II° OBSERVATION
Rhumatisme articulaire terminé par suppuration à l'extérieur des articulations. (Hôpital de la Charité, 31 janvier 1822).
La nommée Marie Chastan, âgée de dix-huit ans, fille, n'a jamais été réglée ; elle est blanchisseuse, d'un tempérament lymphatique. Elle éprouva sur la fin de 1820 une douleur dans l'épaule droite, douleur qu'elle rapporte à un effort qu'elle fit pour puiser un seau d'eau, De l'épaule droite , cette douleur se porta au côté droit de la poitrine. Alors difficulté de respirer, un peu de toux, augmentation de douleur par la pression, Une application de sangsues faite sur le côté, diminue cette douleur. Cependant, il resta encore un peu de difficulté dans la respiration. La malade ne pouvait tousser, ni éternuer sans douleur. Trois mois après elle éprouva une douleur assez aiguë dans le genou droit; il ÿ avait des élancemens ; et lorsqu'elle était restée quelque temps assise, elle éprouvait beaucoup de douleur en se relevant, et beaucoup de peine à étendre la jambe sur la cuisse. Deux mais après l'apparition de la douleur, il survint beaucoup dé gonflement au genou, qui s'étendait même assez has à la jambe , la peau était rouge, et la pression très-douloureuse. Cependant la malade continua toujours de marcher, en éprouvant beaucoup de douleur , de chaleur et de roideur dans l'articulation. Cette douleur augmentait par les changemens de temps, les temps humides. On fit deux applications de sangsues sur le genou, l’une de huit, l'autre de dix. Elles diminuèrent beaucoup la douleur et la roideur du genou. La malade garda le repos pendant cinq jours. Elle mit sur son genou des cataplasines de graine de lin qui la soulagèrent beaucoup. Se sentant soulagée, elle reprit ses occupations, et le gonflement du genou diminué resta dans le même état pendant deux mois, sans douleur dans aucune autre partie, excepté de temps en temps dans la poitrine. Après ce temps, une autre douleur se déclara dans
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le coude gauche, qui se tuméfia et rougit; l'avant-bras était à demi fléchi sur le bras; les mouvemens de l'articulation huméro-cubitale étaient bornés et douloureux. On appliqua un vésicatoire au bras gauche, qui ne produisit aucun soulagement. Peu de temps après, le coude droit devint douloureux, se tuméfia , et présenta les mêmes phénomènes que le précédent. Malgré cela , la malade ne garda pas le repos. Elle resta dans ce même état à peu près pendant six mois, au bout desquels elle entra à l'hôpital le 30 janvier 1822. État suivant Je lendemain 31 : La malade est pâle; elle est un peu maigric; clle n'a point de fièvre; toutes les fonctions se font bien ; le genou droit est très-gonflé antérieurement et sur les côtés ; il est d’un volume énorme; on ne peut pas sentir la rotule; on sent de la fluctuation au côté interne et antérieur de l'articulation ; la douleur est assez forte, augmentée par la pression. La malade accuse une chaleur assez vive ; la rougeur est peu prononcée ; la jambe est un peu fléchie sur la cuisse ; les mouvemens sont peu étendus, et augmentent l: douleur. Le coude droit est gonflé à son côté externe et à sa face postérieure. Le gonflement présente de la fluctuation , que l'on rapporte à un fluide épanché dans l'articulation. On ne peut pas sentir l'olécrâne , à cause du développement de la tuméfaction ; la douleur est assez aiguë, la rougeur peu marquée ; l'avant-bras est fléchi sur le bras, et ne peut être étendu , ni exécuter de mouvement sans augmenter la douleur. Le coude gauche offre beaucoup de gonflement à son côté externe et à sa face postérieure. On sent de la fluctuation dans une grande étendue du gonflement, qui empêche de toucher l'olécrâne. La douleur cst assez aiguë ; elle est augmentée par le mouvement ; la rougeur est assez visible; l'avant-bras est à demi-fléchi sur le bras, et ne peut être redressé. Comme le gonflement est très-considérable au genou droit, que la maladie dure depuis long-temps, on craint que les extrémités articulaires ne soient attaquées , et qu'il n’y ait une tumeur blanche.
En considération de l'ancienneté de la maladie, du tempérament de la malade, de l'absence de la fièvre , on ue fait point de saigpée;
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mais on applique trois vésicatoires , un à chaque coude , l'autre au genou droit. On donne la demi-portion, parce qu'il y a assez d'appétit. Les vésicatoires font du bien; ils diminuent très-lentement la douleur et le gouflement. Au bout de quelque temps, on peut sentir l'olécrâne de chaque coude et la rotule du genou droit. Peu à peu les mouvemens deviennent plus libres et moins douloureux, La fluctuation continuc d'être manifeste vers les côtés externes et postérieurs des coudes, et vers le côté interne et supérieur de la rotule,
Le 15 avril, il u'y a plus de douleur au genou droit; il n’y a plus de gonflement w côté externe et à la face antérieure de Ja rotule; à son côté interne est unc tumeur volumineuse , fluctuante, qui s'éteud depuis l'articulation jusqu'à trois pouces et demi au - dessus, et en-dedans jusqu'au côté interne du fémur : on reconnaît que c'est un abcès qui a son siége à l'extérieur do l'articulation,
Au coude droit, il n’y a plus de douleur ni de gonflement inflammatoire : au côté extern* de l'olécrâne est un abcès assez considérable , de forme ovoïde , 4..: l'on a pris pour un épanchement dans l'articulation.
Au coude gauche, il reste encore de la donleur au côté interne et postérieur de l'olécrâue, avec un peu de gonflement : à son côté externe, est une tumeur oblongue , assez considérable , qui présente de la fluctuation, et qui s'étend depuis l'articulation jusqu’à deux pouces et demi au-dessus ; c'est un abcès qui a son siége à l'extérieur de l'articulation. On laisse sécher les vésicatoires qu'on avait entretenus jusqu’à ce moment , et ie 19 on ouvre ces différens abcès qui fournissent un pus séreux mêlé de flocons blancs. Le 25, les foyers du genou et du coude droits sont taris ; celui du coude gauche donne encore un pus bien conditionné. Le 26, les articulations du genou et du coude draits sont tout-i-fait guéries et exécutent leurs mouvemens avec une pleine liberté ; celle du coude gauche éprouve encore un peu de douleur : cependant ses mouvemens sont assez libres ;
l sort encore un peu de pus par l'ouverture de l'abcès : la malade uitte l'hôpital dans cet état.
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(38) IIL° OBSERVATION.
Rhumatisme de l'articulation coxo-fémorale , produisant les premiers phénomènes de la luxation spontanée.
Vers le milieu de juin 1821, Jules |: PAP âgé de 7 ans, d'une irritabilité gastrique très-prononcée , et d’un tempérament lymphatique; convalescent d'une gastro-entérite, et cancore alité, se plaint de douleurs vives dans l'aine et dans la partie supérieure de la cuisse. Il n'y à pas de gonflement, très - peu de douleur au toucher: peau de couleur naturelle, mouvemens du membre un peu douloureux : les fonctions digestives s'exécuient parfaitement bien, et le malade ne se plaint d'aucune autre incommodité. ( Gataplasmes émolliens sur l'articulation de la cuisse. ) Les parens attribuent cette légère affection au froid qui a pu le surprendre pendant qu'il jouait dans son lit.
Les douleurs diminuent, mais les mouvemens restent un peu douloureux : le membre est habitueilement demi-fléchi. (Oreiller sous le membre, cataplasmes.) L'état d’anémie et de susceptibilité gas trique du malade ne permettent pas l'emploi de moyens plus actifs.
Les douleurs cessent peu à peu presque complètement ; on attribue à la paresse la répugnance du malade au mouvement, et on néglige les applications émollientes,
5 juillet, On a fait lever le malade; il marche avec la plus grande. difficulté. Averti de cette circonstance, je le fais marcher devant moi; je vois qu'il s'appuie seulement sur le membre droit, et qu'il ramène difficilement je paane à au niveau de autre en lui faisant décrire un demi-cercle.
Le malade étant placé sur un plan horizontal , les épines iliaques sur une même ligne perpendiculaire à l'axe du corps , le talon gauche dépasse le droit d'un ‘pouce environ, Îles genoux offrent une “diférence semblable ; le pied 1 est tourné en-dehors, le grand tro-
chanter plus éloigné de l'épin laque antérieure et supérieure corres-
(59 ) pondante que celui du côté opposé, il est porté en arrière. On peut imprimer au membre des mouvemens dans tous les sens ; mais ; s'ils sont portés un peu loin, ils provoquent de la douleur, surtout dü côté de l'abduction.
On sent profondément du gonflement autour de l'articulation ; les muscles du membre malade sont plus flasques que ceux du membre sain : la peau offre de la sécheresse. ( Dix sangsues sur la région inguinale ; après leur chute, fomentations émolliéntes . puis cataplasmes de même nature, repos absolu, diminution légère des alimens. )
Les sangsues coulent abondamment.
Le 5. L'allongement du membre paraît moindre d’un demi-pouce ; les mouvemens sont un peu plus faciles. (Vésicatoire au-devant de l'articulation , nourriture substantielle, un peu de vin.)
Le 15. Le vésicatoire suppure encore; l'allongement est beaucoup moindre; les douleurs, déterminées par le mouvement, ont cessé presque complètement ; mais il y a un peu de gonflement dans l'ainé. ( Faire sécher le vésicatoire.) :
Le 15. On sent que les ganglions inguinaux ct le tissu cellulaire environnant sont tuméfiés. ( Cataplasmes émulliens. ) La jambe a repris sa longueur naturclle.
La tumeur sous-cutanée est dicututée; mais on sent de la fluctuation au centre ; au reste, il n’y a ni douleur ni chaleur marquées. (Frictions avec l'huile camphrée , ‘trois fois par jour, autour du point ramolli ; compresse imbibée du même liquide. )
La peau est amincie; l'engorgement pue ganglions diminue. Ponction avec une lancettc, qui donne issue à une petite quantité de pus blanc , homogène et bien lié. ( Frictions et applications camphrées; malaxer la tumeur à chaque pansement.)
Le 25. La petite plaie est cicatrisée. Des frictions et des cataplasrnes émolliens employés tour à tour ont fait disparaître l’engorgement. Le malade peut mouvoir sex inembre dans tous les sens, sans la moindre douleur. Il se lève et peut marcher avec ie canne ; cependant il s'appuie peu sur la jambe gauche.
Le 1. août, Il marche sans appui, boite à peine.
Le 5. Il est complètement guéri, et marche assez long-temps sans se fatiguer. |
Le 15. Il ne reste aucune trace de son indisposition.
Depuis, l'exercice, le grand air, et autres moyens hygiéniques, ont remarquablement changé la constitution du malade, qui jouit de la plus florissante santé.
Cette observation m'a été communiquée par M.Æerpin, mon ami.