‹ Dissertation sur les Follicules de la Muqueuse Gastro-Intestinale no.81Chapitre 4 sur 8 · ET SUR LA NATURE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

ET SUR LA NATURE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE

C£ fut Peyer qui décrivit le premier, en 1681 , dans un ouvrage intüitulé Exercitatio de glandulis intestinorum, les follicules de la membrane muqueuse gastro-intestinale. Trente-quatre ans plus tard, Brunner publia un Traité sur les follicules du duodénum , ouvrage où l’on est étonné de ne pas même trouver le nom de Peyer ; et, bien que ces derniers follicules aient’été décrits et découverts par Peyer, on Jeur a donné le nom de follicules de Brunntr.

Les follicules que l’on a encore désignés sous le nom de glandes de l'intestin ne sont pas toujours faciles à étudier; on ne les aperçoit pas également dans tous les âges; ainsi, chez le fœtus , on n’en trouve aucune trace, mais il paraît qu'ils se développent à une époque trèsproche de la naissance ; M. Billard les a rencontrés chez de très-jeunes

(V0) enfans ; je les ai trouvés très-apparens et très-nombreux chez deux enfans de deux et trois mois, dont j'ai examiné les intestins; je dois dire que ces deux enfans étaient morts avec une diarrhée très-abondante , circonstance qui coïncide souvent avec une hypertrophie de ces petits organes. Après cinquante ans, et dans la vieillesse, il est à peu près impossible de les apercevoir.

Dans l'estomac, les follicules sont toujours séparés les uns des autres ; c'est vers l’orifice cardia, et vers le pylore, qu'ils sont plus nombreux; on les aperçoit là comme une multitude de petits points opaques, d’un blanc jaunâtre, assez semblables à des grains de millet; dans les autres parties de l'estomac, il est beaucoup moins facile de les distinguer. Dans le duodénum , ils sont également isolés les uns des autres, ou tout au plus en trouve-t-on quelquefois trois ou quatre réunis; ils sont plus nombreux qu’en aucun autre lieu. Il est un petit espace, au-dessous du pylore, que M. Billard nomme pylori-valvulaire , et qui est dépourvu de valvules, où ils sont surtout extrêmement abondans. Dans tout l'intestin grêle, om ne les trouve plus seulement isolés, mais réunis par groupes plus ou moins nombreux ; c'est surtout près de la valvule iléo-cœcale que leur nombre est trèsconsidérable. Dans le gros intestin, ils sont toujours isolés et plus volumineux que dans les autres parties du tube digestif. Ainsi, les follicules existent sous deux états : 1°. isolés; 2°. réunis en groupes. Il m'a suffi de les signaler dans le premier état ; mais je crois devoir m'arrêter un instant sur le deuxième cas. }

Ce n’est que dans l'intestin grêle que les follicules se réunissent en formant des plaques qui affectent des dispositions différentes; on les désigne plus particulièrement sous le nom de plaques de Peyer. Ces plaques occupent constamment la partie de l'intestin opposée au mésentère; elles sont d'autant plus nombreuses, et ont une étendue d'autant plus grande, qu’on approche davantage de la valvule de Baukin. Pour bien les étudier, il faut séparer l’intestin de son attache fendre cet organe à l'endroit même où s’insère le mésentère. Dans Vétat naturel, on ne les distingue que parce que les lieux qu’elles occu-

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pent offrent des caractères particuliers; en effet, l’on n'apércoit pas les follicules au premier coup d'œil, mais l'on voit des plaques arrondies , ovalaires , et plus ou moins allongées dans le sens de la longueur de l'intestin, où la muqueuse est lisse, sans replis ; les valvules conniventes, qui, dans les autres points de l'intestin, forment un cercle complet, s’interrompent brusquement de chaque côté de ces plaques. Si l’on place l'intestin entre l'œil et la lumière, elles deviennent bien plus faciles à étudier; l’on peut alors distinguer et même compter les follicules. On rend ceux-ci encore plus apparens en mettant, comme l'a conseillé M. Billard , et comme je lai souvent fait, les intestins macérer pendant vingt-quatre heures dans l’eau froide.

Il est une manière de les étudier, que j'ai souvent employée et qui m'a été très-utile, puisqu'elle m'a permis non-seulement de voir plus facilement les follicules, mais d'en étudier la structure; voici comment je procède : après avoir détaché et fendu l'intestin, de la manière que j'ai dit plus haut, je sépare la muqueuse et la couche de tissu cellulaire très-dense à laquelle elle tient très-intimement, de la tunique musculaire et péritonéale ; dans la plupart des cas, surtout chez les jeunes sujets et lorsque l'intestin a été enflammé, c’est avec facilité que j'ai ainsi séparé , dans une grande partie de la longueur de l'intestin , les tuniques muqueuse et sous-muqueuse d’une part, des tuniques musculaire et péritonéale de l’autre. Mais, dans quelques cas, les fibres musculaires se séparent elles-mêmes en deux couches, dont l’une reste adhérente au tissu cellulaire sous-muqueux , et l’autre au péritoine. La muqueuse étant ainsi séparée, les valvules et tous les autres plis s’effacent immédiatement ou par une traction légère; il n’y a que dans le duodénum et à la partie supérieure du jéjunum , là où les valvules sont si abondantes, qu’elles ne s’effacent quelquefois qu'en partie, et c’est avec assez de difficulté qu’on parvient à les faire disparaître complètement sans déchirure des tissus. Ainsi déplissée, la muqueuse acquiert deux à trois fois plus de longueur ; elle offre dans toute son étendue un aspect lisse; placée entre l'œil et la lumière, l'on y distingue très-aisément les plaques folliculaires; là , en effet, la mu-

queuse est moins transparente, et les follicules s'aperçoivent sous forme de petits grains de millet ; quelquefois j'ai pu distinguer leur ouverture comme un petit point transparent. Rien n’est plus variable que le nombre de ces plaques : tandis que chez quelques sujets l'on en peut compter jusqu’à cinquante ou soixante, l’on n’en compte plus qu’un très-petit nombre chez d’autres. Telle est la disposition la plus constante que ces plaques m'ont paru affecter ; à un pouce plus ou moins de la valvule iléo-cœcale, l’on rencontre ordinairement la plaque la plus large; elle est aussi la plus irrégulière, presque jamais elle n'offre cette forme ovalaire ou arrondie qui caractérise les autres; à une distance plus ou moins grande de cette première plaque, l'on trouve une ou deux plaques ovalaires , puis après celles-ci une ou deux plaques arrondies , et ainsi alternativement l’on trouve des plaques ovalaires et des plaques arrondies ; à mesure que l’on approche du jéjunum, leur nombre diminue; dans le jéjunum, elles sont beaucoup moins abondantes, et souvent on n'y distingue plus que des plaques arrondies. Le nombre des follicules qui constituent chaque plaque varie depuis dix jusqu’à cinquante, et même davantage. J'ai vu quelquefois des plaques allongées sous forme de rubans de quatre à cinq pouces de longueur. Les plaques ovalaires m'ont paru formées par quatre à cinq rangées de follicules placées assez exactement sur des lignes parallèles, et dans le sens de la longueur de l'intestin ; les plaques arrondies, au contraire, sont formées par des follicules amassés sans ordre à côté les uns des autres. Le diamètre des premières est d’un à deux pouces en longueur, et d’un demi-pouce en largeur. Le diamètre des secondes est toujours plus petit, varie depuis trois à quatre lignes jusqu’à un pouce; rarement même elles acquièrent cette dernière dimension.

Voici ce qu’un examen attentif m'a appris sur l’organisation des follicules : lorsque après avoir séparé la muqueuse, comme je l'ai dit, je plaçais les plaques entre mon œil et la lumière, ils apparaissaient sous forme de grains moins gros que des grains de millet ; il n’était guère possible de distinguer l’ouverture qui se trouve à leur sommet

(9) que lorsqu'ils étaient hypertrophiés ; ils ne faisaient aucun relief sur la muqueuse; leur base reposait évidemment au milieu du tissu cellulaire sous-muqueux. En exerçant dans le sens du diamètre transversal, etensens opposé , des tractions modérées avec les deux mains, bientôt je commençais par apercevoir au sommet de chaque follicule leur ouverture, qui auparavant était invisible, comme de petits points transparens ; en continuant à exercer les mêmes tractions modérément, je dilatais de plus en plus cette ouverture, au point qu'à la place des follicules je ne voyais plus à la surface interne de la muqueuse qu’une foule de petites dépressions parfaitement circonscrites par des circonférences arrondies ou ovalaires, et qui se distinguaient du reste de la muqueuse par leur plus grande transparence; en un mot, il était évident que l'ouverture de chaque follicule s'était dilatée, et toutes les petites dépressions, que je distinguais très-bien en plaçant la muqueuse sur la pulpe de mes doigts ou sur un plan solide, m'attestaient que je ne voyais plus que le fond du follicule; une sorte de marge arrondie, qui circonscrivait cette dépression, formait une ligne de démarcation entre la muqueuse et la membrane, beaucoup plus mince, qui revêtait l’intérieur du follicule, membrane qui, du reste, se continuait avec la première et n’était certainement que celle-ci diminuée d'épaisseur. Je pouvais faire acquérir à chacun de ces follicules une dilatation d’une et même de deux lignes ; aussi le diamètre de l’intestin en devenait -il sensiblement plus grand. Un pareil phénomène avait lieu dans les plaques ovalaires et dans les plaques arrondies, et bien plus facilement encore dans les follicules isolés ; pour l'obtenir, il m'a suffi quelquefois de placer la muqueuse tendue sur un corps solide et poli, en même temps que j'en frottais la surface interne avec la pulpe de mes doigts: L'organisation de ces follicules m’a paru offrir quelques modifications différentes dans les différens âges; chez les deux enfans dont j'ai déjà parlé, c’est avec une extrême facilité que l'on pouvait les dilater ; chez les adultes, l’on éprouvait plus de difficulté ; enfin, à un âge avancé dela vie, lorsqu'on pouvait encore rencontrer quelques plaques, une grande partie des follicules qui les

( 10 constituaient ne pouvaient plus être dilatés. Dans ce cas, ne paraîtil pas que leurs parois aient contracté des adhérences ?

En résumé on voit : 1°. Qu’une foule de follicules existent dans toute l'étendue de la muqueuse gastro-intestinale; que ces follicules existent dans les lieux où il n’y a pas de valvules ; je ne dis pas cepen- : dant que l’on ne puisse en rencontrer quelques-uns, mais ils s’y trouvent toujours en très-petit nombre; qu'ils sont plus abondans dans les différens points où le diamètre du tube digestif est rétréci, comme au cardia, au pylore, près de la valvule iléo-cœcaie. 2°. Que ces follicules d’une organisation très-simple ne sont autre chose qu’un petit utricule constitué par la muqueuse qui s'enfonce au milieu du tissu cellulaire, ce qui, du reste , avait déjà été dit par tous les anatomistes; qu'ils sont extrêmement variables , quant au nombre, chez les différens sujets; que chez les vieillards, l’on ne peut plus les apercevoir que très-rarement, soit qu'ils se soient effacés par simple déplissement de la muqueuse, ce qui pourrait, jusqu’à un certain point, s'expliquer par le frottement continuel des matières et la distension quelquefois très-considérable de l'intestin, soit que leurs parois aient contracté des adhérences entre elles, comme cela doit avoir lieu lorsqu’ils ont été plus ou moins enflammés.

Je ne dirai que deux mots des usages de ces follicules : ils ont évidemment rapport aux sécrétions des mucosités qui sont versées sur . toute la surface de la muqueuse, mais ce serait une erreur de croire que ces pelits corps sont les seuls organes des sécrétions muqueuses ; toute la muqueuse sert indistinctement à ces sécrétions. Ne sait-on pas que les canaux fistuleux anormaux, dont l'intérieur est revêtu par une muqueuse formée aux dépens de tissus très-variables, sécrètent du mucus, bien que dans la grande majorité des cas , sinon dans la totalité, ils ne contiennent aucun follicule? Mais il est probable que ces follicules sécrètent des fluides plus élaborés et en plus grande quantité que les autres parties de la muqueuse; peut-être encore ces fluides sont-ils de nature un peu différente du mucus. Quel-

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ques médecins font jouer un rôle bien plus important à ces follicules : ils auraient pour usage d’absorber le chyle qui serait pris dans leur cavité par les vaisseaux lymphatiques. Cette opinion, qui date de l’époque où vivait Peyer, et que l’on trouve dans une Lettre de Murali à cet auteur, me semble inadmissible; l’absence des follicules chez les vieillards, leur analogie avec les follicules des autres muqueuses ue suffisent-elles pas pour renverser une’ pareille opinion ? Quel est le médecin, au resie, qui n'ait trouvé des mucosités remplissant leurs cavités. |

Les follicules sont sujets à des maladies comme tous nos autres organes. Je vais passer rapidement en revue ces maladies.

1°. Dans les intestins phlogosés, surtout à la suite d’une maladie chronique, l’on aperçoit très-souvent une foule de petits points noirs dans les différentes parties du tube digestif , dans l'estomac, les intestins grèles et le gros intestin. J’ai rencontré cette lésion un grand nombre de fois, et je puis assurer que le plus ordinairement ces points noirâtres sont constitués par une sorte de pigment dont sont imprégnés les bords de l'ouverture des follicules ; cette matière brunâtre peut être enlevée par un léger grattage, et il m'a été possible quelquefois d’apercevoir ensuite l’ouverture du follicule. Il faut distinguer ces points brunâtres de ces petites lignes de mêmecouleur , et qui dépendent d’une vive injection des villosités. Le simple aspect suffit le plus souvent pour reconnaître ces deux cas ; ainsi, lorsque les follicules, et en particulier ceux des plaques, sont hypertrophiés, l’on voit que ces petits points brunâtres surmontent chacun d’eux; bien plus, l’on voit manifestement, dans quelques cas, que ces petits points brunâtres offrent à leur centre une petite ouverture, et même quelquefois c'est un cercle noirâtre au milieu duquel existe une ouverture d’une demi-ligne à une ligne de largeur. Du reste, ces points ou ces cercles noirâtres, suivant que le follicule est ou n’est pas hypertrophié, font ou ne font pas saillie sur la muqueuse. Il y a entre cette maladie et celle qui affecte les follicules de la face, particulièrement

ceux du nez et des oreilles, une frappante analogie; dans les deux

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