‹ Dissertation sur les généralités de la physiologie, et sur le plan à suivre dans l'enseignement de cette science. Présentée au concours pour une chaire de physiologie ... le 23 mai 1831 (volume 2)Chapitre 1 sur 9 · RUE DES BONS-ENFANS ? W · texte numérisé non relu

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§. 1er. De Renseignement de là Physiologie a la Faculté de Médecine.

La physiologie a pour objet la connaissance des phénomènes dont l'ensemble constitue la vie. Vaste partie de la biologie, elle n’embrasse pas seulement l’histoire de l’homme, mais elle étend ses recherches sur tous les corps animés. La plante qui se nourrit et se reproduit ; ranimai qui croit, sent, se meut et se multiplie 3 les corpuscules vivans que le microscope découvre, ainsi que les grandes masses organisées, appartiennent à son étude,* et comme tout s’enchaîne dans l’univers, comme les corps inerts ont des relations d'actions multipliées avec les corps vivans , la physiologie 11e peut rester étrangère à la connaissance des êtres inanimés.

De l’immensité de son sujet il résulte qu’il est difficile de posséder parfaitement toutes ses par* Vies. Haller y est parvenu ; mais qui oserait espérer réunir au mérite de Haller les circonstances heu-

relises dans lesquelles il se trouvait placé ! D’ailleurs, depuis ce grand homme, la science n’est pas restée stationnaire - l’histoire naturelle a pris une immense extension , et les difficultés se sont multipliées par le nombre des travaux qui se sont succédé.

La physiologie est donc devenue si vaste qu’elle ne me paraît pas pouvoir être cultivée avec succès dans toutes ses branches par un seul homme. De là vient que plusieurs cours de physiologie peuvent être faits , qui différeront infiniment les uns des autres , parce que chacun aura envisagé cette science sous des rapports divers.

Sous le point de vue de l’économie sociale, la physiologie peut être enseignée avec succès,* la haute morale pourra puiser dans son étude ; les arts y trouveront de précieux matériaux; l’homme y apprendra à se connaître lui-même et à détruire ses préjugés ; le législateur y recherchera les moyens de mettre les lois en rapport avec l’organisation, etc., etc. Quelque importantes que soient ces connaissances, elles ne forment pas essentiellement le domaine du médecin , mais elles feraient convenablement le sujet d’un cours de physiologie au Collège de France.

Comme partie de l’histoire naturelle, la physiologie a une grande valeur. Des considérations générales sur les êtres de la nature, l’étude détaillée de leurs fonctions, la comparaison de celles-ci entre elles, les inductions utiles qu'on peut déduire de la physiologie comparée pour la con-

servation ou le perfectionnement des espèces animales ou végétales j etc., constituent des connaissances d’un grand prix ; mais ce n’est pas encore là le cours qui me paraît convenir à des médecins. C’est à l’amphithéâtre du Jardin-dcs-Plantes que des leçons d’un si haut intérêt doivent être traitées , cl d’ailleurs il se fait un cours d’histoire naturelle à la Faculté.

Mais il est une foule de faits physiologiques* entièrement applicables à l’histoire des maladies chirurgicales ou médicales , et dont le nombre est si grand , qu’eux seuls constituent les matériaux d’un cours de plusieurs mois et d’une indispensable nécessité au médecin et au chirurgien. Cette étude seule est immense et les détails qui lui seraient étrangers * feraient consumer en pure perte un temps qu’il vaudrait mieux employer ailleurs* ce qu’il faut avoir surtout en vue dans l’enseignement* c’est Futilité, et il ne faut pas oublier que ce sont des médecins et non pas des naturalistes qu’il s’agit de former. Ce n’est point sur la course, la marche, la station, les détails minutieux d’embryologie, qu’il me paraît surtout important d'instruire les élèves, mais sur les choses d’applications,* par exemple: sur les fonctions du cœur, des poumons, du foie, du cerveau, etc.; il faudra, parla connaissance approfondie des actions organiques, mettre les étudia ns à même de juger dans les cours de pathologie des troubles survenus dans ces mêmes actes. Ce sont des connaissances de ce genre qui me semblent devoir être

traitées dans la chaire pour laquelle je concours. C’est , du reste, la pensée qui m’a dirigé depuis douze ans dans l’enseignement; c’est celle que j’ai manifestée dans tous mes travaux; c’est celle enfin qui a présidé ou présidera à toutes mes épreuves de concours. Il me semble que le reproche le plus grave que l’on puisse faire à un professeur, quclqu’érudil qu’il soit, c’est de lui demander quelle est l’utilité de la chose qu’il vient de dire.

Ainsi, c’est la physiologie essentiellement médicale qui me paraît devoir être professée à l’Ecole de Médecine ; mais quel est l’esprit qu’il faut y apporter?

§. II. — Esprit qui doit présider a l’enseignement de la Physiologie.

Le premier de tous les devoirs du professeur me semble être de n’appartenir à aucune secte; de n’avoir point par conséquent d'opinion préconçue ; de se fonder sur les choses qui lui paraissent vraies; de baser sur celles-ci sa manière de voir actuelle , qu’il devra changer si des faits nouveaux viennent détruire ses idées premières. Il n’y a rien qui annonce plus de faiblesse que de vouloir être fort contre la raison et la vérité; mais comment se dépouiller des idées que l’habitude et la conviction ont enracinées dans l’esprit ? C’est en réfléchissant que des observateurs estimables ont une opinion différente, et qu’ils ne l’ont adoptée aussi que sur des faits; si le doute s’élève, l’observation le suit , et la vérité ne tarde pas à se montrer.

Il faut surtout chercher a se garantir contre 1 exagération à laquelle on est si exposé lorsqu’il s agit de Inapplication des choses que l’on a eu soimeme le bonheur d’observer ou de trouver.

Dans les discussions auxquelles on se livrera en physiologie, il sera bon : d’éviter toutes celles qui, d’un intérêt secondaire, ne tombent que sur des questions mille fois et toujours inutilement agitées,- tout en vénérant les anciens, de mentionner à peine ces antiques erreurs qui exigent rarement une réfutation sérieuse; de s’appesantir enfin sur les discussions vitales de la science.

Dans un cours de physiologie, c’est l’observation qui doit toujours guider : la plus brillante hypothèse ne vaut pas une expérience obscure, mais rigoureusement faite. La littérature médicale est indispensable pour découvrir les faits. Que de choses ne trouve-t-on pas dans les immenses travaux de Galien, de Boërhaave, et surtout de Haller! Mais une grande sagacité peut seule choisir les observations importantes pour élaguer celles d’un moindre intérêt ou d’une exactitude moins avérée; à plus forte raison la défiance est-elle de rigueur lorsqu’il s’agit d’observations nouvelles que le temps n’a point encore consacrées, et que des expériences nombreuses n’ont pas sanctionnées. Plus ces faits sont extraordinaires , moins il faut mettre d’empressement à les accueillir; cependant on ne s’élèvera pas tout d’abord contre eux, car la chose qui paraissait hier extraordinaire parce

qu’elle heurtait des opinions admises , peut devenir demain tou t-à- fait évidente. Le seul parti qu’il y ait à prendre, s’il est possible dÿ avoir recours, c’est d’expérimenter soi-même ou de provoquer de nouvelles recherches sur le sujet dont on doute. Jusque là un esprit sévère suspend un jugement définitif.

Mais de ces faits, les uns sont plus curieux qu’importans, les autres plus utiles et plus vrais que brilians. Il faudra insister sur ceux-ci et effleurer les autres. La méthode des nombres est ici d’un grand prix. Si vingt observateurs recommandables m’assurent avoir vu le même fait, il faudra bien que quelque confiance environne leur opinion ; que si d’autres autorités respectables viennent à nier ces mêmes faits, c’est encore ici le lieu de rechercher soi-même, et de se décider après examen.

La bonne littérature en physiologie se compose de la connaissance des faits utiles. L’érudition est une chose brillante : elle est bonne dans une leçon improvisée 9 quand il s’agit de faire apprécier les connaissances d’un candidat ,* elle est un ornement de mauvais goût, alors qu’elle n’est pas indispensable. Ce faux éclat de concours n’attirait pas les élèves instruits qui, pendant mes études (et je ne les considère pas comme finies), suivaient avec assiduité les leçons de mes maîtres ; c’étaient les observations dont le médecin tirait parti, et dans les notes que j’ai alors recueillies , je trouve d’excellentes descriptions de fonctions, et peu de noms d’auteurs.

L’anatomie et la physiologie comparées, enrichies d’une immense érudition, trop souvent dépréciées par des recherches hypothétiques que Fou décore du nom d’expériences, envahissent la physiologie humaine , et ne font plus considérer celleci que comme une branche minime du grand arbre zoologique. L’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et la France, voient publier chaque jour, sur cette riche matière, de nombreux travaux, qui exerceront une heureuse influence sur l’histoire de l’homme 5 l’embryologie surtout en a tiré le plus grand parti. Il faut qu’un professeur de physiologie à la Faculté ne soit pas étranger aux découvertes de ce genre, et qu’il les suive ; s’il ne sait pas assez, qu’il s’instruise pour apprendre ensuite aux autres ce que d’abord il ignorait,* mais il nous semble qu’il ne doit parler aux élèves que des faits qui, dans l’histoire des animaux , peuvent éclairer celle de notre organisation. Qu’il compare , par exemple, la vie dans les dernières classes à celle dont sont douées les membranes accidentelles ; que de la connaissance des êtres 011 l’on ne voit qu’une masse gélatineuse animée, il en déduise des conséquences sur la vitalité des humeurs. La constance de la rétine et de la pulpe auditive chez les animaux , lui fournira des inductions sur les usages de ces parties dans notre espèce. Il tirera des formes variées du crystailin chez les êtres qui vivent dans l’eau et dans l’air, des conséquences relatives à l’importance de ses usages chez l’homme. De la configuration, des dents et de l’appareil digestif

chez les vertébrés , comparée à leur structure dans l’espèce humaine , il déduira des conséquences sur la meilleure nourriture qui convient à l’homme, etc., etc. Voilà des choses que le professeur de physiologie médicale doit savoir et dire; mais peu lui importera de déterminer comment vole une hirondelle , ou par quelles raisons anatomiques les échassiers se tiennent long-temps sans fatigue sur une seule patte. Notre respectable Chaussier, et Bichat dont je n’ai point été assez heureux pour suivre les leçons; ses 'élèves, qui ont été mes maîtres, faisaient une physiologie toute d’application; ils préféraient faire des excursions dans le domaine de la pathologie que de s’écarter dans un sentier plus attrayant mais plus détourné ; et mes lectures ainsi que mes travaux ne m’ont pas encore prouvé que leur méthode fût mauvaise.

Il est une infinité de parties de la science où le professeur de physiologie , borné à ses propres ressources , ne pourrait rien faire que d’incomplet; il doit donc s'adresser à d’autres pour donner à son enseignement tout l’éclat et toute la profondeur qu’il mérite. Ainsi, sans réunir, comme le voulait Vicq d’Azir, l’étude matérielle des organes à celle de leurs fonctions , il devra s’entendre autant que possible avec le professeur d’anatomie pour faire cadrer, si ce n’est toutes les leçons des deux cours, au moins les principales parties traitées dans ces deux branches de l’enseignement. Il évitera ainsi une foule d’inconvéniens qui résultent pour les élèves qui commencent la physiologie,

de l’imperfection Je leurs connaissances anatomiques; il devra s’enquérir auprès des professeurs de chimie, de physique et d’histoire naturelle, des faits nouveaux que ces sciences possèdent, et qui peuvent être appliqués a l’histoire de l’homme.

Pour qu’un cours de physiologie soit compris, il doit être clairement exposé. Il faut, dans les premières leçons , ne pas craindre les définitions et ne prononcer un mot pour la première fois qu’en ayant soin d’en exprimer la valeur. Les objets dont on aura à parler d’abord , devront être aussi simples que possible. L’amour du vrai, le désir de s’instruire , un esprit de recherches et de doute , mais non un scepticisme exagéré, voilà, me semble-t-il, ce qu’il faut chercher àinspirer aux élèves.

Ces considérations générales étant posées, recherchons sur quels fondemens la physiologie peut s’appuyer, et quels sont les faits dont elle se compose.

§. III. — Sources de la Physiologie.

A. Phénomènes observables chez V Homme,

I. L’examen attentif des phénomènes qui se passent sur l’homme vivant et sain, et les expériences qu’on peut tenter sur lui , fournissent à la physiologie un grand nombre de données importantes: il suffit de comprimer une veine superficielle sur un des points de sa longueur pour voir qu’elle ne s’affaisse point du côté du cœur , et par eonsé-

quent quelle n’est que faiblement contractile; si l’on élève le membre, cette veine se vide au-dessous, et l’artère bat alors avec moins de force qu’elle ne le fait si le membre est abaissé : donc, la pesanteur gène la circulation dans le premier cas et la favorise dans le second. L’effet de la compression de la veine indique déjà la direction du cours du sang veineux, puisque le vaisseau comprimé sur un point se gonfle du coté des capillaires. L’isochronisme entre les battemens des artères et ceux du cœur fait voir dans celui-ci le principal moteur de la circulation. L’appréciation de la chaleur vitale, soit à la surface de la peau , soit dans les cavités profondes, prouve combien est grande l’influence que le système nerveux a sur son développement, puisqu’une foule de causes morales modifient instantanément cette calorification, etc. Les expériences sur l’abondance des exhalations cutanée et pulmonaire, l’étude de la locomotion ou de la station, celle de Faction du tuyau vocal dans la production de la voix appréciée avec soin au moyen de l’examen du voile du palais dans le chant, par Fabrice d’Àquapendente , Cuvier, etc., sont autant de recherches fondées sur le simple examen de l’homme sain. Ces expérimentations sont insuffisantes dans un grand nombre de cas. Il est malheureux qu’il en soit ainsi , car leurs résultats sont de tous , les moins contestables.

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