons rouges sensi)les au toucher ; la difliculté de respirer persiste ; le son est toujours mat sous la mamelle gauche; la toux est difficile, assez fréquente; l’expectoration est peu abondante et point sanguinolente : (Prescription : saignée de 3 xij au bras, mêmes boissons, lavement émollient, diète absolue, vésicatoire au côté gauche. )

Le 7. Les sueurs sont moindres qu’hier; cependant la peauestrouge, chaude; l'éruption miliaire très-apparente, surtout à la poitrine; le pouls est encore plein, un peu moins fort qu'hier, un peu fréquent; la respiration est plus facile, le son mat au-dessous de la mamelle gauche est peu étendu; il y a peu de toux; l'expectoration est peu abondante, urine rare , jaunâtre ; point de selle, point de sommeil. ( Prescription : boissons adoucissantes, lavement émoljient. )

Le 8. Les sueurs sont très-abondantes ; l’éruption miliaire continue d'être très-apparente, et les petits boutons du cou, et du haut de la peitrine sont blancs, contiennent un peu de pus à leur sommet; le pouls est toujours le même ; agitation pendant la nuit; point de sommeil; point de selles ; les urines sont dans le même état ; difficulté de respirer ; expectoralion assez facile et mêlée d’un peu de sang. ( Prescription : saignée % viij, mêmes boissons, diète, lavement.)

Le 9. Les sueurs sont assez abondantes ; le poulsest moins fort, moins

plein qu'hier ; il n'y a point eu d’agitation pendant la nuit; l'expectoration n'est plus sanguinolente ; point de selle; urines très-chargées ; tous les petits boutons miliaires sont blancs à leur sommet. ( Prescription : mauve-violettés lavement, diète absolue. ) . Le 10. Peu de sueurs ; pouls peu fréquent, conservant encoré un peu de plénitude ; expectoration muqueuse libre, sou clair sur tous les points de la poitrine ; les boutons miliaires se dessèchent; point de selles ; urines épaisses un peu jaunâtres, déposant un sédiment. (Prescription : nêmes boissons , lavement , bouillon. )

Le 1 1. Point de sueurs; pouls à l’état naturel ; urines plus abondantes, déposant un sédiment ; point de selle; expertaration peu abondante ; respiration libres éruption desséchée. (Même prescription qu'hier.)

Le 12, Le malade est tout-à-fait en convalescence.

J'ai vu à la Charité une observation semblable , à peu de chose prés, chez un malade âgé de 20 ans, qui avait un rhumatisme dans les articulations tibio-tarsiennes, et dans celles des pieds, et chez lequel la métastase se fit sur le poumon droit.

(44) HIPPOCRATIS APHORISMI

(edente Parser ).

Duobus doloribus simul obortis , non in eodem loco, vehementior obscurat alterum. Sect. 2, aph. 46.

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